Un médecin, un artiste : «Dans la chirurgie orthopédique, déjà, c’est le côté bricoleur qui m’a plu»

Chirurgien et sculpteur

Chirurgien orthopédiste, installé en Occitanie, Olivier Mathé est un médecin « sculpteur du membre inférieur » mais aussi un sculpteur tout court. Une passion qu’il a soudée au fur et à mesure des années.

What’s up Doc : Tout d’abord, pourrais-tu te présenter ?

Olivier Mathé : Je suis chirurgien orthopédiste dans le Tarn, j’ai fait mes études de médecine à la faculté de Toulouse puis mon internat à Clermont-Ferrand. Je suis actuellement installé en clinique et je suis spécialisé dans le membre inférieur : les genoux et les pieds.

Comment justement, met-on les pieds dans le monde de la sculpture avec un tel parcours ?

OM. : Mon père est très bricoleur, c’est lui qui m’a appris à souder. Plus jeune, je m’amusais à faire des petites sculptures avec des bouts de ferraille. En 2015, j’ai commencé par réaliser de grandes sculptures en tôle d'acier et d'inox. Au départ, c’étaient mes amis qui me faisaient des commandes, puis sont venus les amis de mes amis, et enfin des inconnus ; c’est parti comme ça, et j’ai créé ma société.

Un chirurgien sculpteur

Qu’est-ce que l’art a apporté à ton parcours professionnel ?

OM. : Je suis très manuel, et j’ai ça en moi depuis mon plus jeune âge, bien avant la chirurgie. En 2e année de médecine, quand j’ai vu mon chef poser une prothèse de genou, j’ai su que c’était ce que je voulais faire : il tapait au marteau, il sciait, il collait, et c’est ce côté bricoleur qui m’a plu. J’adore l’acte chirurgical autant que la sculpture !

Tu sculptes principalement des pièces en métal. Pourquoi ?

OM. : Avec le métal, on peut faire à peu près ce qu’on veut. Si on rate, on meule, puis on remet un bout de ferraille. Avec la pierre, quand c’est cassé, c’est cassé. Mon père m’a transmis sa passion pour la soudure, détestant le bois ; j’imagine que par mimétisme, je déteste aussi le bois (rires). J’adore souder, meuler, manipuler la ferraille. Avec l’argent que j’ai gagné de mes sculptures, je me suis offert du matériel de qualité, des machines performantes et j’ai un atelier digne d’un véritable artisan dans lequel c’est un plaisir de travailler.

Comment t’est venue l’idée de sculpter avec du matériel chirurgical ?

OM. : Par pur hasard ! Le laboratoire avec lequel je travaille m’a un jour demandé si j’étais intéressé par la récupération de matériau périmé ou de vieux ancillaires (matériel pour poser les prothèses, NDLR) qui finiraient à la poubelle. J’ai donc ramassé des tonnes de matériel, neuf, et même des prothèses encore dans leur emballage, périmées depuis 20 ans ! J’ai essayé de faire des créations avec ça et le rendu était très chouette. Je récupère aussi les vieilles paires de ciseaux du bloc. À la clinique tout le monde sait que je récupère du matériel, ça les arrange (rires) !

La notion de responsabilité citoyenne entre-t-elle en ligne de compte dans la récupération de ces déchets ?

OM. : Bien sûr ! Parfois, intellectuellement j’aimerais mieux que ces matériaux puissent partir en Afrique ! Je me suis déjà renseigné, mais c’est impossible car les prothèses ne sont plus fabriquées et cela ne servirait donc à rien. De plus, les ciseaux que je soude sont des ciseaux cassés, ainsi la seconde vie que je leur offre est un bon compromis !

Tu fais aussi des sculptures à la demande pour différentes spécialités médicales : un nouveau challenge ?

OM. : Clairement ! Un jour, sur la page Facebook du Divan des Médecins, qui regroupe de nombreux médecins de toutes spécialités, on m’a demandé si je pouvais faire un stéthoscope personnalisé. J’ai tenté. Et aujourd’hui pour le Divan, j’ai déjà dû faire plus de 300 sculptures que j’adapte aussi à chaque spécialité, et selon les désirs de chacun, c’est rigolo. Je crois même que j’ai quasiment fait toutes les spécialités !

Et qu’est-ce que cela donne par exemple ?

OM. : Pour les pédiatres, j’ajoute un nounours autour du stéthoscope. Pour les médecins généralistes, une canne et un nounours. Pour les ophtalmologues, c’est difficile de faire un œil en soudure, donc je m’adapte autrement, j’ai créé une parade en faisant un arbre avec des lettres de différentes tailles, que j’ai appelé « L’arbre de Monoyer » en référence à l’échelle optométrique éponyme. Pour les gériatres, je me suis appuyé sur le MMS (Mini Mental State) en faisant un cigare, une fleur et une porte entourés d’un serpent. C’est parfois subtil. J’adore !

Tes patients sont-ils au courant de cette passion ? Qu’en disent-ils ? Et tes proches ?

OM. : Oui, j’habite une petite ville alors les nouvelles circulent vite. Ils me disent « Vous faites de belles sculptures, vous allez bien m’opérer ». Ça les rassure je crois (rires). L’intérêt des gens pour mes sculptures me rend très heureux, c’est très gratifiant ! Quand je suis à la maison, je ne pense plus à la médecine, j’ai des copains qui font des congrès, moi je suis avec ma femme et mes enfants, je suis dans mon atelier et je suis très satisfait. À la maison tout le monde sait souder et si mes copains veulent essayer, je leur propose parfois de réaliser ensemble une pièce dans l’atelier ; cette transmission me plaît aussi énormément.

 

Où retrouver le travail d’Olivier Mathé ?

Sur son site, sur Instagram, sur Facebook

 

 

 

 

 

 

Portrait de Loren Audia

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