« Si la loi Rist passe, on sera au niveau des pays émergents »

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Tous les syndicats de médecins et le président du Conseil de l’Ordre étaient présents ce mardi 14 février pour manifester contre la loi Rist qui passe cet après-midi devant le Sénat. What’s up doc est allé à leur rencontre.

 

« Si la loi Rist passe, on sera au niveau des pays émergents »

Ils sont tous là, CSMF, FMF, Médecins pour demain, Réagir, MG France … unanimes. Cette loi « attaque un fondement même de la médecine ». Pour le président de l’Ordre des médecins, François Arnault cette loi porte « en elle un risque de désorganisation de l’offre de soin territoriale, et de contournement possible du rôle des médecins auprès des patients : c’est-à-dire le rôle de diagnostic. »

Pour Noëlle Clariclet, porte-parole de l’association Médecins pour demain « la loi Rist promeut un transfert des compétences médicales des médecins vers les paramédicaux. Nous sommes contre cette loi car nous considérons que c’est une perte de chance et un danger pour la prise en charge de nos patients. Nous sommes également contre les mesures coercitives qui sont en train de tomber sur les personnels médicaux, le tout en plein milieu d’une négociation conventionnelle dans lequel se joue justement l’avenir de la médecine de demain. »

Le président du SFMU-S (Société Française de Médecine d’Urgence), Karim Tazarourte, explique : « La loi est en train de faire deux catégories de français, des français qui ont accès à des médecins, et des Français qui ont accès à des IPA. Aujourd’hui il y a deux catégories de français, mais par défaut. Il manque des médecins. Ce n’est pas le choix de loi, c’est le choix de politique intérieure qui a produit ça, mais là, on est en train d’institutionaliser cela. C’est inadmissible. Il faut qu’on rende attractifs nos métiers, pour que plus de médecins s’installent, que nous puissions combler les déserts médicaux. Cela fait des années que les politiques ont abandonné la médecine libérale. Ils l’ont tellement abandonnée qu’ils ont fini par l’oublier. Il n’y a pas un seul Français qui n’a pas des problèmes d’accès aux soins. C’est le résultat des politiques antérieures, et le gouvernement continue à jouer petit bras. »

« Nous sommes en pleine négociation conventionnelle, et les propositions de l’assurance maladie mises sur la table, entre autres ces 1,50 euros, sont aujourd’hui très loin des attentes des médecins.»

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Il en est de même pour le président d’Avenir Spé : « Cette loi va déstructurer nos collègues médecins généralistes. Elle n’a aucun fondement médical, ni scientifique ; elle va au travers des éléments contre les jeunes pour leur exercice dans les zones désertifiées, mais surtout, cela aura un impact sur la qualité des soins. On va mettre en place une médecine à deux vitesses, on va voir apparaître une médecine low-cost, à la Orpea. »

Sophie Bauer, présidente du SML appuie ces propos : « Cette loi va détruire notre système de santé, c’est en passe de détruire tout ce qu’on a construit en coordination depuis des années, en montant les professions les unes contre les autres, et puis c’est très grave car cela instaure une médecine à deux vitessesSi la loi passe, on sera au niveau des pays émergents. »

Franck Devulder, président du CSMF, est là pour deux raisons : « Premièrement la loi Rist va donner un accès direct à d’autres professionnels de santé sans aucune coordination, sans protocolisation, c’est à dire l’accès direct à d’autres professionnels de santé, mais sans le cadre d’un parcours de soins, où le chef d’orchestre est le médecin généraliste, le médecin traitant. La deuxième raison, c’est que nous sommes en pleine négociation conventionnelle, et les propositions de l’assurance maladie mises sur la table, entre autres ces 1,50 euros, sont aujourd’hui très loin des attentes des médecins. On ne donne pas à la médecine libérale ce dont elle a besoin ».

Élise Fraih, présidente de Réagjir est aussi venue « manifester le mécontentement des membres de son syndicat,  face à certains points des négociations conventionnelles et face à certaines propositions de loi contre la liberté d’installation. »

Les jeunes médecins aussi étaient là, Olivia Fraigneau, présidente de l’ISNI, est « contre la méthode des parlementaires qui se saisissent des sujets de santé, qui veulent réformer notre système de santé sans consulter les principaux concernés. Et surtout ceux de demain. Nous sommes depuis 10 ans en faveur du transfert de compétence, nous voulons continuer à aller dans le bon sens. Les jeunes médecins ne veulent pas gagner du temps en enlevant les consultations faciles mais gagner du temps administratif. On a tout à gagner à ce que tout le monde soit revalorisé. »

« On fera ce qu’il faut pour que toutes ces loi stupides et scélérates soient retirés. »

Pour Karim Tazarourte, président de la SFMU, « les solutions tiennent en trois mois : faciliter, nettoyer et simplifier la profession. Faciliter c’est-à-dire que l’on puisse avoir un exercice multi-sites, nous ne pouvons pas aujourd’hui. Lorsque nous allons donner une journée dans un désert médical, nous ne pouvons pas être remplacé. Qu’on puisse enlever une charge administrative. Les propositions faites sont de la rigolade. C’est un amuse public. Toutes les solutions proposées existent déjà, c’est juste qu’elles ne sont pas appliquées. Il ne va pas assez loin dans ce sens. Il faut qu’il y ait un tarif qui atteigne la moyenne européenne. Si l’on s’engage à mieux prendre en charge les ALD et le coût des addictions on fait gagner chaque année à l’état beaucoup d’argent, à tel point que pour un euro investi, il en gagne 5. Donc il y a les moyens de faire une consult’ à 50 euros. » 

Pour autant il n’est pas permis pour Noëlle Clariclet de perdre espoir. « Il y a toujours quelque chose à faire, aujourd’hui on voit que Médecins pour demain est né en septembre. Cela fait 6 mois que nous nous battons pour améliorer les conditions d’exercice des médecins pour faciliter l’accès aux soins des patients sur tout le territoire ».

« On fera ce qu’il faut pour que toutes ces loi stupides et scélérates soient retirés. » conclut Sophie Bauer  

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