Médecine générale : une spé À part entière !

« Si tu ne travailles pas assez, tu finiras médecin généraliste ! »
Cette phrase nous paraît malheureusement banale, nous l’avons maintes fois entendue au cours de nos stages, de nos cours, de nos conférences d’ECN.

Malheureusement, ces considérations reflètent des préjugés plus néfastes que constructifs pour la représentation et la considération des étudiants envers une spécialité pourtant  indispensable dans notre système de soins.

Un tel dédain de la part de certains hospitalo-universitaires interroge.

Est-ce là la réminiscence de profonds clivages historiques ?

Ou simplement la trace d’une réelle méconnaissance d'une spécialité « simple » en apparence?

À n’en pas douter, la « simplicité » de prime abord de la médecine générale nourrit cette déconsidération.

Mais la médecine générale ne se résume pas à la « bobologie » !

D’ailleurs, au fond, la plupart des hospitaliers le savent bien quand ils s’appuient sur leurs confrères spécialistes de médecine générale en annonçant aux patients : « vous verrez ça avec votre médecin traitant ». Le suivi des familles tout au long de leur vie, la prise en charge des pathologies chroniques et la prévention sont le lot quotidien du médecin généraliste.

La visite annuelle du diabétique chez l’endocrinologue ne lui suffit pas toujours pour maintenir son équilibre. L’adaptation de son régime et de son traitement nécessite de fins réglages et une excellente connaissance de son patient et de son environnement.

Qui d’autre que nous, médecins généralistes, saurait le faire ?

Alors pourquoi une telle méconnaissance ? Sans doute parce que, historiquement, la médecine générale est peu présente dans le milieu universitaire et qu’elle s’apprend surtout en dehors de l’hôpital.

Les programmes des 1er et 2nd cycles des études médicales sont d’ailleurs très pauvres en médecine non hospitalière. Alors que la moitié des étudiants choisit cette spécialité à l’issue des ECN, aucun cours ou presque n’est encore dispensé par des enseignants de médecine générale universitaire. Curieux, non ? Ils seraient pourtant les plus légitimes pour expliquer le suivi ambulatoire d’un traitement antihypertenseur ou l’entretien motivationnel de l’arrêt du tabac…

Allons-nous changer un jour ces règles d’enseignement pour voir fleurir un engouement plus serein à l'égard de notre discipline ?

Quid des stages de médecine générale pour les externes, obligatoires depuis 1997 ?

Une révolution qui se fait attendre… Seule la moitié des étudiants y a accès encore aujourd’hui.

Certes, il peut être parfois assez complexe de trouver un maître de stage. Mais les facultés ne manquent-elles pas tout simplement de volonté pour ouvrir la médecine générale à tous ?

Du salariat au libéral, de l’exercice particulier à la médecine de famille plus classique, aucune pratique de généraliste ne se ressemble. Même la recherche en médecine générale existe et a ses spécificités propres qui la rendent indispensable. Les jeunes en formation, le bon nombre de médecins enfermés dans les hôpitaux, n’ont pas toujours conscience qu’il existe aussi un monde médical performant et innovant au-delà du seuil du CHU.

Mais qu’à cela ne tienne, le monde doit changer dans l’intérêt des patients et des soignants. La médecine générale ne demande qu’à se faire connaître le plus tôt possible pour permettre à la profession et à l’université de devenir plus ambulatoires…

Julien Poimboeuf est président de l’ISNAR-IMG (InterSyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale).

Portrait de Julien Poimboeuf
article du WUD 12

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