85% des soignants "pas soutenus" pendant l'épidémie, selon une enquête

Le mal-être des professionnels en santé est proportionnellement aussi important qu’au moment du pic épidémique », considère estime l’association SPS (Soins aux professionnels en santé) qui a mené auprès d’eux une enquête, dont 85% des participants ont déclaré ne pas s’être sentis soutenus depuis le début de la crise.

Ce n’est pas parce la première vague de l'épidémie de Covid-19 est derrière nous, que le nombre de personnes en réanimation a baissé, que le mal-être des professionnels en santé n’est pas « ancré durablement dans leur quotidien », estime l’association SPS (Soins aux professionnels en santé) qui a mené auprès d’eux une enquête du 29 avril au 13 mai, afin de recueillir leurs ressentis et de répondre efficacement à leurs besoins d’accompagnement en période de crise sanitaire. Selon SPS, ce mal-être serait même « proportionnellement aussi important qu’au moment du pic épidémique ».  

Près de 85% des participants à l’enquête menée auprès de 1204 professionnels en santé (1) ont déclaré ne pas s’être sentis soutenus depuis le début de la crise. « Bien plus qu’une simple souffrance personnelle liée à l’épidémie de Covid-19, la détresse au travail est profondément présente dans les pratiques professionnelles, y compris chez les soignants les plus expérimentés et elle se concentre sur les questions managériales », analyse l’association.

Problèmes d’organisation et de management

Par ailleurs, alors que la famille, les proches et les collègues semblent avoir été des aides indispensables, « la hiérarchie et les dispositifs d’écoute n’ont pas exercé ce rôle pour près de 68% des personnes interrogées », précise l’enquête de l’association SPS. Ce sont d’ailleurs le manque de protection et de soins, ainsi que les questions d’organisation et de management, qui ont contribué à ce mal-être chez 7 personnes sur 10.

Près de 77% des répondants sont donc favorables à une amélioration du management et de l’organisation. Ils  évoquent une diversité de dispositifs complémentaires en matière de soutien psychologique. 74% plaident pour des interventions non médicamenteuses (relaxation, hypnose, etc.), 59% pour un dispositif pérenne et indépendant, 50% pour l’augmentation des psychologues dans les établissements et 51% pour un soutien psychologique externe en consultation physique.

60 % favorables à un dispositif d’écoute

Enfin, si plus de 95% des répondants n’ont pas contacté une plateforme d’écoute téléphonique, plus de 60% des personnes sont favorables à ce dispositif d’écoute. Mais ce n’est pas pour autant que le numéro vert de l’association, qui recueille les témoignages traduisant le mal-être des professionnels en santé face à l’épidémie, n’a pas fonctionné.

Destiné aux professionnels du sanitaire et du médicosocial, le dispositif d’aide et d’accompagnement psychologique (avec une écoute téléphonique, 24h/24-7j/7) de SPS  a pris en charge plus de 3 250 appels depuis le 23 mars. Derrière les mots échangés avec les psychologues, « l’anxiété, les problèmes d’organisation du travail et l’épuisement professionnel restent les principaux motifs des appels », note l’association.

100% des appels concernent les répercussions de la crise sur les professionnels en santé. Plus de 35% d’entre eux font part de leur anxiété ou angoisse, près de 12% de problèmes d’organisation de travail, près de 13% d’un épuisement professionnel.

Conclusion de l’association : les professionnels de santé ont « le besoin d’un accompagnement psychologique global et organisé à tous les niveaux d’intervention ».

1 : Ils ont répondu au questionnaire anonyme de l’Association SPS administré en ligne entre le 29 avril et le 13 mai 2020. Les réponses ouvertes ont été analysées par le logiciel MyKnowledge de l’éditeur de logiciel français Semdee (partenaire de confiance).
 

Portrait de Julien Moschetti

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