Raphaël Presneau : «Avec la mission flash de Braun, le travail de nuit est revalorisé pour le personnel médical, mais pas pour les internes»

Raphaël Presneau, est depuis, début juillet, président de l’ISNAR-IMG. Une occasion pour rencontrer cet interne en médecin gé de 25 ans, connaitre les origines de son engagement, ses combats, ses envies et sa vision de la médecine et de l’internat…  

Vous avez choisi médecine générale aux ECN, quelles motivations ?

C’est dû à l’envie de pouvoir faire du suivi de patient sur le long court. Quand j’étais dans des stages, je me suis rendu compte que je prenais plaisir dans toutes les spécialités et que j’aimais bien toucher à tout. La médecine générale collait assez bien à cela et à la vision de mon exercice futur.

Depuis combien de temps êtes-vous engagé auprès de l’ISNAR-IMG ?

J’ai assisté à mon premier conseil d’administration en octobre 2021, juste avant de rentrer en première année d’internat en tant qu’administrateur du syndicat local de Nantes : le SIMGO. J’ai fait deux conseils d’administrations en tant qu’administrateur et je suis devenu trésorier en février. Et maintenant président depuis début juillet.

Devenir président, c’est par vote ou c’est une nomination ?

La présidente précédente souhaitait quitter la structure au mois de juillet. Nous avons réfléchi à savoir qui serait le plus adapté pour ce poste. J’étais partant, l’ensemble du bureau était d’accord. Quand on a proposé ma candidature à l’ensemble des administrateurs lors du conseil, ils ont voté à l’unanimité pour m’élire à ce poste.

Pourquoi vous être engagé syndicalement si jeune ?

J’ai été touché par des problématiques de droit des internes au départ, c’est ce qui a amené à mon engagement syndical au local. J’ai découvert la structure en octobre, j’y ai retrouvé les sujets des droits des internes qui me tenait à cœur. L’ISNAR-IMG se bat pour le respect du temps de travail des internes, a obtenu certaines avancées majeures. Par exemple lors du Ségur de la santé, l’obtention des demi-gardes et la rémunération des gardes de nuit. Cela m’a aussi permis d’élargir mon champ de vision avec des problématiques de type risques médico-sociaux, lutte contre les discriminations qui sont aujourd’hui assez centrales dans notre façon de voir les choses dans notre internat.

Vous remplacez une femme, et vos vice-présidents sont deux hommes, la parité est respectée à l’ISNAR-IMG ?

Il faut savoir que ma porte-parole qui est ma binôme est une femme : Barbara Bégaut. Au sein du bureau cela tourne pas mal. Jusqu’au mois d’avril 2022, nous avions au sein des quatre postes centraux trois femmes. C’est une question de cycle.

Quels sont les sujets qui vous touchent ?

Les sujets qui me touchent sont ceux du droit des internes, des risques psycho-sociaux et des luttes contre les discriminations. Nous allons aussi avoir un axe autour de la prévention, qui sera d’ailleurs le thème de notre congrès prochain.

Ce sont des sujets qui vous touchent personnellement ?

Oui ce sont des problématiques quotidiennes pour nous, internes. Par exemple dans ma subdivision locale, nous avons eu des remontées d’internes, certains groupes hospitaliers ne considéraient pas comme des demi-gardes certain créneau avec des fins d’horaires tardifs. Nous avons pu en discuter avec eux et réussir à ce qu’ils soient rémunérés.

Sur quel combat allez-vous mettre l’accent ?

Il va y avoir la problématique de la quatrième année d’internat en médecine générale, qui va être centrale. L’ISNAR-IMG a diffusé nationalement auprès des subdivisions de médecine générale un sondage pour recueillir les modalités que les internes accepteraient. Cette quatrième année de médecine générale a été souhaitée par nos enseignants lors de la réforme du 3e cycle. Nous avons été partie prenante des discussions. L’idée est de mieux former les étudiants à des situations pratico-pratiques, comme la comptabilité. Aujourd’hui les jeunes sont freinés dans leur installation par ces questions.

Plus de 2 000 internes de médecine générale ont fait remonter le souhait d’être mieux formés sur ces sujets.

De notre côté, nous avons des lignes rouges très claires quant à la mise en place de cette quatrième année : des conditions sécurisantes et professionnalisantes pour les internes. Plusieurs axes sont mis en place suite à ce sondage : pas d’obligation de soutenance pour cette année, et nous demandons une revalorisation des statuts actuels pour un médecin junior.

Pour vous, quelle a été la plus belle victoire de votre prédécesseure ?

Nous pouvons être très satisfaits de la naissance du centre de coordination nationale d’accompagnement des étudiants en santé, héritier de l’ancien CNA. Il va prendre le relais dans l’accompagnement des risques médico-sociaux. L’arrêt de l’ancien CNA nous avait attristés et la naissance de cette structure est porteuse d’espoir pour les mois et les années à venir. On sera très vigilants sur la naissance de cette structure et l’appropriation que s’en font les internes. Cela va être l’enjeu dans les mois à venir.

Quand on est président, on a une décharge ou vous cumulez les deux emplois du temps ?

Actuellement jusqu’à fin octobre je serai en stage de praticien de niveau 1 dans le sud de la région Nantaise et dans le nord de la Vendée. Au mois de novembre je prends une disponibilité pendant 6 mois pour m’occuper de la structure. Nous sommes rémunérés via le syndicat à hauteur strict, au centimes près, de ce que l’on aurait gagné en temps normal, hors garde. L’idée est de ne pas gagner d’argent mais de ne pas en perdre non plus.

Que pensez-vous des 41 mesures de la mission flash de Braun ?

Nous avons partagé les constats qui ont nécessité cette mission flash. Maintenant dans la mission flash peu de mesures concernent les internes. On voit la notion de licence de remplacement hospitalier sur laquelle nous travaillons déjà avec la DGOS et le Conseil National de l’Ordre des médecins. Cela doit se faire de manière sécurisée et sur la base du volontariat des internes. L’autre chose qui nous a un peu étonnés sur la mission de Braun :  le travail de nuit est revalorisé pour le personnel médical mais pas pour les internes.

Avez-vous déjà rencontré le nouveau ministre de la santé ?

Nous ne l’avons pas encore rencontré personnellement. Nous avons fait des réunions en visio de groupe avec lui. Nous allons le rencontrer très prochainement pour évoquer les problématiques des internes.

Comment voyez-vous votre exercice dans le futur ?

Je suis issu du sud de la Loire Atlantique, je me vois bien m’installer dans un cabinet dans une maison pluridisciplinaire dans le nord de la Vendée ou dans le sud de la Loire Atlantique. Ce sont des territoires qui ont un besoin de médecins et qui me tiennent à cœur.

Arbitre de la fédération de foot au niveau national, vous trouvez le temps de continuer ?

J’ai stoppé ma pratique à la fin de la saison dernière c’était un peu compliqué avec le stage à l’hôpital. La pratique de l’arbitrage à des niveaux régionaux ou nationaux ne permet pas une pratique à mi-temps. C’est d’ailleurs son arrêt qui m’a permis de m’engager dans une vie syndicale. Mener de front un engagement associatif syndical et mon engagement sportif était incompatible. Je me suis mis au triathlon. La pratique sportive m’a toujours tenu, me permet de souffler et de me recentrer sur le déroulement de ma vie.

 

Portrait de Albane Cousin

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