«Sans le Rock, la médecine m’aurait dévoré, c’est un métier cruel, si on ne fait pas gaffe»

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Le Dr Thierry Brunet est médecin, ça oui ! A 71 ans, il exerce encore, par choix à l’hôpital comme pneumologue, en remplacement dans un désert médical au fin fonds du Cantal. Mais ce qui le fait tenir, c’est le rock ! Au point qu’il a fondé Rock Gourmand le rendez-vous des médecins rockers et bikers. Quand on troque la blouse, pour un blouson noir…

«Sans le Rock, la médecine m’aurait dévoré, c’est un métier cruel, si on ne fait pas gaffe»

Dans ma vie, il y a la médecine et la musique. Je suis tombé dans la marmite du blues et du rock. Ma devise : je suis né dans le Berry mais du côté de Chuck. Je suis de la génération de Chuck Berry, j’ai joué tout petit et toute ma vie dans des groupes. Mais j’ai fait médecine aussi.

Et je me sentais un petit peu isolé, spécial, aussi bien dans le monde du rock, où Little Bob m’avait dit, « Qu’est-ce que tu fous là ? », quand j’avais joué sur scène avec lui, que dans le monde de la médecine où un chef de service de gastro avait dit : « Moi Brunet, celui qui joue de la guitare électrique, je n’en veux pas. » A l’époque, un docteur qui jouait du violon, ça passait bien. Un docteur qui jouait du Mick Jagger, ça n’allait pas trop. Il fallait cette image respectable et on pensait que le Rock’n’roll était incompatible.

Médecins rockers de France, unissez-vous !

Et c’est ce que je vivais qui a été à l’origine de la création de mon association France Médical Rock. J’ai lancé un appel : « Médecins rockers de France unissez-vous ! ». Ça a fait la une à l’époque, du Quotidien du médecin, et j’ai reçu des messages passionnés de partout. Et je leur ai dit : « Écoutez les gars, la première chose qu’on va faire, c’est qu’on va se réunir. Les fonds de garage, les odeurs d’huile de vidange, y en a marre, alors on va aller dans un château. »

On a loué un château du coté de Tours, et on s’est retrouvés dès la première année à 300. On a joué comme des bêtes pendant 3 jours. De là, est né en 2002, ce projet Made in Rock, un rendez-vous tous les mois de novembre, pour ne pas être en concurrence avec les anniversaires, les mariages des mois de mai et juin… Et le 11 novembre, à part d’aller au monument aux morts, il n’y a pas grand-chose à faire.

Enfin j’ai trouvé ma famille !

J’ai eu des retours très étonnant, comme, « Enfin j’ai trouvé ma famille ! » Des médecins rockers qui, comme moi, se sentaient isolés. Ensuite on a ajouté un aspect caritatif, on a acheté des instruments de musique, on a emmené des enfants handicapés à Djerba qui ont joué sur scène, de grands moments d’émotion !

Une vraie communauté s’est créée. Puis France Médical Rock devait se réinventer. Vers 2015, on s’est dit que ce serait pas mal d’ouvrir et d’avoir un public. Et comme, je faisais de la Harley, ça a été une évidence de réunir ces deux passions, si proches. Donc on a lancé Rock Gourmand ! Tous les anciens groupes reviennent, c’est extraordinaire, les médecins rockers réunis avec les médecins bikers.

Mais revenons à la médecine, j’y suis arrivé un peu par hasard. Et je me suis pris au jeu. On ne peut pas le faire à moitié. A partir du moment où j’ai mis le doigt dedans, j’ai fait comme les autres, je me suis donné à fonds. Et j’ai failli me faire dévorer par la médecine. C’est un métier très beau mais très cruel, si on ne fait pas gaffe. J’en ai laissé des choses de côté, réunion de famille, etc, à cause de la médecine. Et Dieu merci, j’ai toujours cultivé cet ailleurs, ce refuge, qui m’a permis de tenir. J’ai vu trop de collègues qui n'ont pas su se protéger. C’est ça le message à passer auprès des jeunes médecins. Au moment de l’internat, je me suis éloigné de ma passion, mais je jouais du Brassens dès que j’avais 10 minutes de libre. J’ai donné beaucoup au rock n roll et ça m’a sans doute sauvé.

Je remplace à Aurillac, là-bas on est deux vieux, sinon il n’y a personne

Dans ma carrière, j’ai fait un peu tout, d’abord pneumologue temps plein à l’hôpital de Vannes, puis aux Sables d’Olonne temps plein aussi. J’ai toujours voulu être hospitalier parce que je ne voulais pas calculer le temps, rentrer dans des notions de rentabilité, mais ça c’est un autre débat. J’ai été chef de service, chef de pôle etc. Et depuis 5 ans que je suis à la retraite, je fais des remplacements, à Chartres, à Villefranche de Rouergue, à Angoulême, un peu partout. Et maintenant, je remplace régulièrement à Aurillac, parce que je connais les équipes, je connais l’informatique et surtout je rends service. Au début je faisais deux semaines par mois et l’âge avançant, j’ai 71 ans, je suis passé à une semaine par mois. A Aurillac il y a un besoin énorme, quand j’y vais, je suis seul avec deux internes.

C’est terrible, c’est enclavé, et si je n’y vais pas, en hiver, la fibroscopie, c’est l’hélicoptère et Clermont-Ferrand ! C’est dramatique. Je le découvre en y allant, on est deux vieux, on fait un temps plein à nous deux, si on n’est pas là, il n’y a personne.

Sans parler que si j’arrête la médecine, j’ai un peu peur du vide. J’ai tellement donné que j’ai peur d’arrêter. En plus ça maintient en forme, intellectuellement quand on échange avec les internes, il faut y aller. Mais j’arrêterai un de ces quatre. Un jour mes passions vont dominer à 100%, mais pour l’instant, j’ai encore besoin de médecine pour m’équilibrer.

J’ai découvert des médecins rockers quasi-professionnels

Je passe beaucoup de temps sur Rock Gourmand. Cette année on a déjà 12 groupes de toute la France. Notre programmation est quasi complète. Ils jouent tous du blues, du rock, avec des styles un peu différents. Et tout le monde a sa place. On a des amateurs, certains qui ne passent pas trop de temps sur leur guitare, d’autres presque pro. Musicalement c’est très intéressant. Il y a de très gros niveaux de musiques. J’ai découvert des médecins rockers quasi-professionnels.

Les concerts commencent chaque soir, vers 17h30, un ou deux groupes à l’apéro, puis le dîner et deux ou trois groupes le soir. Chaque set dure 45 minutes. Il y a aussi des coins bœufs, où tout est installé, les instruments, les amplis, la sonorisation, et on n’a plus qu’à venir jouer et échanger. A longueur de journée, les gens jouent les uns avec les autres, et tous les musiciens qui viennent s’éclatent et tout le monde peut écouter. Pour les bikers des balades sont organisées par un chapter Harley Davidson de Nantes, donc ils promènent autour de Cahors.

Rock Gourmand, c’est quatre jours de bonheur

Et pour le côté Gourmand, au premier degré, il y a dégustation de produits locaux, foie gras, vin blanc, vin rouge, et aussi toujours une grosse bassine avec du chocolat et des fraises tagada à disposition. Et surtout au deuxième degré, c’est gourmand de vie, de bonheur, de musique, de passion, de bons moments...

Cette année on sera entre 300 et 600 au Mas de Sabote, un village vacances 4 étoiles qu’on réserve en exclusivité, avec une piscine chauffée couverte. Quand on arrive sur place il n’y a que des copains. Et ça participe de se sentir bien parce que tous les gens qui sont là, sont réunis par le même projet. On y mange bien, on y dort bien, on fait de la musique et de la moto, c’est 4 jours de bonheur.

Rock Gourmand du 10 au 13 novembre 2022 à Cahors. 190€ pour l’hébergement et la nourriture + 70€ pour l’évènement. Renseignements et inscription sur rockgourmand.fr

 

 

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