Comment apprendre à vivre avec les forums... et comment s'en servir

Réservoirs d’idées fausses, laboratoires de l’angoisse, concurrents déguisés… Les forums sur Internet, lieux d’échanges et de discussions entre patients, ont longtemps eu mauvaise presse chez les médecins. Mais ces outils sont aujourd’hui entrés dans les habitudes des malades, et les praticiens ont appris à faire avec.

« Que les forums soient une bonne ou une mauvaise chose, de toute façon, ils sont notre quotidien », explique le Dr Laurent Zarnitsky, généraliste à Paris. « Dans la majorité des cas, les patients qui viennent me voir ont déjà recherché des informations sur Internet ou participé à des forums », ajoute-t-il.

POUR LES PATIENTS : UNE RÉPONSE À DES BESOINS MULTIPLES
Il faut dire que les forums répondent à des besoins multiples. Ils sont un outil d’information, et Laurent Zarnitsky est souvent surpris de la fiabilité des renseignements que les patients y trouvent : « Étonnamment, leurs informations sont de bonne qualité. Certains patients filtrent bien, ils ne regardent pas les trucs les plus dingues. À chaque fois qu’on leur annonce quelque chose de nouveau, on a l’impression qu’ils le savent déjà ».
Lucia Lagarrigue-Aumonier, responsable des communautés du groupe Doctissimo qui passe à ce titre beaucoup de temps à lire les contributions des internautes, reconnaît qu’une telle situation peut avoir quelque chose de déstabilisant pour les professionnels de santé. « C’est l’avènement du patientexpert », explique-t-elle. « Notre niveau d’information n‘a rien à voir avec celui de nos parents ou de nos grands-parents ».

Mais Lucia souligne que l’information n’est pas la seule raison qui pousse les patients à utiliser les forums : « Ils y trouvent également un soutien, par exemple de la part de gens qui ont été confrontés aux mêmes problèmes et qui s’en sont sortis ».
Les forums sont également un outil qui permet aux patients de s’échanger des conseils entre pairs sur la meilleure façon de vivre sa maladie au quotidien, et au besoin, sur le meilleur praticien qui pourra les aider. C’est peut-être cet aspect de la question qui a pu déranger le plus certains médecins, qui jugent que leurs compétences sont souvent difficilement appréciables par les patients.

POUR LES MÉDECINS : UN OUTIL D’ÉVALUATION GRATUIT ?
Il existe cependant de nombreux signes de la compétence des médecins qui sont perceptibles par les patients, et sur lesquels ceux-ci peuvent se fonder pour évaluer celui auquel ils confient leur vie.  Le Dr Jean Doubovetzky, généraliste à Albi, avait d’ailleurs il y a quelques années proposé une batterie de critères à l’usage du grand public dans un livre intitulé Comment choisir son médecin (Editions Jacob Duvernet, 415 pages).

De fait, le patient n’a que l’embarras du choix. Ponctualité, présence de matériel promotionnel des labos dans le cabinet, sens du contact, explication du diagnostic, capacité à laisser la parole… autant d’indices qui permettent au malade de se forger une opinion, au moins sur une partie de la compétence médicale.

C’est pour cela qu’il peut être utile pour la profession d’aller voir ce qui se dit la concernant sur Internet. Les praticiens américains l’ont bien compris, eux qui non seulement font l’objet de discussions infinies sur les forums, mais qui sont également évalués sur des sites spécialisés dans la notation des médecins.

Sur un site comme RateMds qui revendique plus de 2 millions d’avis sur les praticiens américains, ces derniers trouvent, s’ils ont la curiosité de s’y rendre, un outil gratuit d’amélioration de leur pratique : car l’avis des patients peut être précieux si l’on sait s’en servir comme d’une leçon. Il faut dire qu’aux États-Unis, la culture de l’évaluation est bien plus développée que sous nos cieux : qu’attendre d’autre dans un pays où l’on doit repasser le « board » de sa spécialité tous les 5 ans ?

La meilleure façon de se protéger des forums serait donc… de les lire. D’ailleurs, Lucia Lagarrigue-Aumonier est formelle :  « La vision des forums comme une concurrence, c’est la vision de personnes qui ne sont jamais allées sur les forums ».

Avec le soutien du groupe Doctissimo

Portrait de Adrien Renaud
article du WUD 22

Vous aimerez aussi

Il peut y avoir accident médical sans faute du praticien. On parle alors d’accident médical non fautif ou d’aléa thérapeutique. Dans ce cas comme...
Pour ce quatrième et dernier chapitre de la série « Going to… Cardiff », l’installation passée, il reste à accepter de jouer le jeu de l’expatriation...
Un an, ce peut être beaucoup. Mais, un an À l’extrême nord du Cameroun, en zone sahélienne, À travailler auprès d’enfants dans un petit hôpital de...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.