« Ce n'est pas une belle médecine que l’on fait en réa covid »

Un an de Covid en réa, c’est usant, épuisant et révoltant. Lucas, interne à Lyon a accepté de raconter une partie de son quotidien à WUD.

Je suis interne aux urgences en fin de cursus et j’ai passé un an en réa covid. L’an passé, nous avons pris la première vague des cas Covid en mars à Lyon. En deux jours, nous avons rempli le service de patients graves. A cette époque, nous ne savions pas vraiment comment ça allait nous toucher. On s’est jeté dans la bataille très motivés en se disant que ça allait durer quelques semaines. Un an après, on y est encore et on n'y arrive toujours pas. 

En réa Covid, nous faisons du symptomatique. La réanimation, les soins que l’on prodigue, tout ça, ça abime. On le sait que les patients covid sont hospitalisés pour longtemps, c’est un vrai marathon dans lequel ils entrent. Les jeunes s’en sortent mais avec un an ou deux de rééducation. Vraiment ça plombe. 

L’été est arrivé et on a vu une brève éclaircie. Les patients étaient moins nombreux, nous avons pu souffler un peu. Mais, par crainte de leur refiler le covid, je ne suis pas allé voir mes parents à ce moment-là. Sincèrement, c’est difficile dans une période comme celle-ci, d’être privé de ses proches. On en a marre de ne pas voir nos proches, ne pas pouvoir voir autre chose que d’être à l'hôpital.

Et depuis novembre, on a eu un pic et on n'est pas redescendu. Les patients s’enchaînent et nous, on s’épuise. On peut plus prendre de repos parce qu'on manque de bras. On est bloqué tous ensemble dans la même merde. Ce sont des équipes humaines qui demandent des moyens pour travailler mieux, qui tiennent l'hôpital public à bout de bras. Et cela, depuis des années. Sans les personnels médicaux et paramédicaux, l'hôpital ne pourrait pas continuer à tourner. 

Ce n'est pas une belle médecine que l’on fait en réa covid. C’est une médecine dégradée. Une médecine sans contact humain. Une médecine où l’on annonce la mort d’un patient par téléphone à sa famille. Nous, nous n’avons aucun contact avec le patient ou sa famille. Les mauvaises nouvelles sont ultra difficiles à gérer. 

 

« Je n’ai pas envie de continuer à sacrifier ma vie »

Dans les mois qui viennent, je termine mon internat. Avant tout ça, je voulais m’orienter vers des services de réanimation. Aujourd’hui, je ne sais plus. Est-ce que je m’engage à un endroit ? Est-ce que je papillonne ? Cette crise aura vraiment questionné mon engagement pour l'hôpital public et la place qu’occupe la vie privée. Je n’ai pas envie de continuer à sacrifier ma vie comme ça. Heureusement que je suis bien entouré dans ma vie perso. 

En revanche, ce qui m’inquiète le plus aujourd'hui, ce sont les jeunes internes. Ceux qui débutent à peine. Ils sont de plus en plus isolés et ça ne va pas vraiment mieux à l'hôpital. Avec le Covid, on passe quand même une grande partie de notre temps à annoncer des mauvaises nouvelles. Entre l’isolement des gardes, les décès et l’annonce à faire par téléphone aux proches, c’est compliqué pour les plus jeunes. On constate beaucoup de cas de mal-être, de burnout, à cause de la surcharge de travail, mais aussi à cause du manque d'interaction sociale. La situation est lassante, usante, révoltante. Vivement l’été que l’on recommence à respirer et à vivre. 

Portrait de Elodie HERVE

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