Prendre soin les uns des autres

Quand un co-interne a des idées suicidaires ou une consœur du service fait une tentative de suicide, que faire ? 

Le GEPS (Groupement d'études et de prévention du suicide) a pour objet la prévention du suicide à tous les niveaux. Le Dr Cécile Omnes, psychiatre à Plaisir (Yvelines) et membre du GEPS, nous aide à faire le point sur cette question. 

WUD : Que faire lorsqu’un médecin va mal dans son service ?

Cécile Omnes : la même chose que pour n’importe qui ! S’en soucier, créer une alliance pour mettre en confiance et accompagner vers la recherche de solutions positives. Il faut rompre l’isolement le temps de traverser la crise. Ce n’est pas parce que cette personne est médecin qu’elle va s’en sortir toute seule !

WUD : Pourquoi cette idée reçue ?

CO : C’est le syndrome du soignant : ne pas savoir se préoccuper de soi-même quand on a des soucis de santé ou lorsqu’on s’affaiblit. C’est particulièrement vrai lorsqu’il y a un problème de santé mentale. Sur le lieu du travail, cela crée une confusion : s’adresse-t-on à un collègue ou à un patient ? Jusqu’où ose-t-on poser les questions ? De façon générale nous avons du mal à nous adresser à un collègue comme à un patient. C’est vrai pour tous les professionnels de santé, mais les médecins sont particulièrement touchés !

WUD : Pourquoi les médecins sont-ils les pires ? 

CO : Il y a cette représentation sociale du médecin, vu comme un surhomme, que l’on intériorise. Les médecins ont pour cela souvent beaucoup de mal à demander de l’aide ! La plupart d’entre nous sont leur propre médecin traitant, et adeptes de l’automédication. En cas d’idées suicidaires, c’est malheureusement la même chose : on doit régler le problème nous-mêmes.

WUD : La féminisation de la profession va-t-elle changer les choses ? 

CO : J’aimerais y croire, mais tout porte à penser que non. Les taux de suicide sont équivalents chez les hommes et les femmes médecins, ce qui n’est pas le cas dans la population générale où les femmes sont moins touchées que les hommes. Les femmes médecins sont donc 2 à 3 fois plus à risque vis-à-vis du suicide que les autres !

WUD : Quelles sont les solutions proposées par le GEPS ? 

CO : Promouvoir la communication et la recherche scientifique autour du suicide, mais aussi le bien-être des soignants. Ensuite, la prise en charge de la crise suicidaire doit faire partie de la formation de tous les médecins. Avec le Pr Jollant nous avons monté un projet de formation à la crise suicidaire pour les internes en psychiatrie d’Île-de-France, avec l’espoir de la diffuser partout. Les études montrent que si on apprend à des soignants les rudiments de la conduite à tenir en cas d’idées suicidaires pour leurs patients, ils seront à titre personnel moins impactés par ce problème. C’est le « double effet Kiss Cool » !

Portrait de Jean-Victor Blanc
article du WUD 49

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