Madagascar : Médecins du monde redonne le sourire aux enfants

Depuis 2005, l’ONG Médecins du monde se rend à Madagascar dans le cadre de l'Opération sourire pour opérer les patients atteints de fentes labio-palatines et de graves séquelles de brûlures. Des enfants qui n’ont pas accès à ces soins, faute de ressources financières.

« Gallileo, Gallileo, figaro, magnifico… » La voix de Freddy Mercury résonne sur les murs carrelés du bloc opératoire du CHU d'Antananarivo, la capitale malgache surnommée « Tana ». Au son de Bohemian Rhapsody, les chirurgiens et anesthésistes bénévoles de Médecins du monde installent les deux blocs opératoires et vérifient le matériel. « C’est la première fois que nous avons des respirateurs et un scope », glisse le Dr Myriam Pic, anesthésiste-réanimateur à Clermont-Ferrand venue sur l’île-continent pour la première fois il y a 12 ans. « Depuis le début de l’Opération sourire, les conditions au bloc se sont considérablement améliorées. C’est presque comme à la maison », renchérit le Dr Jean-François Collin, chirurgien plasticien à Aurillac.

Charles Irthum et Jean-François Colin opèrent un jeune garçon victime d'une brûlure à la jambe

L’équipe médicale va passer une semaine dans l’hôpital malgache pour opérer près d’une quarantaine d’enfants atteints de fentes labio-palatines ou de graves séquelles de brûlures. Tous ont été sélectionnés la veille parmi plus de 80 enfants. « Pour des raisons de sécurité, nous n’opérons pas les enfants qui pèsent moins de 10 kg, qui sont malades ou qui ne marchent pas. Si une complication survient, nous risquons de ne pas pouvoir les réanimer car nous sommes très limités en thérapeutiques ici », explique le Dr Myriam Pic.

Une décision difficile pour les médecins mais aussi pour les familles qui ont parcouru parfois plusieurs centaines de kilomètres pour bénéficier de ces soins gratuits. « Les enfants que nous ne pouvons pas opérer cette semaine seront prioritaires lors de la prochaine mission en août », précise le Dr Arnaud Depeyre, chirurgien maxillo-facial au CHU de Clermont-Ferrand et chef de la mission, alors qu’il enfile sa blouse et ses gants chirurgicaux.

Des internes malgaches en apprentissage

Près de lui, les internes malgaches venus assister aux interventions l’imitent. Fortunat Vahimimandrasana, interne en premier trimestre, est impatient. Il n’a jamais pratiqué ni chirurgie du palais ni gingivopériostoplastie (GPP). Installé aux côtés d'Arnaud Depeyre et d'Alexandre Sesqué, également chirurgien maxillo-facial au CHU de Clermont-Ferrand, il suit chaque geste et incision réalisés pour refermer le palais de Stéphane, 3 ans. « Cette opération devrait améliorer sa phonation. L’intervention sera d’autant plus efficace qu’il est petit », explique Arnaud à Fortunat.

Avant je regardais cette opération sur Youtube

Dans la salle d’opération voisine, Tsalama Randriamamantsoa effectue pour la première fois une autogreffe de peau avec les Drs Jean-François Collin et Charles Irthum. « Avant je regardais cette opération sur Youtube », dit-elle d’une voix discrète en finissant de suturer. Pour ces jeunes médecins, assister les chirurgiens français est aussi l’occasion de travailler avec des équipements dont ils manquent cruellement.

« Nous n’avons qu’un seul écarteur pour tout le service. Alors nous sommes obligés de faire avec les moyens du bord », regrette Fortunat. De son côté, Tsalama manie, émerveillée, le dermatome et les ciseaux apportés par les chirurgiens plasticiens. « Nos ciseaux sont trop vieux. Lorsqu’on veut couper un fil, il s’effiloche », décrit-elle. Ces instruments sont généreusement donnés au CHU à la fin de chaque mission.

La formation pour pérenniser

Ce compagnonnage entre les équipes de Médecins du monde et les professionnels de santé locaux est inscrit dans l’ADN de l’Opération sourire. « Dès le début des missions, nous avons collaboré étroitement avec les médecins et infirmiers locaux à Tana mais aussi à Diego au nord de l’île, et Majunga à l’ouest où des missions sont organisées une fois par an », explique Jean-François Collin. Nous avons même contribué à la création d’un DU de chirurgie plastique auquel participent des intervenants étrangers ».

Une transmission des connaissances qui porte ses fruits : en 15 ans, plusieurs médecins et infirmiers ont été formés aux techniques opératoires, d’anesthésie et de soins post-opératoires, ce qui a favorisé l’essor de la chirurgie pédiatrique à Madagascar. « L’objectif est de rendre les équipes autonomes et leur permettre de prendre en charge un certain nombre de pathologies chirurgicales », insiste de son côté Sophie Poisson, responsable du programme Opération sourire.

Jean-François colin ausculte Angelo, 17 ans, atteint d'une fente labio-palatine

Et l’objectif a été atteint. Les équipes locales ont acquis un savoir-faire et prennent désormais en charge des enfants en dehors des missions humanitaires. Mais, en réalité, peu de familles malgaches y ont accès. Car sur l’île Rouge, les soins médicaux sont un luxe. Du fil de suture à l’anesthésiant en passant par les antalgiques, les familles doivent débourser près d’un million d’Ariary, soit 250 euros, pour la chirurgie d’une fente labiale. Or, trois-quarts des Malgaches vivent avec moins de 1,70 euros par jour.

Une aide essentielle, mais pour combien de temps ?

Parmi la trentaine d’enfants opérés cette semaine, nombreux sont ceux à n’avoir jamais franchi la porte d’un hôpital. « Médecins du monde est surtout là pour opérer les enfants démunis, ceux qu’on ne voit jamais dans nos consultations. Et de ce point de vue, ils sont une aide précieuse », reconnaît le Pr Francis Allen Hunald, chef par intérim du service de chirurgie pédiatrique du CHU de Tana.

L’ONG est aussi une réponse à ceux qui ont tout sacrifié pour faire soigner leur enfant. « Quand ma fille avait un an, j’ai vendu mes terres et tous mes biens de valeurs pour pouvoir payer sa première opération », confie la maman d’Esther, une jeune fille de 18 ans atteinte d’une fente labio-palatine. « Nous n’avons plus rien depuis. Sans Médecins du monde, elle n’aurait pas pu être opérée une nouvelle fois. ».

En 15 ans, près de 1300 enfants ont pu être pris en charge à Madagascar. Des interventions qui signent la fin d’une souffrance, de la honte et de l’exclusion. « Quand les enfants naissent avec une fente, ils sont rejetés par leurs parents, parfois cachés. Les familles sont isolées. Mais une fois qu’on les opère, c’est un peu comme une deuxième naissance », témoigne Alexandre Sesqué. Mais que deviennent ces enfants après l’opération ? « J’aimerais beaucoup les retrouver pour savoir ce qu’ils sont devenus. Sont-ils allés à l’école ? Ont-ils davantage confiance en eux ? », s’interroge Arnaud Depeyre qui a déjà réalisé sept missions.

Sans se substituer au système de santé malgache, Médecins du monde répond aux besoins des patients les plus vulnérables. Une aide humanitaire qui apparait indispensable pour plusieurs années encore. L’avenir des « missions sourire » s’inscrit pourtant en pointillé. Après 30 ans d’existence dans neuf pays d’Afrique et d’Asie, l’ONG a décidé d’évaluer le programme. Dans le même temps, la mission prévue à Majunga en octobre a été supprimée, faute de budgets. L’unique mission au Bénin a également été annulée pour des raisons de sécurité.

Crédits photo : Anne-Laure Lebrun

Portrait de Anne-Laure Lebrun

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