© Jean-Mathieu Perrin / PrepEVC
What’s up Doc : À quel moment de votre parcours avez-vous eu l’envie de créer PrepEVC ?
Jean-Mathieu Perrin : J’ai fait mes études à la faculté de médecine de Lyon et mon internat de chirurgie viscérale à Marseille. La chirurgie est un domaine qui m’a toujours passionné. Le compagnonnage qui vient avec aussi. Les professeurs, chefs de services, chirurgiens seniors nous apprennent des choses, des gestes, des façons de prendre en charge qu’il est impossible d’apprendre dans les livres. J’ai toujours mis un point d’honneur à donner beaucoup de conférences pour les externes lors de mon internat. Je sais que les cours magistraux peuvent être soporifique. Je voulais prendre le temps d’expliquer les notions, tout en essayant d’être le plus captivant possible.
Trois ans après la fin de ma thèse, j'ai créé PrepEVC.fr. Une plateforme de préparation aux épreuves de vérification des connaissances pour les Padhue. Et pour mener à bien ce projet, j’ai quitté mon poste à l’hôpital afin de m’y consacrer à 100%.
« Aujourd’hui, on prépare à plus d'une dizaine de spécialités. Je me suis entouré de médecins seniors de chaque spécialité proposée. »
Pourquoi une prépa pour aider les Padhue ?
JMP : L’idée est venue à force de discussions avec les FFI et les stagiaires associés. Leur concours est extrêmement sélectif. Il y a seulement 15 % de de réussite.
Les FFI de mon service se préparaient avec des bouquins qui n’étaient pas à jour et des annales des EDN, alors que le concours n’a rien à voir.
J’ai commencé la plateforme en me focalisant sur la chirurgie viscérale puisque c’est ma spécialité. Les Padhue ayant choisi de s’entraîner avec PrepEVC sont passés de 10% à 73% à réussir. Les retours ont été très bons. Comme en plus j’adore la pédagogie, j’ai voulu faire grandir le projet.
En tant que chirurgien on sauve des vies chaque jour, c’est gratifiant. Mais, cela m’a beaucoup ému lorsque des Padhue m’ont remercié du fond du cœur. Obtenir les EVC, c’est un changement de vie radical pour eux. Niveau salaire, ils peuvent passer de 500 € à 4000 € par mois.
Vous avez donc arrêté d’exercer la chirurgie. Pourquoi ne pas avoir continuer, même à mi-temps ?
JMP : Je ne voulais pas faire les choses à moitié. Si j’avais été radiologue ou anesthésiste, j’aurais pu continuer à exercer. Mais dans mon cas, je me dois d’avoir un lien avec le malade. Je dois voir mes patients avant d’opérer, il faut compter une journée pour l’opération, une journée pour suivre la convalescence. Il y a aussi les astreintes et l’administratif. Bref, pour moi la chirurgie viscérale ne peut pas se concevoir à mi-temps. Il n’est pas possible de travailler deux jours par semaine. Donc j’ai arrêté, au moins temporairement.
Quelles ont été les réactions lorsque vous avez annoncé que vous quittiez votre poste de chirurgien ?
JMP : J’ai eu deux types de réactions. D’un côté, les personnes qui évoluent dans l’entrepreneuriat m’ont encouragé : « Si tu as envie de le faire, fais-le. Vas-y à fond. Et au pire, si ça ne marche pas, ce n’est pas grave. Tu pourras toujours revenir à autre chose. Au moins, tu auras essayé. ».
Et puis il y a eu un deuxième type de réaction, plus critique qui venaient surtout des générations plus anciennes : « Douze ou treize ans d’études pour arrêter ? C’est triste. Autant de sacrifices pour arrêter, c’est dommage. »
Je pense qu’il y a deux raisons à ça. La première, c’est qu’ils idéalisent la profession de médecin, ou de chirurgien. Ces proches-là aimeraient que je sois reconnu, avec une forme de prestige, une réputation, une carrière « classique » et valorisée socialement.
Il y a aussi des gens qui reprochent aux médecins qui décident d’arrêter de soigner « d’abandonner » la profession alors qu’on a besoin de médecins. Dans mon cas, j’ai arrêté d’exercer pour aider des médecins étrangers à obtenir les EVC et donc à combler le manque de médecins en France.
« Dès que quelqu’un veut faire autre chose, dès qu’il sort du chemin tracé, celui pour lequel on a fait nos études… c’est assez mal vu. »
Vous n’avez pas eu peur de vous lancer au risque que cela ne marche pas ?
JMP : De manière générale, j’ai toujours eu l’impression que les médecins n’arrivent pas à faire autre chose que de la médecine. On est un peu programmés pour ça : on fait médecine, et toute notre vie tourne autour de médecine. Et dès que quelqu’un veut faire autre chose, dès qu’il sort du chemin tracé, celui pour lequel on a fait nos études… c’est assez mal vu.
Je l’ai constaté tout au long du cursus. Entre externes, on parlait tout le temps de médecine : du stage, de l’hôpital. Quand j’étais interne, pareil : on se retrouvait avec les copains, on parlait médecine, on parlait des stages, de ce qu’on avait fait à l’hôpital. Puis après, quand tu deviens chef, c’est encore la même chose : on parle tout le temps de médecine.
Et c’est vrai que j’ai rarement rencontré des médecins qui arrivent à concilier la médecine avec d’autres passions.
C’est encore plus vrai pour les anciennes générations. Mes collègues de 60 ans, ont donné toute leur vie à la médecine. Les nouvelles générations n’ont plus forcément envie d’être définis uniquement par son métier.
Que retrouve-t-on concrètement dans votre préparation aux EVC ?
JMP : Aujourd’hui, on prépare à plus d'une dizaine de spécialités. Je me suis entouré de médecins seniors de chaque spécialité proposée. Souvent, ce sont d’anciens conférenciers qui ont à cœur de transmettre.
Nous proposons quelque chose de nouveau finalement. Sur notre plateforme il n’y a pas que des PDF comme pour pas mal de prépa en ligne.
Il y a, en effet, une partie théorique avec des fiches de synthèses à jour sur les dernières recommandations. Les annales des EDN sont publiées tous les cinq ans environ donc les Padhue ne doivent pas se baser dessus.
Nous avons aussi une bibliothèque de cours en vidéo sur des domaines en particulier comme la polyarthrite ou le diabète. Je demande à des médecins experts de faire un récapitulatif de tout ce qu’il faut savoir. Il y a toute une partie anales corrigées appuyées sur d’anciennes sessions des EVC avec des explications, des rappels théoriques, etc.
En complément, il y a une banque d'entraînement sur le modèle des des annales, mais imaginées par des praticiens hospitaliers spécialistes.
Enfin, il y a les vidéo-conférences live avec un PH attitré, comme un tuteur, qui suit les candidats toute la session. C'est un peu le même fonctionnement que les conférences d'externat mais de manière interactive. Ce ne sont pas des cours magistraux. Les Padhue peuvent aussi poser leurs questions à ce tuteur sur la plateforme via un chat personnel.
Au niveau du modèle économique, il y a un prix fixe qui vaut pour toute la session du concours entre 900 € et 2 000 € en fonction des spécialités. Nous proposons de payer en plusieurs fois parce qu'on sait que les FFI ou stagiaires associés ne sont pas bien rémunérés. Et environ, par session, nous avons 400 candidats qui décident de se préparer avec PrepEVC.
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