Transition sexuelle : Comment l’expliquer à ses collègues et sa patientèle ?

Il y a quatre ans, Marion Tuduri, praticienne hospitalière, a décidé de changer de sexe. Un coming-out auprès de sa patientèle et ses collègues plus tard, elle nous raconte les étapes par lesquelles elle est passée pour que sa transition soit acceptée dans la sérénité.

Elle a décidé de changer de sexe, mais pas de vie. En 2014, le Dr Tuduri, médecin généraliste spécialisé dans les Urgences et la douleur dans le centre hospitalier de Roanne, décide d’entamer sa transition. D’homme, elle décide de devenir femme. Une décision libératrice pourtant accompagnée d’angoisses. « Ma hantise était le harcèlement moral et physique », nous confie-t-elle. Quatre ans après avoir fait son coming-out auprès de ses collègues et de ses patients, cette docteure de 49 ans nous livre la manière dont elle est parvenue à faire accepter le Dr Marion Tuduri.  
 
C’est durant la petite enfance que les premières questions effleurent son esprit. « Je ne me sentais pas transgenre, mais j’avais des questions sur les pratiques de travestissements », se souvient-elle. Des interrogations qui l’ont suivie jusque sur les bancs de la fac de médecine. « Qu’est-ce que peut ressentir une femme ? Qu’est-ce qui se passerait si j’avais une vulve ? Être médecin m’a permis de me poser des questions très tôt, d’essayer de comprendre », se remémore Marion Tuduri. Ses quarante ans fêtés, ses questions se muent en réponses. « Au fur à mesure, on passe les étapes. Puis, cela devient une évidence », indique-t-elle. Pas question pour autant de changer de vie, de ville ni même d’hôpital. « Pourquoi j’aurais changé ? Qu’est-ce qui change à part mon papier d’état civil et qu’on me supprime mon sexe d’homme ? Je n’ai pas modifié ma manière de soigner. », dit-elle avec aplomb. La crainte des violences familiales, amicales ou professionnelles que beaucoup traversent après avoir révélé leur transition n’est pourtant pas bien loin. « Bien sûr, il y a une peur du rejet », nous livre-t-elle.

Un, deux, trois coming-out
 
« Avant même ma femme, la première personne que j’ai informée de ma décision était un psychologue de la prison », se rappelle celle qui a officié de 2009 à 2016 en tant que médecin pénitencier. Avant de livrer ses pensées encore intimes, Marion Tuduri avait pris soin de s’assurer des positionnements de son collègue et ami sur la question transgenre. « Nous avions évoqué pas mal de sujets », se souvient-elle. Outre enfin s’épancher sur son identité, cette médecin de la douleur cherchait également en lui une personne capable de la soutenir dans le cas où sa transition ne serait pas acceptée. Une quête qu’elle a également entreprise dans le service des Urgences. « Ce collègue-là n’en a pas dormi pendant trois jours. Un an et demi après pourtant, il était à mes côtés lorsque je l’ai annoncé à mon chef de service ». Et de préciser : « J’ai eu de mes moments d’angoisse, de doute. C’était des piliers. Mais c’était aussi une manière d’avoir un regard à accrocher lorsque je ferais mon coming-out ».
 
Après en avoir informé ses directions ainsi que la médecine du travail pour « verrouiller le sommet de la pyramide en cas d’harcèlement », Marion Tuduri, alors médecin pénitentiaire, urgentiste et spécialiste de la douleur, s’est lancée dans l’arène. « Pour éviter les déformations d’information, j’ai fait les trois la même journée », livre-t-elle. Après avoir réuni tous ses collègues, Bruno a annoncé qu’elle devenait Marion. « À la prison ou aux Urgences, j’ai dit : « Vous acceptez, vous n’acceptez pas. Ce n’est pas un problème pour moi. La seule chose qui me fera réagir est qu’on porte atteinte à mon intégrité physique, psychique, familiale ou à mes biens », indique celle qui insiste sur la nécessité de tenir un discours de tolérance envers son contraire.
 
Un discours de patience qu’elle a également tenu dans le bureau de sa cheffe du Centre de la Douleur. « Je venais d’arriver dans ce service. Là, je n’avais pas de pilier. J’avais peur qu’elle me dise ne plus vouloir de moi dans son équipe », se remémore-t-elle. C’est une tout autre réponse pourtant que Marion Tuduri a obtenue. « Elle m’a dit : « Si je t’ai acceptée dans l’équipe, c’est pour ce que tu es comme médecin, et pas pour ton genre ». Pour éviter « les problèmes », sa cheffe de service l’informe tout de même que des adaptations seront peut-être pensées pour certains patients.  

L'annonce à ses patients
 
Et des problèmes, il y en a eu quelques-uns. « Une vieille dame n’était pas trop à l’aise. Je l’ai confiée à un autre médecin ; et un jeune patient a envoyé une lettre à ma direction pour se plaindre de ma transsexualité. On ne l’a jamais revu ». Cela, malgré les démarches préventives entreprises par la médecin qui voit ses patients tous les quatre mois. « Avant l’opération, je leur ai dit : « La prochaine fois, nous prendrons un temps pour parler d’une situation personnelle, nous indique-t-elle. Puis, je leur ai tenu à tous le même discours. Plus ou moins abruptement en fonction de leurs fragilités ». Dans la grande majorité des cas pourtant, sa transition a été bien accueillie. « Il y a des patients qui trouvent ça génial, d’autres qui sont polis. Certains encore s’en fichent…», énumère-t-elle.
 
Quatre ans après pourtant, Marion Tuduri ne s’attarde plus à prévenir ses patients. « Je ne l’annonce pas, sauf quand l’un d’eux me regarde un peu fixement », livre-t-elle. Une assurance qu’elle a pu acquérir grâce à un long travail de préparation, de patience et de bienveillance qui a accompagné ses coming-out. « Je referais tout de la même manière », assure-t-elle, consciente pour autant qu’elle a aussi pu compter sur sa chance.

Portrait de Julia Neuville

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