Quand les sénateurs décident de renvoyer les internes en MG dans les déserts médicaux...

Les sénateurs confondent internes et bagnards.
Les sénateurs confondent internes et bagnards.

Le projet de loi recèle chaque jour ses pépites : dans la nuit du lundi au mardi, les sénateurs ont décidé de renvoyer les internes de médecine générale (et d'autres spécialités) en dernière année dans les déserts médicaux, et en autonomie complète. Médecins et internes sont furieux. 

Question : le Sénat fait-il dans la provoc à l’endroit des médecins et des internes en médecine ? On peut se poser la question. Dans la nuit du lundi au mardi 4 juin, les sénateurs se sont laissés aller à inventer des solutions au problème récurrent des déserts médicaux, sur le dos des médecins, sans les avoir consultés, bien évidemment. C’est connu : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et dans la soirée de lundi, de nombreux sénateurs ont eu de nombreuses bonnes intentions. Trois amendements (n°1 rect, N°542 rect. quinquies, n° 762 rect) reprenant la même mesure, ont été adoptés. Comble de malchance pour les médecins qui y sont réfractaires : ces amendements ont été adoptés de manière transpartisane.

Que visent-ils ? Faire en sorte que la dernière année d’internat de médecine générale soit une année de pratique ambulatoire en autonomie, dans les zones sous-denses, « avec l’avis conforme du conseil départemental de l’ordre des médecins ». Cet amendement fait suite à d'autres mesures hostiles aux médecins, comme l'imposition au dernier tiers du numerus clausus d'un exercice dans les zones sous-denses, ou la limitation à trois ans de la durée de remplacement médical.

Injustice et abandon

Et les sénateurs de se justifier : « les difficultés d’accès aux soins sont au cœur du profond sentiment d’injustice et d’abandon ressenti par une grande majorité de nos concitoyens. » Traduisez : la crise des gilets jaunes, c’est à cause des médecins qui squattent les centres villes huppés des grandes agglomérations, et désertent nos campagnes. Et de poursuivre : « Seuls 12% des jeunes diplômés décident de s’installer en libéral. » Les sénateurs tirent aussi le bilan que « les mécanismes de régulation ont fait preuve de leur inefficacité partout où ils ont été mis en œuvre. »

Croyant bien faire, les sénateurs font le pari « plus ambitieux […] de l’incitation et de l’accompagnement des jeunes professionnels dans les territoires ». D’où ces amendements qui visent « à permettre aux 3500 étudiants de dernière année de 3e cycle des études de médecine générale d’exercer en tant que médecin adjoint ».

Les internes au créneau

Les étudiants en question ne se sont pas fait attendre pour exprimer leur désapprobation la plus tonitruante. Là où les sénateurs ne voient que bienveillance, l’association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), l'Isni et l'Isnar-IMG dénoncent une « mesure ubuesque ». Et d’ajouter : «  Avec cette mesure, l’internat de médecine générale de trois ans se voit privé par les sénateurs d’une de ses années de formation, au mépris de tout principe pédagogique nécessaire à une prise en charge complète ».

Les sénateurs se sont-ils d’ailleurs posé la question de la place de cette année en autonomie complète dans la maquette de médecine générale ? « Cette décision entrainerait un bond de 20 ans en arrière quand la médecine générale était apprise uniquement sur le tas ». Et de conclure : « il est inacceptable de brader la formation des futurs médecins pour répondre aux problématiques d’accès aux soins. » 

Les internes en médecine ont été rejoints par leurs ainés de la confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Plus nuancé la CSMF juge que « ce serait une grave erreur d’amputer le temps de formation en troisième cycle ». Pour la CSMF, « cette mesure revient à proposer aux patients des zones dites sous-denses des médecins insufffisamment et incomplètement formés ». Plutôt que de lâcher les étudiants seuls dans la nature, la CSMF suggère aux sénateurs de « mettre en place une année de stage obligatoire en médecine libérale de ville, sur l’ensemble du territoire et pour toutes les spécialités ». 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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