C'est bizarre, tous les internes de ce service ont un accent...

WUD entame une collaboration avec la blogueuse l'externe, qui va chroniquer chaque semaine pour vous son quotidien à l'hôpital. Douces et amères, ces chroniques mettent en exergue les bizarreries, injustices, mais aussi les moments de joie et de tendresse qui émaillent la vie hospitalière. Aujourd'hui, la Blogueuse du CHU vous fait découvrir les conditions d'emplois des FFI. À côté, les internes sont des pachas. 

J'entendais récemment des internes discuter de leurs futurs choix de stage : « Le service machinchouette, c'est l'horreur. D'ailleurs, il n'ont plus que des FFI ! ».

On sait que les internes subissent des conditions de travail difficiles. Heures supplémentaires à gogo, repos de garde non respecté, sous-effectif par rapport au nombre de patients, surcharge de travail administratif, salaire modeste... À quoi s'ajoute parfois du harcèlement moral, voire une ambiance de travail tout simplement toxique.

Alors, que se passe-t-il quand les conditions de travail deviennent vraiment trop intolérables dans un service ? Les internes avertissent les syndicats d'internes... Et le service se voit privé d'internes pour le prochain semestre. Puni !

Mais voilà... Ce service a toujours tourné avec des internes. Qui c'est qui va faire les prescriptions ? On ne va quand même pas ouvrir un poste de médecin senior. Ni faire venir le Professeur Duchmol ! Il a passé l'âge de prescrire le paracétamol, tout de même, soyons sérieux.

Heureusement, il existe une astuce. Bon marché et souple d'utilisation, j'ai nommé : le « FFI ». Trois petites lettres pour « Faisant Fonction d'Interne ». C'est-à-dire qui fait le job de l'interne, mais sans en avoir le statut.

Avantage ? Ils sont encore moins chers que les internes ! Et leur salaire n'augmente jamais avec l'ancienneté. On les embauche à la volée pour six mois. Renouvelable tous les six mois ! C'est beau. Pratiques et pas cher, ils savent vous sauver la peau !

Qui peut être FFI ? Il faut avoir fini ses six années de médecine dans l'UE ou bien être médecin, sous couvert de formation supplémentaire. De façon étrange, ce poste à 15 196 euros bruts annuels n'attire pas beaucoup chez les diplômés français... Mais on trouve toujours des médecins étrangers qui les acceptent. Et comme avec 988 euros mensuels nets on ne s'en sort pas trop, mieux vaut ajouter des gardes... Beaucoup de gardes. Ne parlons pas de la façon dont ils sont parfois reçus par leurs pairs... un accueil pas toujours très « hospitalier ».

Que penser par exemple de cette annonce : recherche un « médecin généraliste ou un pneumologue », « maîtrise de la langue française souhaitée ». Les choses sont claires : cherche médecin étranger spécialiste acceptant de travailler pour 1000 euros par mois.

Voilà donc ce qu'il y a derrière la vitrine. Le médecin étranger qui prend les conditions de travail désastreuses dont les médecins français ne veulent plus pour moins que le smic. Et qui devra s'abstenir de s'en plaindre, sous peine de ne pas être renouvelé. Double standard. Médecins de première et deuxième classe. Comment accepter cela ? Voilà ce que l'on découvre derrière le beau panneau publicitaire de l'hôpital du XXI ème avec sa médecine de pointe robotique...

Note : la nouvelle loi santé prévoit de régulariser un certain nombre de médecins étrangers, espérons que les choses puissent commencent à changer.

Portrait de La blogueuse du CHU

Vous aimerez aussi

Le Pr Bergmann nous propose une formation continue certifiante
Les internes en MG ont tendance à déserter les stages en CHU et CH.
Réforme oblige, les internes en médecine générale désertent de plus en plus les terrains de stage traditionnels en CH et CHU. Du coup les directions...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.