R3C : les internes en MG foutent le camp des centres hospitaliers

Les internes en MG ont tendance à déserter les stages en CHU et CH.
Les internes en MG ont tendance à déserter les stages en CHU et CH.

Réforme oblige, les internes en médecine générale désertent de plus en plus les terrains de stage traditionnels en CH et CHU. Du coup les directions hospitalières s'adaptent en recrutant de plus en plus des faisant fonction d'internes (FFI) ou encore en développant des stages mixtes ville-hôpital. 

Où en est-on de la R3C, actuellement en cours d’application ? Pour y voir plus clair, la FHF, à l’occasion de la Paris Healthcare week, a décidé de réunir les principaux concernés, à savoir des directeurs d’hôpital, des représentants de la DGOS mais aussi des représentants de syndicats d’internes dans la matinée du 22 mai. La tendance générale est à la mobilité des internes, qui désertent les terrains de stage traditionnels (CH et CHU) pour s’investir, par obligation, dans des stages ambulatoires. Avec des variantes, néanmoins, et des disparités.

Explosion des internes sur les stages ambulatoires

Pour Armelle Drexler, directrice du pôle affaires médicales, recherche, qualité et stratégie médicale des hôpitaux universitaires de Strasbourg, « les internes de première année  se sont recentrés sur le CHU pour bénéficier de l’encadrement universitaire (augmentation de 35% en novembre 2015 à 40% en novembre 2017), mais sont moins présents en CH (de 56% en mai 2017 à 45% en novembre 2017). En revanche pour les internes de deuxième année, on note une baisse en CHU », explique-t-elle. Mais c’est au sujet des internes en médecine générale que la chute est drastique : « On passe de 19% en mai 2017 à 15% en mai 2019. » Parallèlement on enregistre une explosion du nombre des internes sur les stages ambulatoires, puisque l’on passe de 31% en mai 2017 à 37% en mai 2019. « Du coup les profils des internes évoluent et l’on multiplie le recours aux Faisant fonction d’internes (FFI). On note là une augmentation de 40% des FFI entre janvier 2016 et juillet 2019 en projection », détaille Armelle Drexler. 

Baisse de 100 internes en Aquitaine

À l’ouest, la même situation de baisse du nombre d’internes prévaut. Selon Nathalie Heulin, directrice régionale de la fédération hosptalière régionale Aquitaine, le nombre d’internes, entre Limoges, Poitiers, et Bordeaux « a baissé de 1400 à 1300 internes ». « Cela est particulièrement vrai en centre hospitalier pour les internes en médecine générale », ajoute Nathalie Heulin. De manière générale, le constat partagé est celui d’un manque de préparation de la réforme, tant au niveau du CHU, des CH que des universités. Pour y pallier, l’Aquitaine souhaite mettre en place une instance régionale pour le suivi de cette réforme, un meilleur accompagnement des trajectoires étudiantes sur le territoire, et le développement de stages mixte entre la ville et l’hôpital. 

 

Stages maltraitants

Les représentants des internes semblent plus préocupés part la qualité des stages. Antoine Reydellet, président de l’intersyndicale national des internes (Isni), regrette pour sa part que les internes, désormais, soit « obligé d’aller dans des stages maltraitants car c’est une obligation de la maquette ». Et de citer par exemple certains terrains de stage aux hospices civils de Lyon (HCL), où une jeune interne s’est donné la mort il y a deux semaines. Armelle Drexler lui a fait remarquer que les internes avaient voix au chapitre dans la commission d’agrément des terrains de stage. Ce à quoi Antoine Reydellet lui a répondu que « ceux qui composent ces commission d’agréments sont aussi parfois les maltraitants des terrains de stage ». Sans commentaire. 

Pour Pierre Guillet, vice-président de l’Isnar-IMG, la baisse du nombre d’internes en médecine générale dans les CHU et CH est structurelle, « du fait de la mise en place de DES en gériatrie et urgence, il y aura moins d’internes en MG. Qui plus est, le stage SASPAS, en ambulatoire, autrefois optionnel, devient obligatoire. Et il y aura aussi plus de formation en ambulatoire, notamment en ce qui concerne la santé de la femme et de l’enfant. »

Quid du docteur junior ? Des FST ? Du deuxième DES ?

Reste que la R3C reste encore nébuleuse. Directeurs d’hôpital et internes se posent encore la question de la définition du statut de docteur junior, de la mise en place des FST, ainsi que du deuxième DES pour les médecins en activité. « Les FST vont être mises en place en novembre 2019, et il y a encore beaucoup de difficultés à ce niveau-là. Certaines subdivisions n’ont pas les capacités de formation adéquates, on nous dit qu’il y aura de la mobilité mais il y a encore beaucoup de flou à ce niveau-là », explique Pierre Guillet, de l’Isnar-IMG. 

Sur toutes ces questions, Marc Reynier, de la DGOS, a botté en touche. Tout juste a-t-il rappelé que la DGOS préparait activement l’instauration du DES de neurologie, censé débuter en novembre 2020, tandis que les autres DES revus et corrigés façon R3C seront pour leur part accessibles en novembre 2021. 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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