Préparer les parents

Critique du film " Pupille ", de Jeanne Herry (sortie le 5 décembre 2018).

Théo naît sous X dans une maternité de Bretagne.  De l’intervention d’une assistante sociale au chevet de sa mère à son arrivée dans sa nouvelle famille, nous suivons son parcours ainsi que celui de tous ceux qui, de près ou de loin, contribuent à ce que son adoption ait le moins d’impact négatif sur lui. Une très belle ode à la solidarité humaine, à une certaine idée de notre système social également.  Qui tombe à point nommé…
 
Sortir de « Pupille », c’est se rappeler que l’optimisme est une façon aussi légitime que d’autres de s’approprier le réel. Que montrer ce qui fonctionne peut permettre de rappeler l’importance d’un système quand il est exposé au risque de l’essoufflement. Et que, au cinéma du moins, ce n’est pas si fréquent. Prenons le thème de l’adoption : il suffit d’interroger quelques collègues qui travaillent auprès d’un public de parents adoptifs ou d’enfants adoptés pour que nous nous rappelions à quel point cette démarche constitue une expérience traumatogène aux conséquences multiples. Et pourtant…
 
Pourtant, il était salutaire de décrire tout ce que l’on ne voit pas et qui fait que, traumatique ou non, l’abandon d’enfant a toujours existé et que notre système social a développé peu à peu un arsenal efficace pour accompagner l’enfant et sa future famille au plus près. Quel bien cela fait donc de voir décortiqué ce travail de fourmi, cette attention du quotidien, ce maillage humain à l’œuvre…Bref la force d’’un système confronté à la fragilité d’une situation. Assistantes sociales, éducatrices de l’ASE, familles d’accueil, infirmières…tous contribuent de près ou de loin à porter Théo avec le moins de dommages possibles vers Alice, 41 ans dont 8 ans de démarche, interprétée par une Elodie Bouchez en état de grâce.
 
Il fallait un talent de cinéaste pour rendre cette fiction quasi-documentaire palpitante. Et surtout une sacrée dose d’humain. Au-delà de nos espérances, Jeanne Herry y parvient parfaitement. Chaque personnage, même celui dont le rôle pourrait paraître mineur, est filmé au plus près, avec la même attention. Privilégiant les plans serrés et l’infra-verbal, elle s’appuie sur son casting de choix qu’elle réussit à maintenir au diapason, donnant le meilleur de soi sans jamais tirer la couverture à quiconque. De cette noble distribution, on retiendra le jeu nuancé de Clotilde Mollet et Olivia Côte, formidables assistantes sociales différentes au possible.
 
Le film réussit mieux que « Réparer les vivants », dont il reprend le procédé scénaristique, à décrire comment une procédure collective peut faire naître, à partir d’une souffrance individuelle, une nouvelle chance. C’est ce processus de « réparation » et de « préparation » auquel nous assistons, pendant près de deux heures, captivés et souvent émus.
 
 
 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

 

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