A vos soins!

Ciné week-end: De chaque instant, de N. Philibert (sortie le 29 août 2018)

Le réalisateur Nicolas Philibert choisit une nouvelle fois de consacrer un docu à la pédagogie, cette fois-ci dans une IFSI de la région parisienne. Probablement trop scolaire pour que l'on puisse être suffisamment touchés...

Quoiqu'on pense du dernier documentaire de Nicolas Philibert - le réalisateur du fameux Etre et avoir - on peut assurer qu'il fait du bien. Chaque initiative permettant de mieux faire connaître la beauté et la dureté des métiers de santé, mais aussi d'en rappeler le sens et l'importance à ceux qui les exercent, est un petit pas pour empêcher la sinistrose de s'installer totalement. Alors peu importe si cette école a l'air parfaite, si chaque professeur semble tisser des liens privilégiés avec chacun...Nicolas Philibert assurant qu'il n'a rien voulu enjoliver et qu'il est tombé par hasard sur cet éden de la formation aux soins infirmiers, croyons-le!

Le choix très scolaire de cloisonner le film en trois segments qui ne communiquent pas vraiment entre eux, s'il a du sens au niveau pédagogique, empêche hélas toute surprise de survenir, de chambouler réellement cet ordre des choses. Ces moments qui dérapent, humainement ou techniquement, et qui font partie intégrante de nos métiers, sont parfois abordés dans la dernière partie - la plus répétitive et la plus longue - mais souvent tués dans l'oeuf. On se demande si c'est par choix de pudeur ou de ne pas dériver du projet initial: montrer le passage de l'apprentissage du geste technique - presque artisanal - à celui de l'être social, puis de l'humanité, tout simplement, permettant une vraie relation soignant-soigné. C'est du coup un peu dommage! L'exemple le plus frappant est cet instant où une enseignante lit à haute voix des extraits du code de déontologie de l'infimier...sans que rien n'en soit fait ou illustré par la suite.

Ce que voulait montrer Nicolas Philibert entre en résonance avec ce que nous avons besoin de voir. L'oeil de celui qui filme impacte nécessairement sur celui qui regarde, et dans ces deux visions naît une communication qui pourrait les nourrir. L'académisme de la dramaturgie étouffe peut-être cela. Mais, surtout, on peut se demander si, témoins ou victimes d'une souffrance, parfois d'une dégradation, dans le quotidien de notre exercice, nous pouvons encore "voir" ce que nous montre le film, ce qui devrait être un prérequis mais qui ressemble de plus en plus à un idéal, voire une contrainte : être au patient, et à nous-mêmes..."de chaque instant!"

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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