Les assistantes sociales parlent aux médecins : "Nous ne sommes pas juste un outil servant à faciliter la sortie du patient"

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Les médecins ont tendance à fonctionner dans une bulle qui les empêche d’entendre ce que les autres soignants ont à dire. C’est pourquoi What’s up Doc demande régulièrement à diverses catégories de professionnels de brosser le portrait des praticiens qu'ils côtoient. Dans ce numéro, ce sont les assistantes sociales qui tendent un miroir aux médecins.

Les assistantes sociales parlent aux médecins : "Nous ne sommes pas juste un outil servant à faciliter la sortie du patient"

S’il y a des professionnels pour lesquels l’expression « prendre en charge le patient dans sa globalité » a un sens, ce sont bien les assistantes sociales. Car ces quelques mots, que l’on entend un peu à toutes les sauces quand on interroge les soignants sur leurs aspirations, résument l’essence même de leur métier. Un chirurgien orthopédique ou un dermatologue peuvent se contenter d’avoir une connaissance très superficielle des conditions de vie de leurs patients. Une assistante sociale, elle, doit le prendre comme un tout. Et parfois, elle aimerait bien que le médecin en fasse autant.

« J’ai dernièrement eu un patient qui était très inquiet du montant de sa facture d’hospitalisation, et que son médecin rassurait en lui disant qu’il n’aurait qu’une quinzaine d’euros par jour à régler, raconte Laetitia Hindenoch, assistante sociale en psychiatrie à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine). Sauf que ce patient n’avait pas de 100 %, et qu’on lui a présenté une facture de 4 000 euros. Le médecin lui avait vendu du rêve, et c’est moi qui ai ramassé les pots cassés. » De tels désagréments, heureusement, sont rares : Letitia assure avoir « de très bonnes relations avec les psychiatres de [son] service », et avoir « la chance de travailler avec une équipe médicale qui [la] laisse mettre en place beaucoup de choses ».

Demander à un neurochirurgien de remplir un formulaire MDPH, même pas en rêve !

Une hétérogénéité des pratiques qui semble dommageable à certains représentants de la profession. « Il y a entre nous une indispensable complémentarité, note Joran Le Gall, président de l’Association nationale des assistants de service social (ANAS). Quand un médecin voit arriver un dossier MDPH [Maison départementale des personnes handicapées, NDLR], avec sa partie administrative qui fait 20 pages, il est toujours un peu impressionné. Quant à nous, nous serions bien embêtés pour remplir la partie médicale du dossier. »

Certains médecins ne se rendent pas compte de l'importance que peut avoir une couverture santé complémentaire dans un projet de soin. Sans couverture, on peut aller à l'échec.

Autre idée, soufflée cette fois-ci par Marianne : l’anticipation. « Si le médecin pose des questions simples assez tôt, sur la manière dont les choses se passent à la maison, sur la situation professionnelle de la personne, sur son affiliation à la Sécu, il peut nous interpeller rapidement, et nous avons des outils pour préparer la sortie d’hospitalisation, indique-t-elle. Alors que sinon, on risque d’avoir des ruptures de traitement. »

Nous ne sommes pas uniquement un outil servant à faciliter la sortie du patient.

Letitia Hindenoch, de son côté, suggère aux médecins de se mettre un peu plus souvent à la place de leurs patients. « J’aime quand je vois qu’il y a un humain derrière la blouse blanche, explique-t-elle. Parfois, ils peuvent oublier qu’il n’est pas si simple, pour certains patients, de venir en consultation, d’être hospitalisé, surtout quand on a affaire à des difficultés d’ordre psychiatrique. » Joran Le Gall, lui, dit les choses un peu plus crûment. « Je vois bien qu’il n’est pas facile pour tous les médecins d’admettre qu’il y a des choses sur lesquelles ils n’ont pas de prise, de dire qu’ils ne savent pas, assène-t-il. Ce n’est pas grave de dire qu’on ne sait pas, ça ne rend pas ridicule. Au contraire, ça permet de construire les réponses ensemble. » À méditer !

* Le prénom a été modifié.

 

 

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