Éric Vibert, chirurgien digestif : « Pour éviter la faute, l’erreur médicale doit devenir un droit »

Le chirurgien Éric Vibert a fait une erreur au bloc opératoire. Cette expérience l’a amené à s’interroger : et si faire une erreur médicale était un droit ? Une réflexion qu’il raconte dans son essai paru en février « Droit à l’erreur, devoir de transparence ». Rencontre.

« L'erreur médicale est un droit qui doit s'accompagner d'un devoir de transparence », nous confie Éric Vibert, chirurgien digestif à l'hôpital Paul Brousse (AP-HP). Il y a quelque temps, ce spécialiste du foie a fait une erreur lors d'une opération. Depuis, l'auteur de l'essai « Droit à l’erreur, devoir de transparence » (Les Editions de l'Observatoire) milite pour que ces deux composantes intègrent sa fiche de poste. « Le chirurgien qui vous dit qu'il n'a jamais eu de complications vous ment », assure-t-il.

Les faits se sont produits lors d’une intervention prophylactique. Sur sa table, une patiente asymptomatique est allongée durant huit heures. « Pour elle, il y avait une obligation de résultat », se souvient-il. Rompu à l’exercice, le professeur est convaincu de réaliser une opération parfaite. Mais, la patiente écope d’une fissure biliaire. « Et en la ré-ouvrant, j’ai trouvé une plaie », se remémore-t-il.

Éprouvé, le médecin entame un travail cathartique au travers de son livre. Une réflexion dont est née une conviction. S’il y a l’erreur, il y aussi la faute. « Une erreur est involontaire, tandis qu’une erreur qui se répète est une faute », détaille-t-il. Pour éviter ce scénario, une seule solution selon lui : favoriser le droit à l’erreur tout autant que le devoir de transparence. « L’un sans l’autre, ça n’a pas de sens, assure-t-il. La faute est aussi de ne pas en parler car cela éviterait à d’autres personnes de reproduire l’erreur en question ».

Valoriser celui qui reconnaît n'avoir pas compris 

Un changement de paradigme qui nécessite un grand chantier. À commencer par réformer le système hiérarchique hospitalier. « Je pense que la relation maître-élève nuit énormément à la transparence », assure-t-il. Et pour cause : par narcissisme ou par honte, les professeurs cachent leurs erreurs à leurs élèves. « À partir du moment où vous êtes le maître, vous ne voulez pas décevoir l’élève… Donc, vous dissimulez vos conneries. », assure le professeur. Et les mots « complication post-opératoire » deviennent « événement indésirable », selon lui.

Un nécessaire devoir de transparence qui pourrait également bousculer l'organisation au bloc. « Il n'y a pas de grand chirurgien sans grande équipe, tonne-t-il. Dès que j'ai un souci, j'en parle à mon staff ». Même si le chirurgien doit parfois trancher, passer d'un seul maître à bord à une équipe en responsabilité pourrait être un des ingrédients pour prévenir la faute. « Nous devons passer d'une logique d'équipage à une logique d'équipe », argue le praticien hospitalier.

Filmer pour prévenir la répétition d'erreurs

Autre levier, mais même combat : la captation vidéo des interventions chirurgicales. Lors de son intervention manquée, Éric Vibert a tout filmé. « Je pensais que cette vidéo allait être très didactique », se souvient-il. Et de poursuivre : « Du coup, je l’ai visionnée. Et ça m’a permis de comprendre le moment où je me suis trompé sur l’importance de ce qui me semblait être un détail ». Une expérience d’autocritique qui n’aurait pas été possible en se basant sur les comptes-rendus opératoires « Ce document n’est pas factuel. S’il y a une erreur, c’est que quelque chose n’a pas été compris », philosophe-t-il.

Sans oublier que la captation d’erreurs médicales pourrait également soutenir la formation. « On trouve très facilement les captations d’interventions parfaites. Mais, s’il faut savoir où couper, il faut aussi apprendre là où il ne faut surtout pas couper », indique Éric Vibert qui rappelle que la plupart des erreurs médicales, intrinsèques à son métier, sont rattrapées.

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