Vente en ligne et grande distribution : les inquiétudes des pharmaciens

[La chronique du pharmacien] La Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France (FSPF) sonne l’alerte : les pharmaciens de ville sont inquiets face aux évolutions de consommation des Français en matière de santé. Et l’impression - encore une fois - que la profession se place dans une posture de réaction plutôt que d’actions. 

La société de consommation est en pleine évolution et la situation sanitaire accélère probablement certains comportements. 

Alors oui, les grandes surfaces grappillent chaque jour un peu plus des linéaires de parapharmacie et autres produits-conseils. Oui encore avec Amazon qui commence à avoir des vues sur le marché du médicament en France. 

Mais peut-on aller contre ces évolutions de la société de consommation ? A priori non, le train semble déjà en marche et rien (ou presque) ne pourra se mettre en travers. Et les pharmaciens doivent réagir avec leurs armes.

Prenons l’exemple de l’éternel conflit avec la grande distribution. Depuis que je suis pharmacien (c’est-à-dire il y a quelques années déjà !), j’entends parler souvent de ces attaques sur le monopole pour certains produits de santé. 

Alors bien sûr, les tribunaux rendent régulièrement des jugements pour savoir qui peut mettre dans ses rayons telle ou telle vitamine ou encore le dernier autotest à la mode. Mais, vous avez probablement fait le même constat que moi en faisant vos courses. Aujourd’hui dans les supermarchés, on retrouve des produits de santé sans forcément que cela soit choquant. Si on veut aller encore plus loin dans le raisonnement, certaines pharmacies ont exactement le même comportement. Elles commercialisent des produits non médicaux plutôt retrouvés en règle générale en grande surface. C’est de bonne guerre, mais le pharmacien doit être au-dessus de ces batailles de clocher et devrait se concentrer sur son cœur de métier, le médicament. 

Une autre source de préoccupation est la concurrence de plus en plus marquée par la vente en ligne.

Là aussi les choses peuvent être clarifiées. Les pharmacies françaises sont autorisées depuis 2012 à vendre des médicaments sans ordonnance sur leur site de e-commerce. Résultats, aujourd’hui, les chiffres montrent un relatif échec de cette activité en ligne. 

Pourquoi ? La profession n’a pas su utiliser les bons arguments pour induire un nouveau mode de consommation des patients français. 

De plus, sur le net, près de 700 officines se sont positionnées sur ce créneau en pensant développer une nouvelle source de revenus. Malheureusement, seuls les e-pharmacies de la première page de recherche sur Google arrivent à développer cette activité. Pour les autres, les visiteurs en ligne se font rares voir très même rares. Car ouvrir une boutique rentable sur le net est un métier bien différent d’une pharmacie physique. Le référencement SEO et la conversion des visiteurs sont, par exemple, des sciences non enseignées dans les facs de pharma.

Enfin, dans une étude consultative de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France, la première source d’inquiétude des pharmaciens interrogés repose sur la diminution de la marge des médicaments. Là aussi, depuis quelques années, l'assurance maladie évolue vers de nouvelles approches. Une rémunération à l’acte ou au parcours de soins constitue aujourd’hui les modèles économiques envisagés par les autorités pour assurer une efficience de nos organisations. 

Au travers de ce sondage, les 6277 répondants ont donc exprimé leur inquiétude vis-à-vis de la situation actuelle. Bien évidemment, une pharmacie est un peu plus qu’un simple commerce. Mais, certains pharmaciens ont peut-être au fil des années voulu étendre leur activité vers de nouveaux marchés. Rattacher ces produits au monopole pharmaceutique n’est peut-être pas une bonne idée.

 

La profession doit se concentrer sur sa fonction première : assurer la dispensation des médicaments et les conseils associés. Laissons donc Amazon et autres Leclerc s’essayer dans les marchés autour de la pharmacie. Les réactions sont bien évidemment pertinentes pour défendre la profession, mais ont-elles vraiment une utilité ? Les pharmaciens savent prouver au quotidien leur valeur ajoutée auprès de la population. 

Dans une officine ne parle-t-on pas de patients à la différence des clients des grandes surfaces ? Là est peut-être toute la différence.

Portrait de Romain Lecointre

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