Lorraine Fouchet, médecin des corps et des têtes

Du Samu aux salons du livre

La vie de Lorraine Fouchet, ancienne urgentiste reconvertie en écrivain prolifique, ressemble à un roman. Du Samu aux salons du livre, parcours d’une cinquantenaire épanouie qui a remplacé son stéthoscope par une plume affûtée et bienveillante.

 

Le dix-septième livre de Lorraine Fouchet, dont le héros est cardiologue, vient de paraître ; le dix-huitième sortira en avril. Sa nouvelle vie d’écrivain est presque aussi trépidante que son ancienne vie de médecin urgentiste. Avant, elle faisait des gardes pour SOS Médecins le week-end et au Samu une à deux fois par semaine, plus un rapatriement sanitaire dès que possible, et écrivait le reste du temps. Maintenant, elle écrit la semaine et parcourt la France pour des salons du livre ou d’autres événements les week-ends, au cours desquels elle fait de belles rencontres humaines. « Les romans aident aussi les gens, pas autant que les antibiotiques évidemment, mais ils les rendent heureux », se réjouit-elle.

Promesse posthume

Écrivain, Lorraine l’est depuis son plus jeune âge. Petite lectrice assidue, elle écrit la suite de ses livres d’enfant « pour ne pas quitter [ses] amis de papier », raconte-t-elle. Elle côtoie dans sa jeunesse les grands de son époque, les « trois M » comme elle les appelle : Mauriac, Malraux et Mauroy. Son père, pilote pendant la guerre puis ministre sous de Gaulle, lui offre le Petit Prince, écrit par son ami de Saint-Exupéry. Mais quand elle lui annonce qu’elle veut être écrivain, il lui répond qu’elle peut continuer à écrire si ça lui plaît, à condition qu’elle fasse des études pour « avoir un bagage ».

Après son bac, elle s’inscrit d’abord en droit, sans grande conviction. Mais son père fait un infarctus au cours de l’été, et de son lit d’hôpital, il lui vante les mérites des personnes qui le soignent : « médecin, c’est le plus beau métier du monde ! » Son décès quelques jours plus tard décide Lorraine à se lancer dans des études de médecine, pour lui rendre hommage. Elle choisit Necker, « l’aristoCHU », comme l’hôpital est surnommé. Sa découverte du Samu est un coup de cœur, et motive sa carrière d’urgentiste.

La tournée en solex

A partir de ses 18 ans, elle écrit environ un roman par an, et fait la tournée des éditeurs avec son petit solex jaune. Manège qui ne sera couronné de succès que dix ans plus tard, quand l’un de ses livres sera publié directement en poche chez J’ai Lu.

La trame de ce premier roman est inspirée d’une intervention médicale dans le cadre de SOS Médecins. Le Dr Fouchet avait été appelée par une dame du 6ème arrondissement pour une femme sans domicile fixe, peintre. Cette dernière ayant fait un malaise dans la rue, où elle avait choisi de vivre malgré le succès de ses tableaux, l’appelante l’avait montée chez elle en attendant l’arrivée du médecin. « La gentillesse de la personne m’ayant contactée et la personnalité de la peintre m’ont beaucoup marquée », se souvient Loraine.

L'effet Duras

L’événement qui fait basculer son destin est la signature d’un certificat de décès, celui d’une femme qu’elle admire beaucoup, Marguerite Duras. Un de ses confrères de SOS, connaissant sa passion, lui transmet l’appel. « Je me suis dit, elle a toujours été au bout des choses cette grande dame », raconte l’ex-urgentiste. « Moi, j’essaie d’en faire deux en même temps. J’ai respecté ma promesse posthume à mon père jusqu’à aujourd’hui, mais là j’ai 40 ans, je pose mon stétho et je me consacre à mes histoires ! ».

Elle a maintenant la vie dont elle rêvait, et s’amuse de ses nouvelles responsabilités. « Avant il fallait que je sauve tout le monde », remarque l’auteure « maintenant je peux tuer des gens dans mes livres, c’est pas grave ! »

 

* Entre ciel et Lou, aux éditions Héloïse d’Ormesson

Source: 

Sarah Balfagon

Portrait de La rédaction

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