Des facultés de médecine lancent leur DIU pour accompagner les personnes transgenres

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Traitement hormonal, ou conseils en vue d'une chirurgie : avant d'entamer leur transition, nombre de personnes transgenres se heurtent au manque de médecins à même de les aider. Mais une formation universitaire, suivie cette année par une trentaine de soignants, entend contribuer à y remédier.

Des facultés de médecine lancent leur DIU pour accompagner les personnes transgenres

© IStock 

Intitulé "Accompagnement, soins et santé des personnes trans", ce cursus est validé par un diplôme inter-universitaire (DIU) délivré par trois facultés de médecine (Lyon, Marseille et Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines). Il vise à apporter des clefs aux soignants désireux de s'impliquer dans le suivi des personnes concernées.

Car les médecins "compétents, bienveillants, et qui acceptent" de prendre en charge les personnes transgenres restent rares, souligne Béatrice Denaes, co-présidente de l'association Trans-Santé France, qui reçoit à ce propos "beaucoup de mails de personnes trans désespérées".

Béatrice Denaes, elle-même trans, a entamé sa transition médicale en 2018. "A l'époque, ça n'était pas encore trop la galère, même si ma généraliste, pourtant bienveillante, n'y connaissait pas grand-chose. »

« Mais aujourd'hui les services sont saturés", car le nombre de demandes de transition est en hausse, relève-t-elle : en 2020, environ 3 300 personnes se sont vu reconnaître par l'assurance maladie une affection longue durée (ALD) de "dysphorie de genre", soit dix fois plus qu'en 2013, selon un rapport remis début 2022 au ministère de la Santé.

Les rares médecins spécialisés auraient donc beaucoup à gagner à s'appuyer sur les pédiatres et généralistes pour accompagner et informer les patients dans leur transition, explique Elodie Fiot, endocrinologue pédiatre à l'hôpital Robert-Debré à Paris (AP-HP), qui prend en charge des adolescents trans et intervient dans la formation inter-universitaire.

En cinq sessions de deux jours, les participants entendent des témoignages de personnes trans, et abordent des thèmes comme le "suivi post-transition des hormonothérapies", la préservation de la fertilité, ou encore les chirurgies génitales d'affirmation de genre. Ils doivent ensuite rédiger un mémoire et faire des stages chez des soignants impliqués.

La demande de formation "monte en puissance" parmi les médecins, qui se sentent "démunis"

Ce diplôme "va me donner une légitimité, on pourra désormais m'adresser plus facilement des patients transgenres", estime Sophie Gibert, généraliste à Bordeaux.

Comme d'autres participants, elle confie avoir déjà eu à traiter ces questions dans sa pratique professionnelle, sans forcément avoir toutes les réponses. Elle suit ainsi une ado transgenre de 16 ans, "en grande souffrance", et confrontée à deux ans d'attente avant de décrocher un rendez-vous chez la seule pédopsychiatre spécialisée de sa région.

"Je la vois tous les mois en consultation. On n'a pas encore accédé à sa demande d'hormonothérapie, mais du simple fait qu'elle est écoutée, elle va mieux, et je suis en contact avec d'autres médecins pour essayer de coordonner son suivi", explique la praticienne, qui affiche sur sa blouse un pin's aux couleurs LGBT, "sans militantisme mais pour que les gens se sentent à l'aise".

Avec seulement une trentaine de médecins formés cette année, le chemin semble encore long avant que l'ensemble du corps médical soit sensibilisé. Mais "nous pouvons être une courroie de transmission pour nos confrères", analyse un autre "élève", Axel Descamps, jeune généraliste qui exerce près de Valenciennes (Nord), où il compte quelques personnes transgenres parmi sa patientèle.

En tant que soignant, "on a le droit de ne pas tout savoir, mais on a l'obligation de se renseigner", affirme le Axel Descamps, qui enseigne également à la faculté de médecine de Lille où il va mettre en place l'an prochain un module de trois heures sur les questions transgenres, pour tous les futurs généralistes.

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La demande de formation "monte en puissance" parmi les médecins, qui se sentent "démunis" face à ces questions, analyse l'un des responsables du DIU, François-Xavier Madec. Et le sujet n'intéresse pas que les militants, souligne ce chirurgien urologue à l'hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine), où il est l'un des rares experts en France à réaliser des opérations de "réassignation sexuelle".

"Nul besoin d'avoir des convictions particulières pour prendre en charge les personnes trans, tant les bénéfices qu'on rend aux patients sont évidents", assure-t-il.

Avec AFP

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