Ma santé 2022 : la FHF dénonce une méthode technocratique

Mannequin de bois écrasé par un homme en costume
L'hôpital et le technocrate : une métaphore toute en subtilité.

À l’occasion de ses vœux à la presse, la fédération des hôpitaux de France (FHF), qui représente les hôpitaux publics, s’est adonnée à une critique nourrie des tendances technocratiques, sur fond de réforme de santé en cours d'écriture.

 

Les vœux d’une institution sont un exercice convenu, où les annonces fracassantes sont rares. Mais pour qui sait prêter l’oreille, s’y fait souvent entendre une petite musique révélatrice. Les vœux de la fédération des hôpitaux de France (FHF) à la presse, ce jeudi 24 janvier, n’ont pas dérogé à la règle. Thème dominant : sus à la technocratie jacobine, à l’heure où le projet de loi Ma Santé 2022 commence à prendre forme (il doit être présenté d’ici mars au Parlement).

Le syndicat des hôpitaux publics s’agace de « l’entre-soi  un peu techno » qui règnerait avenue Duquesne. « Il y a eu des consultations mais pas de vraie concertation », grince Frédéric Valletoux, président de la FHF, qui parle d’emails envoyés « on ne sait où, et lus par on ne sait qui ». Il dénonce au passage « une loi sur l’hospitalisation et pas une grande loi de santé, comme si l’hôpital était le seul enfant malade », omettant de préciser que les négociations sur la médecine de ville viennent de débuter.

Symbole de cette technocratie dure de la feuille : la réforme des transports sanitaires, menée à la va-vite et tout juste mise en « pause » par la ministre en raison de sa traduction calamiteuse sur le terrain. « S’il y avait eu une concertation sur les transports inter-hospitaliers, on n’en serait pas là », glisse Zaynab Riet, déléguée générale de la fédération. « On est dans une période d’écoute des Français, mais en santé on n’est pas dans ce travail d’échange. »

Plus de confiance, moins de paperasse

Les vœux ont aussi été l’occasion pour les dirigeants de la FHF d’égrener de coutumiers mantras : territorialisation de la santé, lien avec les collectivités locales, confiance aux professionnels de santé pour s’organiser à l’échelle du territoire. Sans oublier un « choc de simplification » des normes et procédures administratives, qui semblent pousser comme du chiendent.

« Les gens finissent par désespérer, ils sont épuisés par la montée de tâches bureaucratiques », plaide Frédéric Valletoux. Et de rappeler que le rapport de l’Igas commandé par Agnès Buzyn sur la question serait, aux dernières nouvelles, au chaud dans un placard. « Évidemment, quand on demande à l’administration de réformer l’administration... » Voici l’État et ses services habillés pour l’hiver.

Surprise ! L’hôpital public est pauvre

On en oublierait presque les revendications budgétaires. Alors que les hôpitaux publics représentent environ 40 % des dépenses de santé nationales, ils sont responsables « de la quasi-totalité des économies réalisées », a rappelé Zaynab Riet. L’enveloppe hospitalière a ainsi été rabotée de 600 millions d’euros en quatre ans, tandis que la médecine de ville voyait dans le même temps ses dépenses augmenter.  

Résultat : pour 2018, l’hôpital public accuse un déficit évalué entre 850 millions et un milliard d’euros, dégel compris. « On demande a minima une augmentation de 1 % des tarifs hospitaliers », se souvient la numéro 2 de la FHF, interrogée sur le financement. Car la concertation c’est bien beau, mais ça ne règle pas tout.
 

Portrait de Yvan Pandelé

 

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