« Ce qui m’intéresse c’est d’avoir cette capacité de transformer le système de santé, la télémédecine peut être encore plus présente dans le parcours de soins »

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Nicolas Leblanc est le tout nouveau directeur médical de Livi, une plateforme de téléconsultation. Alors nous sommes allés lui demander : comment en est-il arrivé là ?

« Ce qui m’intéresse c’est d’avoir cette capacité de transformer le système de santé, la télémédecine peut être encore plus présente dans le parcours de soins »

Nicolas Leblanc, médecin de Santé Publique et directeur médical de Livi.

© DR.

What’s up Doc : Vous êtes à l’origine médecin de Santé Publique, quel a été votre parcours ?

Nicolas Leblanc : J’ai commencé par de la médecine interne, parce que je voulais m’occuper des maladies infectieuses, mais je suis me rendu compte que ces carrières étaient aléatoires, à l’époque, en fonction du nombre de places. Or je ne voulais pas m’installer en libéral, ce n’était pas mon but. Comme j’aimais beaucoup la réflexion sur la santé en général et les systèmes de santé, j’ai fait un droit au remord pour la Santé Publique. Je suis très heureux de l’avoir fait parce que du coup, j’ai pu vivre plein de choses dans ma carrière. Je viens de Clermont, j’ai fait ma thèse sur la vaccinologie à Clermont avec des laboratoires à Lyon. Après je suis parti comme consultant à Lyon chez Ernst & Young en stratégie médicale, stratégie en santé auprès des hôpitaux, des réseaux de soins, des ARH à l’époque, les ministères, les mutuelles... Puis, j’ai été happé dans les assurances maladie complémentaires mutualistes en devenant dirigeant sur les questions de Santé Publique, à la mutuelle des étudiants, ou pour le groupe MACIF dans sa composante santé, et plus récemment le groupe VYV où j’étais conseiller santé.

« Médecin de Santé Publique, il m'a fallu faire le deuil de la relation clinique comme exercice principal, de l'autre côté, c'est se donner les moyens de la connaissance multiple »

Vous avez tout de suite vu l’intérêt de la spécialité Santé Publique, qui n’est pourtant pas la plus populaire auprès des internes ?

NL. : J’avais pressenti l’intérêt de cette spécialité, même si d’un côté il m’a fallu faire le deuil de la relation clinique comme exercice principal, de l’autre côté c’était se donner les moyens de la connaissance multiple, que ce soit en épidémiologie, économie de santé, l’organisation de la santé, le droit de la santé… C’est par nature une ouverture, puisque l’on passe de la médecine, domaine réservé, à la santé publique qui est un domaine ouvert, avec une porosité entre les deux. Ça m’intéressait énormément.
Je regrette de ne pas avoir pu rester au départ dans un univers plus scientifique, parce que c’était ce qui m’intéressait. Mais il s’avère que l’hôpital public était déjà assez dysfonctionnel et que quand on vit en province, ce n’est pas forcément facile d’avoir tous les outils à portée de main et le bon cursus pour s’armer dans une carrière scientifique. Donc j’ai fait ce choix de partir dans le privé chez EY pour faire de l’évaluation de la qualité des soins. J’ai beaucoup travaillé à l’époque sur les questions d’accréditation des établissements de soin. Donc je me suis formé en qualité des soins, je me suis formé en statistique et en épidémiologie, et ensuite je me suis formé en management au cours de mes différents postes, avec l’EM Lyon notamment.

Parce que les études de médecine n’apprennent pas spécialement le management, vous saviez dès le départ que vous vouliez être plus manager que médecin ?

NL. : Médecin, je le suis toujours resté. Même si on passe du colloque singulier à l’approche collective quand on fait de la Santé Publique, donc nécessairement il faut être en capacité de pouvoir s’intéresser au management, dans un certain nombre de postes. Quand on est sur des organisations qui sont plus dans le faire que dans la recherche, sur des aspects collectifs il faut développer ces aspects managériaux.
Ce n’est pas à l’hôpital qu’on est formé en management, quand on est interne, ça c’est clair et même après. Même si maintenant les choses commencent un peu à se structurer, d’une manière globale dans la fonction publique, on est au début d’une histoire des formations managériales. Et quand on arrive dans le monde des organisations privées que ce soit à but lucratif ou non lucratif, on a nécessairement cette composante à travailler. Donc il a fallu que je me forme et c’est ce qui rend les choses très intéressantes. Pour traiter des questions de santé, il faut être en capacité de savoir lire les budgets, connaitre les éléments de base du droit social… pour pouvoir faire en sorte que les équilibres économiques ou sociaux des organisations collectives puissent être adressés, traités et développés. Et tout ça c’est passionnant à découvrir.    

« Dans la culture scandinave, l’accord public-privé est extrêmement intéressant et le tout avec une exigence de qualité dans la prise en charge des soins. »

Vous arrivez nouveau directeur médical chez Livi, qu’est-ce qui vous intéresse sur ce poste ?

NL. : Dans le cadre de l’offre de soin, la dématérialisation de la médecine, au premier rang de laquelle se trouve la télémédecine, est vraiment transformante dans le système. On me l’avait dit quand j’étais interne, ce n’est pas arrivé pour mille raisons organisationnelles et technologiques pendant 20 ans, et ces 4-5 dernières années c’est devenu possible par l’amélioration des technologies et l’organisation du cadre. C’est vraiment transformant. Livi est une entreprise scandinave. Là-bas, le modèle de santé mixte, centre de santé-télé médecine et prise en charge des soins primaires par des sociétés comme Livi est quelque chose qui s’inscrit de manière beaucoup plus naturelle que dans notre paysage. Dans la culture scandinave, l’accord public-privé est extrêmement intéressant et le tout avec une exigence de qualité dans la prise en charge des soins. Ce qui m’intéresse c’est d’avoir cette capacité à transformer le système de santé, tout en étant exigeant sur la qualité des soins, et dans le cadre d’une start-up devenue scale-up, donc avec des modèles nouveaux.

Quelle est votre feuille de route sur ce poste      ?

NL. : Déjà faire en sorte de continuer le service médical, tel qu’il existe et continuer à maintenir la qualité : recrutement des médecins, formation, évaluation… L’activité télémédecine, ce n’est pas nouveau. Les régulations, ça existe au téléphone depuis des lustres, tout le monde en fait aussi dans le cadre de l’urgence depuis fort longtemps, y compris dans les cabinets médicaux tous les jours qui font du conseil thérapeutique et des diagnostics au téléphone, par mail ou par chat.
Mais là il faut faire en sorte de codifier, et d’installer la télémédecine dans un cadre de qualité des soins et de bonnes pratiques, qui ne demande qu’à s’améliorer et à progresser. Mais c’est normal, on est au début d’une histoire. On œuvre chaque jour pour que les médecins qui nous rejoignent soient armés pour faire la télémédecine la meilleure qui soit. Ma mission est là. Développer la télémédecine au regard des usages qui changent.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/70-des-medecins-generalistes-seduits-par-la-telemedecine-et-vous

On répond à un besoin de soins non programmés aujourd’hui mais on peut aussi, et ça se fait dans certains pays, être présents sur des parcours de soins, en hybridation avec le physique bien entendu. On peut favoriser le retour à domicile en post-hospitalisation, sécuriser la pré-hospitalisation. Il y a 1 000 manières d’envisager les possibles, il y a plein de choses à imaginer.

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