Un généraliste récemment installé en Corse agressé : «Le mec m'a tutoyé, il s'est levé, il m'a empoigné par le col»

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Pas toujours facile de s’installer dans un désert médical. Un médecin installé en Corse depuis le mois de novembre, déplore plusieurs agressions, dont la dernière, plus violente, le vendredi 11 février.

Un généraliste récemment installé en Corse agressé : «Le mec m'a tutoyé, il s'est levé, il m'a empoigné par le col»

Encore une agression de médecin. Vendredi 11 février, le Dr Yann Perchoc, installé dans la commune de Lumio en Corse a été menacé et empoigné par le col de sa blouse. Le patient, un homme de 71 ans, n’a pas supporté que l’ordre de passage soit modifié. Une urgence s’est présentée, le médecin lui a demandé de patienter et l’homme s’est énervé.

Les habitants de la commune, solidaires de leur médecin se sont rassemblés, hier mardi 15 février, devant son cabinet en signe de soutien et de protestation. Le praticien ému a donc pris la parole, comme rapporté par Corse Matin : "Merci de votre soutien, je suis très ému. Les médecins ne sont pas nombreux ici, nous sommes sur une zone désertifiée. Nous faisons le maximum, avec les collègues, sur le plan sanitaire, pour gérer un bassin de population de plus de 6 000 habitants, entre Lumio et les villages alentour. Il y a une activité énorme, il faudrait trois autres médecins. Aujourd'hui, les limites du supportable ont été dépassées. J'ai été victime d'une agression physique inadmissible. Le mec m'a tutoyé, il s'est levé, il m'a empoigné par le col. Il a dit qu'en Corse, personne n'en avait rien à foutre de ma femme et de moi, que nous devrions retourner d'où nous venons. J'ai décidé de déposer plainte en gendarmerie."

Le Dr Yann Perchoc est nouveau en Corse. Il s’est installé là bas en novembre dernier. Et en quelques mois, il déplore déjà plusieurs agressions : "Il y avait déjà eu des alertes avec des insultes, assure-t-il. Maintenant, il est clair que ça fait beaucoup. C'est un endroit où nous sommes isolés, exposés, nous avons des horaires chargés. Parfois, nous revenons le week-end. Les remerciements, c'est d'être traités comme des chiens, d'être insultés, avec des personnes qui font des doigts d'honneur. Nous hésitons à fermer le cabinet pour quelques jours, voire quelques semaines. Nous ne pouvons pas continuer à travailler dans ces conditions, face à de véritables menaces à l'intégrité physique."

Le maire du village, qui manque de médecins depuis des années, s’inquiète : "Nous avons besoin du médecin, votre présence nous est précieuse, assure-t-il. Nous ne voudrions pas que vous nous quittiez pour ces raisons. Et le conseil de l’ordre des médecins de Haute-Corse a lui aussi fermement condamné cette agression dans un communiqué : "Nous venons d'apprendre avec consternation la scandaleuse agression physique et verbale inadmissible dont a été victime un de nos confrères. Malheureusement, il ne s'agit pas d'une première. Le manque de considération de la profession se transforme de plus en plus en violences. Cette dégradation des relations fait partie des grandes préoccupations de l'Ordre des médecins qui a créé un Observatoire pour la sécurité des médecins. Le conseil de l'Ordre s'associera, bien évidemment, à tout dépôt de plainte."

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