© Midjourney X What's up Doc
« Dans les pays développés, on estime qu'environ une femme sur huit aura un cancer du sein au cours de sa vie: en France, cela représente 60 000 nouveaux cas par an, dont 15% vont toucher des femmes jeunes, c'est-à-dire de moins de 45 ans », rappelle Aurélie Chiche, chercheuse à l'unité plasticité cellulaire dans les pathologies liées à l'âge à l'Institut Pasteur.
Or « 50% d'entre elles auront un cancer ‘post-partum’, c'est-à-dire diagnostiqué cinq à dix ans après une grossesse menée à son terme, avec ou sans allaitement », soit environ « 5 000 femmes par an », dit-elle en faisant visiter son laboratoire où des cellules de glandes mammaires de souris sont scrutées en très gros plan sur écran, par une jeune équipe majoritairement féminine.
Mieux prévenir ces cancers « post-partum » est crucial: « ils touchent des femmes jeunes et sont particulièrement agressifs, avec trois fois plus de risques de développer des métastases et un plus mauvais pronostic que ceux survenant à d'autres périodes » de la vie, résume Aurélie Chiche.
En outre, alors que les femmes ont aujourd'hui leur premier enfant à 29 ans en moyenne, soit cinq ans plus tard qu'en 1974, le risque de développer un cancer post-partum s'accroît avec l'âge maternel. En effet les cellules pré-tumorales -toutes ne donneront pas un cancer- s'accumulent tout au long de la vie. Davantage de femmes pourraient donc être touchées à l'avenir.
Si l'allaitement exerce un effet protecteur vis-à-vis du cancer du sein, les études épidémiologiques ont aussi mis en évidence, depuis une vingtaine d'années, que la période post-partum constitue un moment critique où le risque de développer un cancer du sein grimpe pour les femmes, en particulier celles ayant accouché après l'âge de 35 ans.
Involution, moment clé
C'est en effet le moment où la glande mammaire, qui s'était développée pour permettre la production de lait, va entrer dans une période d'« involution ».
Lors de ce processus de régénération, le tissu mammaire se remodèle. Certaines cellules, dites « fantômes », cessent alors de proliférer mais produisent des molécules qui interagissent avec les cellules environnantes.
Pour l'équipe de l'Institut Pasteur, ces cellules « fantômes » peuvent contribuer à créer un environnement inflammatoire propice au développement des tumeurs, car les molécules qu’elles produisent semblent favoriser la dissémination des cellules cancéreuses: ses travaux publiés mercredi dans la revue Nature Aging, l'ont démontré chez la souris.
Jusqu'ici « on ne comprenait pas quels étaient les mécanismes sous-jacents qui augmentaient l'agressivité de ces tumeurs », souligne Aurélie Chiche. « On sait désormais que si une femme a déjà une lésion pré-cancéreuse qui aurait pu rester silencieuse tout au long de sa vie, cette période d'‘involution’ peut permettre à ces molécules de booster la prolifération des cellules pré-cancéreuses ».
Des pistes pour mieux surveiller
Chez la souris, ces travaux montrent qu'un traitement visant à éliminer les cellules sénescentes ou « fantômes » pendant l'involution, « retarde significativement l'apparition de tumeurs et réduit la formation de métastases », précise Han Li, qui dirige l'équipe de Pasteur.
Reste désormais à le confirmer sur des tissus humains, et à identifier les molécules responsables de l'agressivité accrue des cellules cancéreuses, afin de les détecter par une simple prise de sang: cela permettrait de mieux surveiller les femmes à risque de développer un cancer du sein post-partum - en particulier parmi celles ayant un premier enfant après 35 ans ou celles présentant des prédispositions génétiques.
« On espère vraiment que ces découvertes ouvriront la porte à de nouvelles stratégies pour améliorer la survie et le traitement des patientes », résume Aurélie Chiche.
Avec AFP