Hôpital Saint-Louis : faute d’IDE, le service d’immunologie menacé de fermeture

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Le service d’immunologie de l'hôpital Saint-Louis (AP-HP) est menacé. Il reste deux infirmières sur les douze que devrait compter le service, il pourrait fermer ses portes dès cet été. 

Hôpital Saint-Louis : faute d’IDE, le service d’immunologie menacé de fermeture

Au 1er juillet, il n’y aura qu’une infirmière permanente de nuit au service d’immunopathologie clinique de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP). “Je suis dans ce service depuis seulement deux ans et j’en peux plus”, lâche Elodie, infirmière de 25 ans. “On fait du bricolage et j’ai peur en permanence de mettre en danger les patients et patientes.” La nuit, elle s’occupe de chimio, des transfusions de médicaments et des angoisses des patient·es. “Penser que tout le monde dort que l’on est tranquille, c’est vraiment méconnaître notre métier.” Elle décrit son épuisement physique et mental, son bas salaire et les 3 heures de trajet par jour pour venir travailler. “Avec mon salaire, je ne peux pas habiter à Paris”, souligne-t-elle. 

Pour fonctionner correctement la nuit, ce service de l’hôpital Saint-Louis doit compter 12 IDE. Onze sont parties, et une seule personne a été recrutée début avril. “Ces départs sont essentiellement liés à des motifs d’ordre personnel (...) ainsi qu’aux conséquences d’un changement d’organisation du travail intervenu en avril 2021 dans le service.”, justifie l’AP-HP dans un communiqué. Pour faire face à ces départs, 9 des 23 lits ont été fermés. Depuis, chacune des deux infirmières de nuit gère 14 lits avec une intérimaire ou une infirmière de jour, et cela 12 nuits par mois. Le reste du temps, le service tourne avec les remplacements des IDE de jour volontaires et des intérimaires.

 

18 nuits par mois sans infirmière dédiée au service, c'est impossible

 

“J’adore ce service, continue Elodie, mais c’est plus possible, j’ai peur en permanence de faire une erreur. Je ne peux pas tout gérer, c’est impossible.” Après son départ, cette situation devrait perdurer voire s’aggraver. “Il va y avoir 18 nuits par mois sans infirmière dédiée au service, ajoute-t-elle. Ce qui risque d’être compliqué pour les patient·es. Je me suis déjà retrouvée avec des IDE qui n’avaient jamais fait de chimio. Il va se passer quoi si ce sont deux intérimaires et qu’aucune ne travaille habituellement dans ce type de service ? ”

Sans IDE, les médecins redoutent une fermeture du service. “On bricole avec les infirmières de jour, mais elles sont épuisées et je ne suis pas sûre que cette situation va pouvoir tenir longtemps", souligne Marion, praticienne hospitalière (PH) de 52 ans. D’autant plus que la nuit, le ou la médecin de garde doit gérer plusieurs services. “Avant il y avait des avantages à travailler de jour, continue Marion. Désormais il faut chercher l’intérêt de rester en hôpital public. Je suis épuisée.” 

De son côté, l’AP-HP promet une amélioration à l’automne. “On sait que les recrutements d’IDE sont compliqués dans beaucoup d’hôpitaux publics, continue Marion, mais à moment donné si on veut sortir de cette situation, il va falloir une vraie politique de santé publique pas juste du bricolage. Parce qu’en attendant, nous on est au milieu, et on est écrabouillées.”

Elodie, elle, a bien pesé sa décision. Elle ne part pas pour des raisons personnelles mais bien à cause d’un épuisement professionnel. “Je me mets en disponibilité de l’AP-HP pour un an, parce que j’en peux plus des conditions de travail et du manque de reconnaissance.” 

 

Contactée l’AP-HP n’a pas répondu à nos questions et a renvoyé vers son communiqué.

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