«On a quitté l’hôpital pour suivre notre cœur, et devenir dentistes de second recours pour les patients handicapés ou malades»

Sandra Zalinsky et Laurence Williamson

Après une carrière en CHU, les chirurgiens-dentistes Sandra Zalinski et Laurence Williamson ont ouvert un cabinet libéral pour des patients peut être un peu plus compliqués que les autres, au sein de la clinique Saint-Léonard, à Trélazé (Maine-et-Loire).

C’est un duo à la volonté de fer que forment les docteures Sandra Zalinski et Laurence Williamson. Toutes deux chirurgiennes dentistes spécialisées en médecine bucco dentaire, elles ont inauguré leur cabinet, au sein de la clinique Saint-Léonard, en octobre dernier. Leur spécificité ? Elles ne prennent des patients qu’en second recours : « Nos patients sont des personnes polyhandicapées, portant des pathologies lourdes ou très rares, du retard mental, des troubles psychiques, des troubles cognitifs profonds, des cancers, des phobiques du soin dentaire. On reçoit aussi des personnes âgées dépendantes», indique Sarah Zalinski. Elle précise : « Mais on a toujours pour but de renvoyer au premier recours notre patient dès que le geste spécifique ou la surveillance est achevée ». Ainsi les deux chirurgiennes dentistes se sont rapidement fait connaître de leurs confrères, même si ce principe de second/premier recours n’est pas toujours bien clair pour tous : « Certains aimeraient qu’on garde les patients, qu’ils ne soient pas obligés de faire ne serait-ce que le contrôle. Mais ce n’est pas notre vocation et je suis sûre qu’à termes, avec de la pédagogie, tout le monde finira par comprendre ».

Dans ce cabinet de 550 mètres carrés, tout est fait pour accueillir la patientèle handicapée de la manière la plus optimale possible : dès l’entrée flotte un parfum d’huile essentielle apaisante, la musique est également parfois utilisée pour détendre les patients. Les espaces sont larges pour « pouvoir laisser passer les brancards et qu’ils puissent stationner sans gêner. On a eu un premier cabinet, mais on en a changé justement pour avoir plus de place ». Mais, c’est surtout dans la pratique que la différence se fait, notamment grâce à l’hypnose médicale et à l’usage du gaz Méopa pour les sédations conscientes.

Le CHU est une machine très lourde, il faut beaucoup de temps pour obtenir le moindre matériel

Les deux chirurgiennes dentistes se sont connues au CHU d’Angers, en 2012. Laurence Williamson intègre alors le service pour développer l’implantologie après quelques années en mission humanitaire au Vietnam et au Cambodge. Là, elle rencontre Sandra Zalinski qui s’occupe déjà de la prise en charge des patients handicapés : « J’admirais beaucoup le travail de Sandra. Je venais la regarder travailler. Je trouvais son approche vraiment intéressante et pour le coup très différente de la mienne ». Devant les délais d’attente que devaient affronter les patients de Sandra, Laurence décide « de donner un coup de main. Mais ça a été refusé. Alors, comme je n’aime pas obéir, je l’ai quand même aidée ». De cette façon, Laurence commence à prendre des patients handicapés « deux le matin, deux l’après-midi », et à se former « sur le tas », grâce aux conseils du docteur Zalinski. Dans le cadre des formations proposées à l’hôpital, elle apprend, comme Sandra avant elle, les rudiments de l’hypnose médicale et l’utilisation du gaz Meopa.

Mais, très vite, Laurence se sent limitée par le système hospitalier : «Le CHU est une machine très lourde. Il faut beaucoup de temps pour obtenir le moindre matériel. Il faut faire une demande, ça passe par le chef de service, ça part en commission, ça va redescendre et, peut-être, deux ans plus tard, on aura ce qu’on a commandé ». Une frustration que partage Sandra et qui pousse les deux femmes à se lancer en libéral. « On est dans les premières à faire ça en libéral. Mais financièrement, c’est quand même très compliqué », souligne le docteur Zalinski. En plus d’être précurseur sur la manière d’exercer, le duo est également pionnier dans la discipline : « Aux dernières nouvelles, on était 106 chirurgiens dentistes spécialisés en médecine bucco dentaire en France. Dont seulement 80 à prendre des handicapés », indique les deux femmes.

Et elles ne regrettent pas une seconde le choix de cette discipline et de cette patientèle : « On se sent utile. Même si émotionnellement c’est parfois très dur. En ce moment, je soigne un petit garçon qui a une espérance de vie de 5 ans et qui souffre le martyr. C’est très dur de voir ça et se dire que de toute façon il va décéder prochainement ». Sandra acquiesce pudiquement : « On a parfois besoin de sortir écraser une larme entre deux patients ». Pourtant, toutes deux estiment : « que le défi technique et humain est passionnant. Chaque patient est un challenge et aucune de nos journées n’est la même. Et puis, quelle satisfaction d’aider ces patients-là ».

Par Marie Roy

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