Une touche du côté des outils numériques

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À lheure du « désolé-mais-jarrive-à-avoir-aucun-RDV-avant-2023 » ou du « désolé-mais-on-a-plus-de-médecins-sur-place », comment garantir une offre de soin optimisée ? Depuis la pandémie, le recours à la téléconsultation a été exponentiel avec plus de 4,5 millions de consultations réalisées en avril 2020. Les outils numériques semblent être une réponse de choix à la situation actuelle, mais est-ce bien suffisant ?

Une touche du côté des outils numériques

Sur les plateformes de téléconsultation, on peut trouver un rendez-vous 7 jours sur 7, sur une large plage horaire et majoritairement sans avance de frais. Chez QARE, près de la moitié des demandes de téléconsultation en médecine générale sont possibles dans l’heure.

Mélanie est une utilisatrice convaincue : « Cest ultra pratique, facile dutilisation et je trouve cela très utile surtout les week-ends ou les jours fériés quand on ne trouve pas de médecins. » Dr Gaspard Prévot est cofondateur de l'Alliance Santé planétaire et téléconsulte régulièrement sur la plateforme LIVI : « Je trouve que cest intéressant quand les usagers ont besoin dun avis médical à des horaires compliqués et que loffre de soin est appauvrie dans certaines zones. De plus, avec ma vision un peu écolo, cela évite certains déplacements inutiles ! »  

La téléconsultation n’est pas une consultation « complète » car elle est forcément amputée de la partie de l’examen physique. Néanmoins, les patients reçoivent la plupart du temps des explications, un premier bilan, des conseils, une réassurance, parfois simplement une écoute attentive. Le patient est finalement bien orienté, sa prise en charge est mieux cadrée. « Cest presque une forme de régulation, et cest très utile quand les patients ont des rendez-vous en ville dans des délais délirants », commente le Dr Julie Salomon, pédiatre et directrice médicale adjointe chez QARE. 

Si l’application QARE a été créée en 2017 en réponse à un besoin précis, celui des Français de l’étranger, elle a largement étendu sa cible avec les années, catalysée par la crise sanitaire. Chez QARE, 100 000 téléconsultations sont réalisées chaque mois, et ce chiffre a doublé en un an. 

Actuellement il y a une demande démesurée de la part des patients qui n’ont pas ou plus de médecin traitant ou qui sont dans l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous.  En parallèle, certains médecins, du fait de la répartition hétérogène sur le territoire, peuvent proposer du temps médical. « En consultant en ligne, on répartit de façon plus homogène loffre et la demande sans subir les contraintes des obligations dinstallation dans certaines zones » explique Julie Salomon.

Chez QARE, on retrouve plusieurs milliers de professionnels de santé dont 58 % sont des médecins généralistes. « Tous, à lexception des retraités, doivent avoir une activité présentielle à côté pour garder le réflexe de la main sur le ventre » précise Julie Salomon. Il y a cependant beaucoup de motifs qui ne nécessitent pas d’examen, l’exemple parfait est aussi le motif de consultation le plus fréquent : la cystite. 

« Il sagit dune urgence ressentie par le patient qui nest pas une urgence vitale, avec un besoin d’évaluation médicale sans nécessité dexamen clinique, et avec un besoin de prescription médicale. »

Afin d’élargir l’offre de soin, la téléconsultation s’étend aussi dans les officines, mais aussi les EHPAD qui s’équipent d’objets connectés (tensiomètre, oxymètre). Cela enrichit considérablement la consultation, augmente l’information clinique et génère de nouvelles perspectives de soin.

La téléconsultation a aussi ses problématiques…

À qui profite vraiment la téléconsultation ? Quid du risque d’uberisation de la médecine ? 

Julie Salomon est claire sur le sujet : « Les brebis galeuses, il y en a en présentiel et en distanciel. Il y en a qui sont là pour faire de largent et il y a toujours certains médecins, très à la marge, qui sont dans une productivité financière. Pour autant, ce nest pas propre à la téléconsultation, ce sont les mêmes qui exercent en présentiel. » Parfois, les patients sont eux aussi dans une logique consumériste ou ont des demandes abusives. Le mésusage de l’outil existe des deux côtés de l’écran. 

Si le CNOM agit comme un garde-fou nécessaire et indispensable pour éviter les dérives, le Dr Salomon s’interroge sur le cadre parfois un peu trop rigoriste des instances administratives à l’égard de ce nouvel outil, notamment sur le blocage du temps de téléconsultation à 20 % du temps de travail. Cela limite drastiquement les possibilités pour les médecins et freine l’offre de soin sur le territoire.

La télémédecine est un outil de choix à l’heure de la pénurie médicale. Son usage s’accentue et n’aura de cesse de s’accroître, à défaut de mieux, en conscience, toujours, des fragilités de l’outil. 

Avec l’essor de toute la téléexpertise notamment en neurovasculaire avec le télé-AVC, mais aussi avec le déploiement de la téléradiologie, le numérique continue de se faire une place dans le champ médical et nous permet d’envisager de nouvelles solutions pour demain.

En attendant, et malgré tout, les deux partis sont unanimes, rien ne remplace une « vraie » consultation ! 

Pour la solution idéale, on botte un peu en touche… 

 

 

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