Dr Philippe Le Van : « L’imagerie à la polyclinique olympique c’est : une salle de radiologie, 3 échographies et 2 IRM de pointe pour poser les diagnostics les plus précis pour les athlètes »

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Philippe Le Van est un peu le médecin en chef des JO. On l’a rencontré à l’occasion de la visite de la polyclinique du village olympique, à quelques jours de son ouverture aux athlètes du monde entier. Différents services, statut et origine des soignants, prévention...  il nous partage tout sur le fonctionnement de cet édifice exceptionnel.

 

Dr Philippe Le Van : « L’imagerie à la polyclinique olympique c’est : une salle de radiologie, 3 échographies et 2 IRM de pointe pour poser les diagnostics les plus précis pour les athlètes »

Philippe Le Van, chief medical officer Paris 2024 © What's up Doc

What’s up Doc : Bonjour Dr Le Van, où est-ce que nous nous trouvons ?

Philippe Le Van : Ici, nous nous trouvons à la polyclinique olympique, qui va être un des centres névralgiques du médical des Jeux, et qui ouvre officiellement dans deux semaines. C’est un centre de santé managé par l’AP-HP uniquement à destination des athlètes. Elle comporte pas mal de services pour soulager le système de santé francilien, qui est un peu plus fragile en été. L’idée c’est de pouvoir soigner ici les quelque 10 500 athlètes attendus.

 

Combien y-a-t-il de services différents ? 

PLV : La polyclinique se dresse sur quatre étages. Au rez-de-chaussée, ce sera le service de soins non-programmés, le seul qui sera ouvert 24 heures sur 24, pour permettre de prendre en charge tout type de pathologies et réorienter les athlètes si nécessaire. On y trouve également la pharmacie, pour permettre de répondre aux besoins aigus en matière médicamenteuse, ainsi qu’une salle de bains froids, pour la récupération. 

Au premier étage, on trouve le service de masso-kinésithérapie, qui sera le plus utilisé, avec une capacité de 350 actes par jour. Au deuxième, c’est le plateau de consultation, dans lequel on retrouve plusieurs spécialités : cardiologie, gynécologie, ainsi qu’urologie et dermatologie uniquement pour la partie paralympique.

Enfin, au troisième étage, on aura un service dentaire, qui permettra notamment de prendre en charge toutes les pathologies dentaires, mais également de réaliser des protège-dents, utilisés dans beaucoup de sports. Il sera accompagné d’un service d'ophtalmologie, qui va non seulement faire des examens, mais aussi fabriquer des lunettes pour les athlètes qui les auraient perdues ou cassées, grâce à un opticien.  

« La grande particularité, c’est de gérer des athlètes aux cultures complètement différentes, par exemple, dans la prise en compte de la pudeur » 

Il y a aussi un important service d’imagerie... 

PLV : Tout à fait. En plus d’une salle de radiologie, et de 3 échographies ostéoarticulaires, on trouve, à l’extérieur du bâtiment, deux camions-remorques avec un matériel de pointe : deux IRM 1,5 Tesla, soit l’équivalent de ce qu’on trouve en hôpital. Ils permettront de poser des diagnostics les plus précis, de manière à ce qu’un athlète sache à tout moment s’il peut poursuivre la compétition ou s'il prend vraiment un risque pour sa santé.

 

Quelle est la grande particularité de l'organisation de soins pour autant de nationalités différentes ?

PLV : La grande particularité, c’est de gérer des athlètes aux cultures complètement différentes, leurs rapports aux choses. Par exemple, dans la prise en compte de la pudeur. On a des box vraiment fermés pour les athlètes, notamment féminines, qui souhaitent conserver de la tranquillité à ce niveau-là.

À l’inverse, on a également des espaces plus ouverts parce qu’on sait que les sportifs aiment bien discuter entre eux des compétitions. Mais pour ceux qui le veulent, on tient vraiment à conserver un côté privatif.

 

L’organisation met particulièrement l’accent sur la prévention pour cette édition, comment ça se passe ?

PLV : On a partagé les programmes de prévention avec le CIO. Nous à la polyclinique, on s’occupe spécifiquement de la prévention des IST et la prévention contre l’addiction aux écrans. Cette dernière est particulièrement importante, car les athlètes utilisent les réseaux sociaux dans une perspective professionnelle. Ça nous paraît important de les sensibiliser à leur usage.

Pour se faire, on va avoir des podcasts, et un livret pour expliquer comment utiliser les écrans au mieux et de manière professionnelle, savoir compter leur temps d'écran pour libérer du temps d’entraînement. Et parce qu’on écoute toujours plus facilement ses pairs : ils auront aussi des témoignages vidéo d'athlètes qui ont été harcelés et qui expliquent comment ils s'en sont sortis.

« De manière générale, nous avons eu des difficultés de recrutement sur les métiers en tension en France, comme les manipulateurs radio »

Qui sont les professionnels de santé qui se relaieront dans cette polyclinique ?

PLV : A part une dizaine de salariés aux postes de chefs de service et logisticiens, tous seront bénévoles. Car si on devait payer l’ensemble des professionnels de santé, cela aurait fait des sommes énormes. Le modèle d'activité des soignants dépend beaucoup des professions. Par exemple, les urgentistes sont énormément hospitaliers, mais les médecins du sport sont beaucoup plus en libéral. Il y a aussi quelques médecins étrangers. 

 

De quelles nationalités  ? 

PLV : Les équipes sont majoritairement françaises, évidemment. Sinon, on va être plutôt sur de l'Union européenne, car c’est beaucoup plus facile de vérifier les diplômes européens, en raison des accords entre les différents ordres ou les différentes agences qui régissent les médecins.

De manière générale, nous avons eu des difficultés de recrutement sur les métiers en tension en France, comme les manipulateurs radio. Par exemple, on est en train de valider deux manipulateurs anglais.

« Si on avait quelques médecins urgentistes supplémentaires, on pourrait être plus à l'aise… Actuellement, on peut ouvrir, mais il ne faut pas qu’il y ait énormément de défections, ni trop de problèmes »

Il était question de faire appel aux étudiants en médecine et docteurs juniors pour combler le potentiel manque d’effectif...

PLV : Concernant les docteurs juniors, on a obtenu l’autorisation du ministère de pouvoir les utiliser, puisqu’ils sont thèsés. On travaille avec le CNOM pour valider leur licence de remplacement. Les internes et étudiants, auront eux un titre d’ « équipier médical », et feront des tâches subalternes. Par exemple, ce seront eux qui accompagneront les athlètes dans les différents services de la polyclinique, et même à l’extérieur, en cas de transfert à l’hôpital Bichat. 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/paris-2024-medecins-salaries-et-benevoles-polyclinique-olympique-vous-explique-tout

D’ailleurs, vous avez plusieurs fois renouvelé l’appel aux volontaires ? Cette fois-ci c’est bon ? 

PLV : Si on avait quelques médecins urgentistes supplémentaires, on pourrait être plus à l'aise… Actuellement, on peut ouvrir, mais il ne faut pas qu’il y ait énormément de défections, ni trop de problèmes… On a ce qu’il faut si tout va bien, mais par exemple, dans le cas d’une épidémie, on serait plus à l'aise avec quelques unités supplémentaires.

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