Année d’internat en autonomie : que fait-on de la poire ?

La commission mixte paritaire a atténué le dispositif voté par les sénateurs, qui imposait une dernière année d’internat de médecine générale en autonomie complète dans un désert médical.

Coupée en deux, ou simplement payée ? Alors que le projet de loi de transformation du système de santé a quitté le Sénat pour revenir à l’Assemblée nationale, la décision des parlementaires sur la poire des internes de médecine générale a évolué. Réunis en commission mixte paritaire (sept députés, sept sénateurs) le 20 juin, ils ont trouvé un accord sur l’amendement controversé proposé par les sénateurs, imposant une dernière année d’internat de médecine générale en autonomie.
 
Le compromis prévoit « l’obligation pour les étudiants de troisième cycle de médecine générale et d’autres spécialités de premier recours d’effectuer un stage d’au moins six mois en médecine ambulatoire, en priorité dans les zones sous-denses, sous le régime de l’autonomie supervisée », comme l’explique le Sénat dans un communiqué.
 
Il assouplit ainsi le texte voté par les sénateurs qui imposait une année complète en totale autonomie – sous-entendu, peut-être dans le cadre d’une 4e année d’internat pour les MG. Car, comme l’avait annoncé à What’s up Doc le député de la Charente Thomas Mesnier, cette mesure ne serait pas passée en seconde lecture à l’Assemblée nationale. Elle ne passait pas du tout non plus auprès des syndicats et des concernés.

 

Saspas comment ?

La proposition est un Saspas-like, comme sa description l'indique. Rappelons-le, Saspas est l’acronyme de « stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée », et fait partie de la maquette du 3e cycle depuis 2017. Le texte ajoute donc la précision des zones sous-denses. Mais des changements par rapport au texte proposé par les sénateurs semblent satisfaire Lucie Garcin, présidente de l'Isnar-IMG. « La proposition initiale supprimait la procédure d'agrément des stages », explique-t-elle à WUD. « Son retour est un élément très positif car si elle avait été appliquée en novembre, elle serait revenue à parachuter des internes dans des déserts médicaux, ce qui est inacceptable d'un point de vue pédagogique », ajoute-t-elle, insistant sur le fait que les internes sont des médecins en formation.

Le nouveau texte décale également l'application de la mesure à novembre 2021. Les internes de MG déjà en place ne seront donc pas pris en traître. La promo qui vient de terminer les ECN sera donc la première concernée, et il n'y a pas de changement de règles en cours de route pour les internes actuellement en première ou deuxième année.

Internes recherchent maîtres

Mais un facteur risque d’être limitant : l’éternel manque de maîtres de stages, même si leur nombre est en augmentation. La moitié des stages Saspas n’ont pas pu être réalisés pour cette raison, souligne Lucie Garcin. « Il va falloir mettre les moyens pour recruter des MSU, et nous serons vigilants sur l'aspect formation des agréments : la qualité pédagogique devra toujours être prioritaire sur la zone d'exercice ». Le risque, pour la présidente de l'Isnar-IMG, réside dans un raccourci qui viserait à recruter à tour de bras des maîtres de stage mal formés, dans des zones sous-denses, et de les agréer en priorité pour forcer l'envoi d'internes dans ces territoires.

Dans l'ensemble, même si l'Isnar-IMG aurait préféré un retrait total de la mesure, le produit fini proposé par la commission mixte paritaire semble convenir. L'échéance de novembre 2021, qui sera donc inscrite dans la loi, fournira en plus un moyen de pression pour débloquer des moyens destinés à la formation des MSU, ce que demandent les syndicats d'internes depuis bien longtemps.

Article mis à jour le 21/07/2019 à 14h45, après parution du texte proposé par la commission mixte paritaire.
 

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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