« La France manque d’abord de médecins qui prennent en charge les malades, disons-le »

Frédéric Valletoux, président FHF

Frédéric Valletoux, président de la FHF, organisateur de Santexpo, a inauguré ces trois jours consacrés à la Santé, avec un discours musclé.

« La communauté hospitalière avait besoin de se retrouver. Après deux ans d’une mobilisation sans pareil, d’un combat acharné pour prendre en charge et soigner, pour faire face et tenir, pour parer à l’urgence et motiver les équipes, pour faire et défaire, les organisations et les plannings, pour programmer et déprogrammer…, bref après deux ans de cette période folle et inédite, les hospitaliers ressentent, je le sens, un vrai plaisir à se retrouver. Pour échanger et réfléchir »
 Même si l’avenir n’est pas rose, face aux nouveaux défis à venir « dans un monde incertain », guerre, inflation, crise écologique…

Pour résumer la suite du discours : c’est halte aux blablas et rapports en tout genre et place à l’action. Avant de pointer du doigt quelques écueils du système de santé français : « notre système de santé demeure mal organisé à l’échelle des territoires. J’entends par là que nous devons travailler ensemble plus efficacement, ville et hôpital, pour améliorer le parcours du patient. » Et d’exhorter à un grand effort pour l’hôpital à bout : « La plupart des établissements de santé et médico-sociaux publics font face à une situation critique en matière d’effectifs soignants ou médicaux. Le taux d’absentéisme est plus élevé qu’avant la crise, les difficultés à recruter sont fortes, l’intérim et ses dérives battent leur plein, et des tensions majeures existent sur les spécialités médicales assujetties aux gardes et astreintes. »

Puis pavé dans la mare, Frédéric Valletoux lâche : « la France est-elle frappée d’une pénurie de médecins ? La réponse est « non, pas tant que ça ». En 2020, notre pays comptait 218.400 médecins actifs, contre 214.000 en 2007. 4.000 de plus qu’il y a 13 ans, certes ce n’est pas Byzance, mais ce n’est pas la Bérézina non plus. La France manque d'abord de médecins qui prennent en charge des malades, disons-le. »

« Une obligation de participation aux gardes de tous les praticiens devrait être décidée en urgence. »

Viennent alors les propositions concrètes, le président de la FHF réclame « le déploiement de plans de continuité des soins territoriaux, par une mobilisation effective de tous les établissements et cliniques et avec la ville, répartition des efforts entre tous ; doublement des heures supplémentaires et du forfait de temps de travail additionnel pour l’hôpital public qui est sur le pont sans relâche», ainsi que, « des mesures de revalorisation immédiates et fortes des rémunérations des gardes et astreintes, ainsi que pour les soignants la revalorisation des indemnités de nuit et de week-ends »

Pour être encore plus clair : « nous demandons que l’effort soit en permanence réparti entre tous les acteurs, et que l’hôpital public ne soit pas seul à pallier ces défaillances du système de santé. » « Compte tenu de la situation, une obligation de participation de tous les praticiens devrait être décidée en urgence. Chaque praticien devrait s’inscrire sur une ligne de garde ou d’astreinte, en ville (PDSA) ou à l’hôpital (PDSES), lorsqu’elle est jugée indispensable pour l’accès aux soins sur le territoire d’exercice. »

Enfin, deux derniers points plus rapidement évoqués, « nous demandons que la mise en œuvre de la loi sur le Grand Âge attendue depuis 15 ans soit engagée sans délai » et « surtout il s’agit d’assurer aux hospitaliers que nous ne retomberons pas dans une logique d’économies comptables qui nous guette et surtout que nous dégagerons les ressources nécessaires pour financer les hausses d’effectifs indispensables, la recherche, l’innovation et l’investissement. »

 

Portrait de Luc Angevert

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