Inserm : Philippe Froguel est officiellement sur le coup

Une présidence « pour réformer »

Philippe Froguel, diabétologue de 60 ans, se présente pour le poste de président directeur général de l’Inserm. Un coup de sang s’est transformé en volonté de réforme, et en une candidature aussi imprévue que travaillée, d’après le médecin.

« République bananière ». C’est par ces mots que le Dr Philippe Froguel, médecin et chercheur de renom, avait qualifié la gouvernance de la recherche médicale française à la suite du report de l’appel à projets pour les Instituts hospitalo-universitaires (IHU). L’annonce avait été faite par les ministres de la Santé et de la Recherche.

Son intuition, comme celle de plusieurs de ses confrères : une influence fructueuse d’Yves Lévy, le mari d’Agnès Buzyn, dans les couloirs de l’avenue Duquesne. Une influence dont il aimerait profiter pour renforcer le poids de son institution, l’Inserm, dont il est président depuis 2014, en particulier dans ces IHU. Bref, une république bananière entre luttes de pouvoir et conflits d’intérêts.

Voilà pour le coup de sang, qu’il avait exprimé sur Twitter. Quelques mois plus tard, mi-avril, la réflexion ayant fait son bout de chemin, il avait annoncé sa volonté de se présenter à la tête de l’organisme de recherche en lieu et place du Pr Yves Lévy, et dont le mandat arrive à son terme le 12 juin prochain. C’est désormais chose faite : sur Twitter, à nouveau, il a annoncé avoir fait acte de candidature le 24 mai.

Une réforme en marche

« Je me suis lancé dans cette histoire pour faire une alternative à Yves Lévy », a-t-il insisté auprès de l’APMnews ce dimanche. « Au départ, je n’avais aucune envie de me présenter ». Mais depuis, Philippe Froguel affirme avoir travaillé un programme et être « prêt à tenter l’aventure ».

À l’inverse de ce qu’il reproche à l’actuel PDG de l’Inserm, à savoir la volonté de donner un maximum de pouvoir à l’établissement public, Philippe Froguel annonce vouloir en faire « un facilitateur, un expert, un soutien et pas obligatoirement une structure qui veut tout diriger ». Son but : réformer et rajeunir.

Afin de donner un maximum de poids à sa candidature, il a expliqué avoir élaboré son programme  avec l’aide de scientifiques et de hauts fonctionnaires. Pour ne rien gâcher à ses chances, le médecin est un militant LREM de la première heure. « Si je suis macroniste, c’est pour réformer », a-t-il expliqué. « Et il faut le faire avec le Gouvernement ».

À l’aveugle

Il avait annoncé en avril que son éventuelle candidature serait conditionnée par l’indépendance du jury et de la procédure. Il a finalement dû faire sans : en attendant la fin de la période de candidature, c’est à dire le 28 mai au soir, l’identité des membres de la commission n’est pas connue.

Du côté de la ministre de la Santé, la position est ferme. Interrogée sur France Inter à propos de l’éventuelle candidature de son mari à sa propre succession, sa réponse fut plus courte que l’interrogation de Léa Salamé : « Je suis déportée de cette question par un décret. La question du renouvellement de mon mari à la tête de cette institution dépend totalement de Matignon ». En cas de candidature d’Yves Lévy – qui n’a pas encore communiqué sur ses intentions –, Matignon aura donc un choix à faire entre un militant influent et le mari de l’une de ses ministres, fragilisé depuis le report de l’appel à projets des IHU.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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