« La médecine générale, ce n’est pas forcément 10 ans d’étude, s’installer tout de suite et bosser 40 ans. C’est du fun aussi ! C’est ce qu’on veut montrer dans notre docu »

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Depuis le mois d’avril, Mathilde Lepage et Antoine Jacob, deux médecins généralistes de 28 ans, parcourent la France en couple à la recherche de leur futur lieu d’installation. Camille Pitron, réalisatrice, les a suivis et en a fait un road-movie : Aux petits soins, soutenu par la MACSF et visible sur le site France.tv . Rencontre avec les médecins vedettes.

 

« La médecine générale, ce n’est pas forcément 10 ans d’étude, s’installer tout de suite et bosser 40 ans. C’est du fun aussi ! C’est ce qu’on veut montrer dans notre docu »

Mathilde Lepage et Antoine Jacob, médecins vedettes de Aux petits soins

What’s up doc : Aviez-vous déjà l’idée de faire un documentaire de votre tour de France des remplacements ?

Mathilde Lepage : Non, je cherchais des remplacements sur Facebook et j’ai vu un message.  Une réalisatrice cherchait des témoignages de médecins dont le projet était de réaliser un tour de France des remplacements. Je me suis dit : c’est sympa je vais répondre à ses questions pendant 20 minutes. Finalement, c’est parti dans un projet bien plus conséquent que ce j’avais imaginé.

Comment avez-vous été sélectionnés ?

ML. : Il y a eu un feeling et notre projet collait avec ce qu’elle souhaitait filmer.

Comment definissiez-vous les étapes de votre périple ?

Antoine Jacob : Nous ne sommes pas très organisés, nous prévoyons un ou deux remplacements à l’avance. Parfois un peu plus, si nous tombons sur des annonces cool. Nos remplacements durent 3-4 semaines en général. L’itinéraire se construit donc au fur et à mesure, avec quelques étapes définies à l’avance.

Cela permet de voir tous les aspects de la médecine générale dans différents endroits

L’idée de vous installer de façon « classique » et d’être médecin traitant au long cours ne vous séduit pas ?

AJ. : Ce n’est pas évident de le faire directement en sortant de l’internat. Nous n’avions pas assez d’expérience, nous venions de sortir d’un engagement de 10 ans de formation. Nous voulions nous laisser du temps avant de se réengager sur une patientèle. Il y a quand même beaucoup de demandes et beaucoup d’exigence. On finira par s’installer c’est indubitable. C’est aussi une histoire d’endroit, nous ne savions pas trop où aller. Prospecter à droite et à gauche est un moyen de joindre l’utile à l’agréable.  

Le salariat a le vent en poupe, avez-vous pensé à travailler dans une maison de santé ?

AJ. :  Travailler dans une maison de santé est assez tentant. Cela permet de collaborer avec d’autres médecins. Si on a besoin d’un avis, c’est pratique. La présence d’autres professionnels de santé permet d’élargir l’offre de soin en local. Mais le problème reste le même : nous n’avons pas envie de nous installer pour rester trois ans et repartir. Nous avons envie de garantir un suivi au long cours. Nous préférons bien faire les choses avant de choisir définitivement où nous allons nous installer.

Exercer la médecine générale aux quatre coins du pays a-t-il fait évoluer votre vision sur celle-ci ?

ML. : Oui. Cela permet d’avoir une bonne idée de ce que nous souhaitons faire et ce qui nous convient le mieux : quel matériel choisir, quel logiciel, savoir si on embauche une secrétaire ou juste un standard de prises de rendez-vous.

AJ. : Cela permet de voir tous les aspects de la médecine générale dans différents endroits. Nous récoltons les informations, nous analysons ce qui nous va le mieux. Cela nous permet d’éclaircir notre futur projet d’installation.

Et être suivi par une caméra tous les jours on s’y fait ?

ML. : Sur une journée de 25 consult’, la caméra n’était présente que pour 3 consult’. On la sentait, mais ce n’était pas gênant.

AJ. : Les caméramen étaient très à l’écoute. Si nous préférions qu’ils sortent, même en plein milieu d’une consult’, ils étaient ok. Ils demandaient bien la confirmation au patient avant et après. Alors oui, je rejoins Mathilde sur le fait qu’on n’oublie pas vraiment la caméra,  mais ça s’est fait dans le respect du médecin et du patient.

Nous sommes loin du cliché du généraliste de campagne enfermé dans son cabinet

Pourquoi avez-vous accepté de vous lancer dans cette aventure ?

ML. : Nous avons juste saisi une occasion car on trouvait l’expérience fun. Je voulais montrer qu’il y a plusieurs façons de faire de la médecine, il n’y a pas une façon royale à privilégier, contrairement à ce que nous dit la fac. Il faut un peu s’écouter et explorer ce qui peut être fait. C’est mon message aux jeunes diplômés, à ceux qui sortent de la fac.

Pensez-vous que cela pourra aider les jeunes diplômés ?

AJ. :  Si c’est le cas tant mieux. À l’occasion d’une première diffusion, à la faculté de Nancy, nous avons pu montrer que la médecine générale ne consiste pas à étudier pendant 10 ans, s’installer et bosser 40 ans.

ML. : C’était pour montrer le côté fun qu’il y avait à choisir son métier, construire sa carrière. On fait plein de choses, on découvre plein de choses. Nous sommes loin de l’image du généraliste de campagne qui est enfermé dans son cabinet. Nous voulions déconstruire ce cliché.  

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/medecin-et-cineaste-je-veux-reflechir-sur-la-place-de-la-maladie-dans-la-vie-ce-quelle

Qu’est-ce que cette expérience a changé dans votre vision de l’exercice de généraliste ?

AJ. : À titre personnel, je n’ai pas eu l’impression d’être formaté par la faculté. À partir du moment où nous partons en stage en libéral, nous voyons la réalité du terrain. Moi au total j’ai travaillé avec 4 médecins généralistes différents. On voit qu’au final il n’y a pas de bonnes solutions applicables partout. C’est aussi ce que nous avons pu voir lors de notre tour de France. Nous voyons ce qui est faisable et ce qui n’est pas faisable en ville ou à la campagne.

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