SOS Médecins : une mobilisation pour revaloriser la visite à domicile

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Le 3 septembre dernier, la fédération SOS Médecins avait voté en AG extraordinaire une journée de grève nationale le 27 septembre. Des actions sont depuis reconduites localement sur de nombreux territoires. Au cœur des préoccupations, une absence de revalorisation de la visite à domicile. Entretien avec le Dr Jean-Christophe Masseron, président pour SOS Médecins.

SOS Médecins : une mobilisation pour revaloriser la visite à domicile

Le mouvement « prend sa source il y a 15 ans. » C’est sur ces paroles que le Dr Jean-Christophe Masseron, président SOS médecins, entame notre entretien. Le 27 septembre dernier, une journée de grève nationale a mis la visite à domicile à l’arrêt entre 8h et 20h. « Ça nous a permis d’alerter sur ce sujet, c’était le point de départ de notre mouvement, qui depuis n’a pas cessé », poursuit Jean-Christophe Masseron.  

« Les visites à domicile prennent du temps, sont complexes et pourtant sous-valorisées », poursuit le président de la Fédération. « En juillet 2021, l’avenant 9 à la convention médicale prend en compte la visite à domicile mais seulement celle du médecin traitant. On est donc exclu. Cela faisait longtemps que l’on demandait une revalorisation de la visite, ce qui a été un facteur déclenchant pour nos 1 300 praticiens. »

Dans un communiqué publié le 3 septembre, la fédé estime que « la conséquence principale de cette démonétisation de la visite est un désengagement croissant des médecins généralistes de cette pratique qui :

  • Accroit l’engorgement des urgences hospitalières ;
  • Rend plus difficile le recrutement de médecins pour réaliser des gardes ;
  • Accélère la perte du savoir-faire de la médecine de ville ;
  • Met en péril la pérennité de la visite ».

SOS Médecins alertait alors les syndicats, les parlementaires, entamait des discussions bilatérales avec la CNAM. « On n’arrivait pas vraiment à faire passer notre message. Lors de notre assemblée générale extraordinaire du 3 septembre, nous avons voté la mobilisation ». Pourtant le président de la fédération le reconnait, « la grève n’est pas dans notre ADN, cela veut dire que le service s’arrête ».

« Nos revendications ont été remises entre les mains de la CNAM pour pouvoir sortir de la crise, le politique n’a pas souhaité intervenir. Depuis, nous avons des discussions soutenues avec la CNAM, mais nous sommes coincés par la règlementation », poursuit Jean-Christophe Masseron.

La demande principale ? « Nous voulons une visite à 57,60 euros au lieu de 35 euros. Remettre des moyens sur la visite permettrait d’éviter de rebasculer sur la consultation. Les visites sont de plus en plus longues et complexes. Nous sommes partenaires du SAMU, on nous envoie des missions qui sont parfois chronophages, comme la psychiatrie aiguë ou la gériatrie. Une heure de consultation est équivalente à trois heures de visite », détaille Jean-Christophe Masseron.

« La visite n’est pas valorisée par rapport au temps passé et au service qu’elle rend. Elle ne peut pas être transformée en autre chose : sans visite, il faut un transfert en ambulance vers un service d’urgences, cela coûte encore plus d’argent. Donc sans visite à domicile, il y a une explosion du coût de transport », poursuit-il.

En toile de fond également, l’attractivité de la fédération. « Elle ne doit pas être plombée par la visite à domicile qui peut être un frein au recrutement alors que SOS Médecins attire les jeunes médecins par cette possibilité d'un travail d’équipe, d’un exercice collectif mais aussi le fait d’avoir à la fois de l’urgence, de la visite, de la consultation et même maintenant de la téléconsultation : nous sommes attractifs, on veut que cela puisse durer. »

Et maintenant ?

« On verra comment ça se passe, la prochaine échéance est celle de la convention médicale pour 2023. La CNAM affiche une volonté de s’occuper de la visite à domicile à ce moment-là. Pour nous c’est loin, mais on nous a promis un geste sur la majoration des déplacements mais qui ne sera probablement pas à la hauteur sur la visite urgente, qui est souvent technique et chronophage. L’année 2022 sera celle du travail et de la discussion pour une application courant 2023 », continue Jean-Christophe Masseron. 

« Je n’attends pas grand-chose des pouvoirs publics, ils ont montré qu’ils arrivaient à leurs limites. J’attends la réunion en assemblée générale de nos 63 présidents pour discuter du virage que peut prendre la fédération pour ne pas rester sur la touche. Il faut revoir notre organisation sans totalement abandonner la visite. L’enjeu majeur est celui de la refondation du modèle », conlut-il.

 

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