Les e-pharmacies autorisées à faire de la pub sur Google : une fausse bonne nouvelle.

[Chronique du Pharmacien] Le Conseil d’État vient d’autoriser le référencement contre rémunération pour les pharmacies en ligne. Cette évolution va donc permettre la publicité sur la vente de médicaments en ligne. Mais les pharmaciens en ligne ne seront pas forcément tous gagnants.

Ça y est, les pharmacies françaises en ligne sont vraiment devenues des e-commerçants à part entière. La dernière étape a été franchie récemment avec une décision du Conseil d’État publiée le 17 mars dernier.

L’institution impose en effet au ministre de la Santé d’abroger, dans les plus brefs délais, un arrêté relatif au référencement contre rémunération. Car oui, les pharmaciens, comme tous les professionnels de santé, ne pouvaient pas faire de publicité sur internet. 

Cet ultimatum est imposé par un double constat. 

D’une part, cette interdiction dans les faits ne permet pas réellement de lutter contre la surconsommation des médicaments et les mésusages. Et d’autre part, les pharmacies françaises se trouvent sur la toile dans une situation de concurrence déloyale par rapport aux autres boutiques de l’Union européenne.

Car le constat est aujourd’hui sans appel. Depuis 2012 et l’autorisation pour les pharmacies physiques de vendre des médicaments en ligne, l’activité de e-commerce n’a pas décollé pour la majorité des sites en ligne. 

Selon les derniers chiffres disponibles sur le site de l’ordre des pharmaciens, plus de 700 officines ont l’autorisation d’avoir une boutique sur le net. Forcément avec une telle concurrence il est bien difficile pour les acteurs de se faire une place dans les premières lignes des moteurs de recherche. De plus, le client/internaute/patient n’a lui aussi pas forcément encore pris le virage numérique pour acheter ses médicaments en ligne. 

Seules certaines pharmacies disposant de moyens importants arrivent à vendre en ligne et bien souvent autre chose que des médicaments. Car beaucoup l’ont constaté dans cette ruée vers l’or numérique, il ne suffit pas d’avoir une boutique pour convertir l’internaute. Le référencement et autre marketing digital sont des sciences qui ne sont pas encore enseignées dans nos facultés. Vendre en ligne apparaît donc comme un vrai métier. À défaut d’avoir les compétences, le recours à des prestataires devient une nécessité pour arriver à se démarquer sur le net.

 

Alors la possibilité de faire de la publicité via les annonces va-t-elle faire décoller les e-pharmacies ? 

Sincèrement, il faut se rendre à l’évidence la réponse est non ! Car tout simplement les plus de 700 pharmacies en ligne n’auront pas les moyens de payer ces panneaux publicitaires au regard du bénéfice généré. Allez peut-être quelques grosses pharmacies pourront rentrer dans la bataille, mais cela se limitera à quelques boutiques. Par contre, cette nouvelle évolution réglementaire va encore plus accentuer les écarts entre les sites. Les grosses pharmacies vont augmenter leur activité au profit des petites qui seront encore plus marginalisées. Le vrai gagnant sera probablement la régie publicitaire de Google qui engrangera les bénéfices sans risque particulier.

Donc attention aux réactions plutôt positives que j’ai pu entendre suite à cette décision du Conseil d’État. Il existe en France une vraie réflexion autour de la vente en ligne des médicaments. Favoriser la publicité n’est qu’une solution de façade, car au fond les vraies problématiques de rentabilité de cette activité ne sont pas résolues.

Et à vouloir ultra libéraliser ce marché, la porte s’ouvre pour d’autres acteurs européens aux moyens colossaux. Bien évidemment, le service Amazon Pharmacy pourrait également profiter de cette brèche pour étendre son concept.

Donc avant d’ouvrir le bouclier réglementaire sans en maîtriser forcément les conséquences, la profession devrait essayer de comprendre pourquoi l’activité de vente en ligne ne décolle pas (encore) en France. 

 

 

Source: 

https://www.lefigaro.fr/societes/vente-de-medicaments-en-ligne-les-pharmaciens-autorises-a-faire-leur-publicite-sur-google-20210330

Portrait de Romain Lecointre

Vous aimerez aussi

Reportée pour cause de crise sanitaire, l’Université de la e-santé aura lieu les 23 et 24 septembre prochains. En attendant, il est possible de...

Libéré des contraintes habituelles lors de la première vague de Covid-19, le CHU de Lille a pu déployer en un temps record des solutions numériques,...

On ne le répètera jamais assez, les données de santé sont plus que convoitées et les structures de santé sont dans le viseur des cyberpirates depuis...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.