Pour séduire les médecins, Juppé et Fillon réinventent l’eau tiède

Les deux finalistes de la primaire de la droite et du centre s’affrontaient hier pour l’unique débat avant le deuxième tour. Ce qu’ils ont dit sur les médecins est agréable à entendre, mais sonne comme un refrain bien connu.

Hier soir, au cours du face-à-face entre François Fillon et Alain Juppé, la santé a eu droit à dix minutes. Une occasion pour les deux candidats à la présidentielle d’exposer quelques-unes de leurs divergences. Mais pour ce qui concerne les médecins, ils semblent plutôt d’accord : les libéraux sont leurs amis. Le problème, c’est qu’ils ne proposent pas grand-chose de neuf en gage de cette amitié.

C’est Alain Juppé qui dégaine le premier sur le sujet. « Il faut se fonder sur l’exercice libéral de la médecine, qui est l’une des raisons de l’excellence de notre système de santé », assène-t-il. François Fillon n’est pas en reste. « Il faut remettre les médecins libéraux, les médecins généralistes, au cœur du système », déclare-t-il sans que l’on puisse savoir si la confusion entre mode d’exercice et spécialité est volontaire.

Des paroles, mais peu d’actes

Les protestations d’amour des deux candidats font chaud au cœur, mais elles ne les engagent à rien. Qu’ont-ils à proposer de concret à la profession ? Tout d’abord, une augmentation des effectifs. « Il faut plus de médecins demain », affirme François FIllon. « On a aujourd’hui des jeunes extrêmement brillants qui sont collés à l’examen de médecine, et après on laisse entrer des médecins étrangers qui souvent n’ont pas le même niveau de formation », regrette-t-il.

Un point sur lequel le favori de la primaire ne se différencie pas de son challenger. « Il y a des secteurs où il faut augmenter le numerus clausus », déclare Alain Juppé quelques minutes plus tard. À croire que les deux candidats n’avaient pas eu le temps de lire les journaux du jour : Marisol Touraine avait annoncé le matin même une augmentation dudit numerus clausus de 478 places pour la rentrée 2017.

CESP et virage ambulatoire : rien de bien neuf

Sur les déserts médicaux, les stratégies de candidat avaient également un goût de déjà-vu. Alain Juppé a notamment insisté sur « l’incitation aux jeunes médecins à aller s’installer dans une zone sous tension », évoquant une « bourse qui peut justifier qu’on les oriente vers une installation prioritaire ». Voilà qui ressemble furieusement aux Contrats d’engagement de service public (CESP)… mis en place sous Sarkozy.

Autre point d’accord entre les deux adversaires : l’ambulatoire. François Fillon dit vouloir créer « un maximum de maisons de santé pour décharger l’hôpital ». Alain Juppé cite quant à lui la chirurgie ambulatoire comme l’un des grands axes de sa méthode pour redresser l’Assurance maladie. Ce qui s’appelle enfoncer des portes ouvertes, tant le virage ambulatoire est devenu le mantra de toutes les politiques de santé.

Le point qui fâche : le financement

La seule réelle divergence entre les deux hommes concerne le financement de la Sécu. Comme sur d’autres sujets, François Fillon veut « casser la baraque », comme il le dit lui-même : il propose que l’assurance maladie obligatoire se concentre sur les affections graves et de longue durée, et que les soins courants soient de la responsabilité des assurances privées.

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, j’ai une autre méthode », indique Alain Juppé. Celui-ci préfère réformer en s’appuyant sur la lutte contre la fraude, la pertinence des actes, l’efficience administrative. Révolution libérale contre réformisme centriste. Sur ce point au moins, les deux candidats ont assumé leurs rôles habituels.

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