Le choix de la blouse, ou comment bien paraitre médecin

Saviez-vous que le blouse, qui fait LE MEDECIN, était noire avant d'être blanche immaculée (ou presque) ? La blogueuse du CHU nous livre sa réflexion sur cet habit qui participe à l'identité de la profession...

Être médecin, c’est d’abord paraître médecin. Une blouse blanche. Longue de préférence. Un stéthoscope. Sexe masculin si possible. Des lunettes c’est bien aussi. Bim, vous voilà médecin aux yeux de l’assemblée.
D’ailleurs lorsque je croise le boucher de bon matin avec sa longue blouse blanche, portant une carcasse ensanglantée sur l’épaule, j’ai toujours un moment de frisson avant de me rappeler qu’il s’agit d’un boucher et non pas d’un chirurgien orthopédique.
Dans une chambre d’hôpital, les patients n’auront d’yeux que pour celui ou celle qui paraîtra le plus « médecin » vu de loin, nos étiquettes et titres variés étant assez illisibles. C’est ainsi que l’externe débutant, ancien ingénieur pétrolier reconverti à la médecine à la quarantaine, aura tous les honneurs du patient avec ses rides masculines, sa longue blouse et son stéthoscope autour du cou, tandis que la médecin senior du service, petite brune en blouse courte, sera prise pour l’infirmière et n’aura pas droit à tant d’égards (puisque c’est malheureusement souvent ainsi que les gens fonctionnent).
La blouse donc, élément central du costume à l’hôpital.
Mais voilà que mon nouvel hôpital m’envoie un questionnaire : manches courtes ou manches longues ? On reste paralysé devant une telle alternative. Choisir l’hygiène ou la chaleur ? Le style ou le confort ? Le débat est infini. Finalement, à trop réfléchir à la longueur des manches, on commande une blouse une taille en dessous et on passe un semestre boudiné dans son drap… Quoique, comme le semestre d’internat aux Urgences fait perdre une taille à tout le monde, on s’y retrouve.
Pourtant la traditionnelle blouse blanche ne l’a pas toujours été. Elle a d’abord été noire, comme les costumes des religieuses, et n’est devenue blanche qu’au milieu du XIXème siècle pour des raisons de stérilisation évidentes. Je crois bien que si j’étais accueillie aux urgences par des soignants tout de noir vêtus, je repartirai aussi sec devant ce signe de mauvaise augure...
Mais tout le monde n’a pas droit à sa blouse blanche puisque les sage-femmes entre autres ont généralement droit à la blouse ROSE. Comme les infirmières et infirmiers praticiens en pédiatrie. Il y a tout de même de quoi fulminer devant cette assignation au rose bonbon pour les spécialités où l’on trouve le plus de femmes.
Enfin, une fois qu’on a sa blouse de la bonne couleur, à la bonne taille, repassée et propre, avec idéalement une étiquette à son nom, il y a plusieurs façons de la porter. Il y a ceux pour qui elle fait office de gilet multifonctions : lampe, porte-carte, téléphone, trousse à stylos, fiches mémo, livres, appareils médicaux, pansements, aiguilles, ciseaux… C’est assez fascinant de voir tout ce que l’on peut faire porter à ces petites blouses à trois poches. On commence à se poser la question de l’utilité du sac à main ? Et il y a aussi ceux qui n’y mettent rien (généralement des médecins et non des infirmiers, donc). Puis vient le véritable « tuning » de blouse à coups de petits gadgets colorés, ou encore des manches repliés façon Haute Couture.
Enfin mon pire souvenir de blouse, ce sont bien celles qu’on voit parfois sur des externes ou internes, colorées de crasse au fond des poches et autour du col de ne pas avoir été changées depuis deux ou trois semaines… Le fait qu’ils n’aient accès qu’à la lingerie située à l’autre bout de l’hôpital et ouverte entre 10h et 10h40 le mardi et le jeudi y est peut-être pour quelque chose.
En tous cas, comme dit ma grand-mère, si j’arrête médecine, ça servira toujours pour la cuisine.
 

Portrait de La blogueuse du CHU

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