IBODE : au lendemain de la grève, comment est le moral des troupes ?

Le 25 mai, les IBODE ont été appelé.e.s à la grève par le Collectif Inter-Blocs. La raison de cette mobilisation : une revalorisation insuffisante de la profession, aussi bien salariale que statutaire. WUD leur a donné la parole.

« Ça fait des années que notre profession stagne, avec le Ségur on espérait quelque chose de satisfaisant et en fait pas du tout, le ministère de la Santé et le Gouvernement font les aveugles, ne veulent rien voir. On arrive à un tournant professionnel où ça suffit », entame d’emblée Virginie Cabuy du Collectif inter-blocs alors que la grève vient de se terminer.  

L’une des étincelles qui a rallumé la mèche est l’annonce d’une revalorisation salariale jugée largement insuffisante face aux compétences requises au bloc. « Je suis en formation de 18 mois, je me forme pour une technicité, pour une revalorisation de 16 euros, et en plus  je perds ma prime NBI », témoigne une élève-IBODE qui a souhaité rester anonyme. Elle n’a pas pu rejoindre les rangs des grévistes, car elle avait une journée d’enseignement pratique.

« Ça fait 25 ans que je travaille à l’hôpital, on voit la situation se dégrader au fil des années », témoigne une IBODE au CHU de Nice, qui préfère également l’anonymat. « Aujourd’hui on est à moins 50% des effectifs et on doit faire 140% en termes de charge de travail, dans ces conditions, on a du mal à faire ce qu’il faut pour sécuriser la prise en charge des patients et ce n’est pas satisfaisant pour nous ».

« On a une expertise très pointue, on devrait avoir une reconnaissance master mais nous sommes classées au même grade que les autres, ce n’est pas normal. On a une spécialisation, il faut une différence significative. On ne pousse pas à faire deux ans supplémentaires et pourtant c’est indispensable. Grâce à cette formation je peux anticiper toutes les situations, c’est valorisant et rassurant d’avoir ces compétences, cela sécurise la prise en charge », ajoute-t-elle.

Autre point de tension, le respect aléatoire des actes exclusifs des IBODE. « On se retrouve au bloc avec des infirmiers non formés qui font des actes non autorisés mais l’administration ne forme pas assez d’IBODE pour respecter les lois. Résultat, des personnes se retrouvent en limite, à pratiquer des actes interdits, c’est leur diplôme qui est en jeu en cas de problème », explique la niçoise.

« La mobilisation était pour faire vraiment notifier au gouvernement que nous en avons marre des effets d’annonces, avec rien derrière, il faut se mettre autour d’une table et parler concrètement, avancer, prendre des décisions. On ne fait qu’avancer et reculer, ce n’est pas possible, il faut prendre des décisions ! », rappelle l’élève IBODE.

« On espère que les prochaines grilles vont nous satisfaire, que le ministère va prendre en compte nos remarques. On leur a expliqué la réalité du terrain, ils sont partis fâchés, on espère retravailler avec eux et voir Olivier Veran, afin de lui expliquer la différence entre le papier et le terrainOn est des gens du terrain : qu’ils viennent dans les blocs, assister à des interventions de 6 à 8h sans boire, manger, ni uriner. Les IBODE sont des infirmières qui ont des actes exclusifs, et cela n’est pas appliqué, on collabore avec des non IBODE, donc il y a une insécurité. On aimerait qu’ils voient cette réalité et qu’elles soient formées. On veut 100% d’IBODE dans les blocs », ajoute Virginie Cabuy.  

« J’aime toujours mon métier et je me bats pour l’exercer de façon optimale et faire respecter les règles qui font notre profession », conclut quant à elle notre IBODE niçoise.  

Portrait de Constance Maria

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