Mémoires d’interne : «Dans mon groupe, j’ai eu des co-internes qui étaient au plus mal et qui ont eu envie de tout arrêter»

Maxime Billon, un interne aux Urgences

Dr Maxime Billon, 26 ans, docteur junior en médecine d’urgence à l’hôpital édouard- herriot de Lyon revient sur son internat.

What’s up Doc : Quel est ton premier souvenir d’interne ?

Maxime Billon : J’arrivais de Saint-Étienne où j’étais externe et où vit ma famille. J’étais assez excité de démarrer quelque chose de nouveau mais j’avais un peu peur de me retrouver seul face à de grandes responsabilités. Sur l’internat, j’étais un peu mitigé au début car il n’y a pas trop d’ambiance... Mais rapidement, avec tous mes co-internes, on a commencé à se voir en dehors du travail, à aller boire des verres pour parler du boulot. Une bonne connexion s’est vite installée.

 

Et ta première garde ?

MB. J’étais très stressé parce que je ne savais pas du tout quel rôle je devais avoir. Mon premier patient était une dame de 80 ans qui saignait du nez et que j’ai dû mècher. J’ai essayé mais je ne savais pas du tout comment m’y prendre. Le fils de la patiente semblait horrifié par les événements… J’ai fini par appeler ma cheffe en lui disant que j’étais un peu en difficulté et elle est venue tout de suite. Donc ça s’est bien terminé !

 

Raconte-nous l’un des meilleurs moments de ton internat

MB. Il y a 2 ans, avec des collègues de médecine d’urgence, on a décidé de partir un week-end tous ensemble. On s’est retrouvés à 25 dans une maison à Valence, c’était un peu comme une colonie de vacances ! C’était génial, on s’est rendu compte que même si on ne se connaissait pas depuis longtemps, on avait un lien fort parce qu’on vivait ensemble, au quotidien, des choses pas faciles.

 

Justement, quels moments difficiles as-tu traversés ?

MB. Quand on voit le nombre de suicides d’internes par an, c’est effarant. Dans notre groupe, j’ai eu des co-internes qui étaient au plus mal et qui ont eu envie de tout arrêter. On a passé beaucoup de temps à discuter ensemble et on les a encouragés à lever le pied et à prendre du temps pour eux. On les a soulagés sur les horaires, en prenant certaines de leurs gardes, avec l’accord du chef de service. C’était indispensable. Sinon, je pense qu’ils auraient arrêté médecine ou que quelque chose de plus grave aurait pu se passer. Heureusement, ça s’est bien terminé et ils ont été au bout de leur internat. Sur le plan médical, j’ai géré ma première réanimation tout seul il y a peu de temps : un homme de 50 ans avec une cirrhose, qui était dans le coma, qu’on n’arrivait pas à perfuser. J’ai dû lui poser des cathéters intra-osseux, le truc que je n’avais jamais fait sauf sur des mannequins… Bref il a fallu gérer cet acte technique, toute une équipe, et garder la tête froide.

 

Pourquoi avoir choisi la médecine d’urgence ?

MB. Lors de mon stage de médecine d’urgence à Saint-Étienne, quand le chef avait demandé qui était intéressé par cette spé, je m’étais dit : « Jamais ! C’est pas pour moi ! » (éclats de rire). Comme quoi, il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis ! À l’époque je pensais que ce rythme ne me conviendrait pas. Au contraire, j’ai adoré mon stage, chaque journée est différente et passionnante. En finissant mon stage, j’étais convaincu. Du coup aux ECN, je savais direct que j’allais choisir médecine d’urgence.

 

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui ont envie de choisir cette spé ?

MB. Parler beaucoup des difficultés rencontrées, ne pas rester seul dans son coin, demander de l’aide si besoin. Et s’accrocher car c’est une spécialité qu’on ne regrette pas, avec une grande diversité de patients et de pathologies.

 

 

 

Portrait de Sophie Cousin

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