CHU de Montpellier à l'équilibre financier : une bonne nouvelle ?

Le CHU de Montpellier a rendu un résultat financier à l’équilibre pour la cinquième année consécutive. Nous avons demandé à la direction sa recette, et au président de la CME si cet équilibre était viable du côté des soins.

Un excédent de 2 740 903 euros sur le compte de résultat principal 2018. Le CHU de Montpellier se porte bien, financièrement parlant, et présente un bilan équilibré pour la cinquième année consécutive. Il n’est pas le seul : Lille, Nice, Nantes ou encore Saint-Étienne sont dans le vert. En 2018, 14 des 32 CHU sont à l’équilibre ou en positif.
 
En regardant les chiffres fournis par l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH), les CHU ont divisé le déficit par deux entre 2017 et 2018 : il est passé de 212 à 102 millions d’euros. En plus d’une petite rallonge accordée par le ministère au titre de la réserve prudentielle, les hôpitaux français sont aussi extrêmement vigilants sur leur compte de résultat.

« Pas de martingale »

Pour le CHU de Montpellier, l’équilibre tient à plusieurs facteurs. « Nous bénéficions d’une situation particulière dans le bassin d’activité que nous occupons : 70 % de nos patients proviennent de l’Hérault, qui est le département français qui connaît la plus forte croissance démographique », explique à What’s up doc Sylvie Marty, directrice adjointe aux finances du CHU. Mécaniquement, la demande en santé s’accroit, entraînant avec elle l’activité, et donc les recettes. La base.

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Mais, comme tous les hôpitaux, Montpellier a dû faire des efforts. Même si, compte-tenu de l’accroissement de l’activité, le nombre de lits n’a pas baissé, le CHU a pris le fameux virage ambulatoire sur la chirurgie, a mis en place un plan de réduction des charges sur les achats, ou encore de réduction de l’utilisation des antibiotiques, par exemple… Le corps médical est mis à contribution : « Chacun participe à l’augmentation des recettes et à limiter les dépenses », ajoute Sylvie Marty.

À la recherche du temps médical perdu

Le Pr Patrice Taourel, président de la CME, confirme. « Il a fallu supprimer des postes et créer de l’activité, et pour toute nouvelle activité, il faut montrer de la rentabilité ou un équilibre », précise-t-il. « C’est le problème de tous les établissements. C’est une nécessité, et nous l’acceptons ». Une manière de rapporter un peu d’argent : gratter des parts de marché au privé sur les activités rentables, comme l’ophtalmo.

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Et là, l’équilibre financier a tendance à provoquer le chaos du côté des soignants. S’il estime que son CHU vit plutôt bien, Patrice Taourel est un peu inquiet pour l’avenir. « Pour développer des activités, il faut créer du temps médical », ce qui tarde un peu à venir, regrette-t-il. « Le personnel commence à fatiguer. En ophtalmo et en hémato, les recrutements ne suivent pas ».
 
Dans une dynamique positive de développement, le CHU de Montpellier aura une quarantaine de millions d’euros à dépenser en 2019. Elle se traduira par un rattrapage nécessaire en matière d’embauche, avec des postes supplémentaires, aux urgences notamment, mais aussi par une réflexion qualitative, assure Sylvie Marty. La bonne santé financière devrait aussi se traduire dans les investissements.

Dépenser pour mieux gagner

« Il est important de comprendre que l’équilibre permet d’investir », rappelle la directrice adjointe. L’investissement, c’est l’un des points noirs des CHU, en baisse en 2018, c’est pourtant un point essentiel. Pour maintenir ou augmenter l’activité, pour améliorer la qualité des soins – ou simplement éviter qu’elle se détériore –, pour dynamiser la recherche… À Montpellier, après un cinquième IRM en 2017 et un sixième scanner en 2018, il va falloir s’attaquer aux bâtiments, confie Sylvie Marty.
 
Un investissement que plébiscite aussi Patrice Taourel. « Le CHU a les faveurs des internes [5e du classement WUD, NDLR], et ce n’est pas uniquement l’effet climat », estime-t-il. « Nous avons développé des activités de pointe qui bénéficient à l’attractivité, comme la transplantation ». Des activités peu rentables en soi : pendant des années, le CHU a par exemple investi dans la thrombectomie, à perte, mais il est aujourd’hui l’un des centres de référence sur le sujet. Ces activités coûteuses sont essentielles dans l’attractivité, ce qui joue aussi indirectement sur les finances. « Lorsque des praticiens reconnus partent, ça se ressent rapidement sur les résultats du pôle concerné », confie la direction.

Des hôpitaux en surchauffe

Mais parfois, pas besoin d’aller dans la recherche de pointe pour parler d’investissements. Patrice Taourel aimerait que l’hôpital investisse de manière urgente… dans la clim ! « Ça paraît con, mais je pense que c’est obligatoire pour le confort des patients et la qualité des soins », estime-t-il. « Imaginez les patients cardiaques, en période de canicule… Ça a été compliqué », ajoute-t-il en faisant référence à la vague de chaleur fin juillet.

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Outre la clim, direction et président de CME tombent d’accord sur l’importance d’assurer le bien-être des personnels. Relié au taux d’absentéisme, et compte-tenu du poids des ressources humaines dans les budgets, il paraît essentiel. À Montpellier, il est de 7 %, confie Sylvie Marty, ce qui est faible. « Moins d’absences, c’est moins de remplacements, moins d’intérim, moins d’heures sup’… ». Le début d’un cercle vertueux.
 
Le dialogue social entre la direction, les personnels et les syndicats est bon, de l’avis de Patrice Taourel. Le CHU montre des signes de bonne santé, mais le personnel est quand même sous pression. L’augmentation des tarifs hospitaliers pourrait donner un petit bol d’air. Il devrait aussi permettre à d’autres CHU, qui ne profitent pas d’une démographie favorable, et qui sont dans une dynamique bien plus négative de contrôle des déficits, de limiter la casse. Mais lorsque les hôpitaux en bonne santé s’en sortent tout juste, on ne peut qu’imaginer la situation des plus mal lotis.

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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