Reportage : l'oncologie prend son envol au Rwanda

Centre d'oncologie, Rwanda, Butaro.
Centre d'oncologie, Rwanda, Butaro.

Le diagnostic d’un cancer n’est plus une condamnation à mort. Le pays dispose aujourd’hui d’unités d’oncologie adulte et pédiatrique dans le nord du pays, ainsi que d’un service de radiothérapie à Kigali.

Niché sur une colline verdoyante au nord du Rwanda près de la frontière ougandaise, l’hôpital de Butaro est un établissement unique dans le pays. À plus de trois heures de route de la capitale, cet hôpital en zone rurale entouré de rizières et de plantations de thé est le premier à avoir proposé la chimiothérapie aux malades du cancer à partir de 2012. Depuis, quatre autres centres de cancérologie ont été ouverts pour soigner les 10 000 Rwandais diagnostiqués d’un cancer chaque année. Mais l’hôpital de Butaro reste encore aujourd’hui une référence nationale, mais aussi régionale. « Nous accueillions environ 1700 adultes et enfants atteints de cancer chaque année, indique le Dr Fidel Sebahungu, oncologiste. Ils viennent des quatre coins du pays, mais aussi du Burundi, de République Démocratique du Congo, du Malawi ou encore du Nigeria. »
Hôpital de Butaro, Rwanda.
Ce matin de mars, déjà une cinquantaine de personnes patiente dans une partie couverte de la cour. Certaines attendent de voir un oncologue pour la première fois, tandis que d’autre sont venues chercher leurs résultats d’examen. Pour être là à l’ouverture du centre, plusieurs malades ont dû partir au lever du jour. Fatigués par le voyage, des enfants dorment sur les bancs en bois ou sur les genoux de leur mère. « Le transport est un problème pour les malades, reconnaît le Dr Fidel Sebahungu en passant devant eux. Alors que les séances de chimiothérapie se font en ambulatoire, les patients sont obligés de venir la veille de leur traitement. Pour y remédier nous allons construire un bâtiment qui pourra les accueillir avec leurs familles. » 

Soins de qualité

Mais si ces familles viennent de si loin, c’est parce qu’elles savent qu’elles pourront bénéficier de soins de haute qualité – des soins pris en charge par la mutuelle de santé publique. Grâce au partenariat entre le ministère rwandais de la Santé, l’ONG américaine Partners in Health (PIH) et l’institut de cancérologie Dana Farber (Boston), l’hôpital de Butaro a renforcé ses capacités de diagnostic et possède un laboratoire dernier cri.
Hôpital de Butaro, Rwanda.
« Aujourd’hui, nous avons un résultat de biopsie entre 3 et 5 jours, contre 6 à 8 semaines lorsque nous devions envoyer nos échantillons à Boston, explique le Dr Déo Ruhanganza, anatomopathologiste. Et depuis 2016, nous bénéficions d’un système de télépathologie qui nous permet d’envoyer des coupes numérisées de cas complexes à 20 instituts américains. Sur 2500 biopsies par an, nous avons besoin de leur expertise pour 10% d’entre elles. » Les principaux cancers diagnostiqués chez l’adulte sont le cancer du col de l’utérus, du sein, du côlon et du foie. « Environ un cas sur deux est détecté à un stade 3/4 », souligne le Dr Ruhanganza. Chez l’enfant, les cancers hématologiques sont les plus fréquents.

Seulement deux oncologues rwandais

Pour les prendre en charge, les médecins rwandais peuvent là encore compter sur leurs partenaires internationaux. « PIH a formé des généralistes et des internistes à diagnostiquer et traiter tous les cancers. Plusieurs oncologues américains travaillent également à nos côtés au quotidien. C’est un enjeu important car nous n’avons pas assez d’oncologues. Dans le service d’oncologie adulte, ils sont seulement deux par exemple », décrit le Dr Fidel Sebahungu, lui-même interniste.  En 2010, le Rwanda comptait un seul oncologue pour une dizaine de millions d’habitants. Or, il en faudrait au moins 100 fois plus selon des estimations du ministère rwandais de la Santé. Une pénurie de médecin inquiétante alors que près de 693 000 Africains succombent au cancer chaque année. Un chiffre qui devrait doubler d’ici 2030.
Outre ce manque de médecins, les cliniciens de l’hôpital de Butaro sont également confrontés à un manque d’équipement et de technologie. « Jusqu’en janvier dernier, le Rwanda ne possédait pas la radiothérapie. Donc chaque mois, nous nous réunissions pour sélectionner les malades que nous pouvions envoyer au Kenya ou en Ouganda. C’est une décision très difficile », glisse le Dr Sebahungu en entrant dans l’unité d’oncologie pédiatrique. Une situation d’autant plus difficile que l’unique machine de radiothérapie est tombée en panne en 2016. Elle n’a été remplacé qu’en janvier 2018.

Inauguration d'un centre de radiothérapie

Mais désormais, l’équipe médicale n’aura plus à prendre cette lourde décision. Un centre de cancérologie doté de la radiothérapie a été inauguré il y a quatre mois à l’hôpital militaire de Kigali. « Nous sommes aussi bien équipés qu’un centre français, assure le lieutenant-colonel Pacific Mugenzi en présentant ses deux accélérateurs linéaires de particules fournis par le suédois Elekta. La première année, nous prévoyions de traiter près de 900 patients. » Une salle de ce centre flambant neuf au murs sombres et carrelage noir est également prête à accueillir la brachythérapie. Là encore, un effort important a été réalisé pour former des médecins et des paramédicaux. Le gouvernement rwandais a débloqué plus de 3,4 millions de dollars (soit 3 millions d’euros) pour former 21 radiologues, oncologues, manipulateur radio et infirmiers. « Mais nous manquons toujours de physiciens formés à la physique médicale », déplore le radiothérapeute.
Hôpital de Butaro, Rwanda.
Ce centre situé à Kigali, capitale du Rwanda, prendra également en charge des patients ayant besoin de chimiothérapie, mais aussi des protocoles indisponibles à l’hôpital de Butaro comme les thérapies ciblées ou l’immunothérapie. « Mais ces molécules ne sont pas remboursées par la mutuelle. Elles sont commandées et achetées pour chaque patient », prévient-il avant d’ajouter que la liste des médicaments essentiels en cancérologie est en cours d’actualisation, et des négociations ont été engagées avec l’industrie pharmaceutique pour diminuer les prix.
Un effort que les laboratoires semblent prêts à faire. Fin 2017, Pfizer et le laboratoire indien Cipla se sont engagés à commercialiser 16 anticancéreux essentiels à des prix à peine supérieurs à ses coûts de fabrication. Le géant pharmaceutique indien avait même fixé un prix de 50 cents (environ 40 centimes d’euros) pour certains médicaments et ses perfusions à 10 dollars (8,5 euros).
Crédit photo : Cecille Joan Avila/Partners In Health.
 

 

Portrait de Anne-Laure Lebrun

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