Les gros investissements des cliniques pour "chauffer" les internes

Tout est bon pour s'attirer les grâces des internes.
Tout est bon pour s'attirer les grâces des internes.

Depuis 2014, le groupe Ramsay Générale de santé (RGDS) s'est doté d'une direction enseignement et recherche pour accueillir et développer la formation des internes. Le professeur Jean Sibilia, président de la conférence des doyens de faculté médicale, favorable à l'ouverture de terrains de stage hors CHU, regrette que peu d'établissements privés lucratifs demandent des agréments. 

Pour séduire les internes, le groupe Ramsay Générale de santé n’a pas lésiné sur les moyens. Le 5 avril dernier, le premier groupe de cliniques privées inaugurait, dans l’une de ses cliniques privées, la clinique Maussins-Nolet (Paris), un simulateur de chirurgie pour la formation des internes. D’un coût de 120 000 euros, ce simulateur n’est installé en France que dans quatre autres établissements, publics qui plus est : Rennes, Amiens, Nancy et Bordeaux. À cet investissement il faut ajouter le prix de chaque module de formation, soit 40 000 euros de plus. Inutile de dire que le la direction enseignement recherche de la GDS, dirigé par le Dr Stéphane locret, nourrit de belles ambitions en matière de formation initiale : « Nous souhaitons que le maximum d’internes viennent se former sur nos machines », espère le directeur recherche enseignement de la GDS. « La formation permet d’établir un pont entre le privé et le public. Ces formations permettent aussi de casser l’image que l’on se fait du secteur privé », ajoute Olivier Courage, chirurgien dans une clinique de la GDS au Havre.
 

700 étudiants

C’est en 2014 que la générale de santé a décidé de booster la formation en créant ex nihilo la direction recherche enseignement du groupe. Depuis, quelque 700 étudiants en médecine sont passés dans l’un des établissements de RGDS. « Nous avons donc en moyenne 70 internes présents en permanence dans un certain nombre d’établissements. Nous avons des internes présentes dans une bonne vingtaine de spécialités. La simulation est un plus », détaille Stéphane Locret. La loi HPST dite loi Bachelot a en effet « libéralisé » l’offre de stage de formation, en attribuant les missions de service public, dont l’enseignement universitaire, à toutes les catégories d’établissement : publics, privés et privés non lucratifs. Ce que n’a pas réussi à défaire la loi de modernisation de notre système de santé, votée en 2015 sous Marisol Touraine, alors ministre de la Santé. Si la ministre socialiste a restreint l’accès du secteur privé aux missions de service publics, elle n’a pas remis en cause la participation des cliniques à la formation des internes. Résultat : RGDS vise de nouveaux objectifs en la matière. « En formation initiale, nous voulons continuer à ouvrir d’autres stages d’internes. La difficulté c’est qu’il faut que cela soit accepté par les doyens et les ARS, et cela varie selon les régions. Nous visons toutes les spécialités présentes dans nos établissements », détaille Stéphane Locret.
 

Le Oui, Mais... de la Conférence des doyens

Du côté de la conférence des doyens, on accueille avec enthousiasme les cliniques et les structures privées parmi les terrains de stage. « Le concept de formation hors du mur du CHU est un concept que l’on développe depuis quelques années pour au moins deux raisons, commence le professeur Jean Sibilia, président de la conférence des doyens des facultés de médecine. Première raison : nous avons le devoir de former nos étudiants à tous les types d’exercice, qu’il s’agisse de CHU, d’hôpital général, voire dans une structure privée, et en ambulatoire. Deuxième raison : l’offre de soins justifie une répartition démographique qui est facilitée par une découverte des territoires par les étudiants dans des terrains de stage diversifiés. » Mais si le président des doyens se dit favorable à accorder un agrément aux établissements de santé privés, il constate qu’assez peu de cliniques en font la demande : « Nous avons assez peu de demandes des structures privées, car dans un établissement, il faut que ce soit une équipe qui accueille l’étudiant, un seul senior ne peut pas suffire pour encadrer efficacement en répondant aux exigences pédagogiques d’un terrain de stage agréé Et le nombre de demande ne va pas crescendo du côté du secteur privé même si nous n’avons pas de chiffres nationaux précis du nombre de demandes : ce sont, selon le professeur Sibilia, des acteurs privés qui s’impliquent dans la formation, depuis la loi HPST avec des structures privées organisées pour cela. Les autres ne s’y risquent pas, car « il n’est pas possible d’accorder un agrément s’il n’y a pas d’accompagnement pédagogique. Dans les maquettes d’agrément, il y est stipulé que l’interne doit avoir vu ou fait un certain nombre de choses dans un contexte d’encadrement pédagogique précis, donc l’établissement doit présenter une proposition d’offres de soins et une organisation adaptée au besoin de la formation », ajoute le professeur Sibilia.

Obtenir l'agrément

Difficile d’accorder un agrément à une clinique qui ne pratiquerait qu’une seule catégorie d’actes : « Un praticien dans une clinique qui ne fait qu’une seule sorte de pathologie ça peut être intéressant mais ce n’est pas suffisant pour que l’agrément soit donné au même endroit pour six mois, sauf cas particulier. » Même si le professeur Sibilia reconnait qu’il a, es qualités de doyen, accordé par exemple un agrément à une clinique, spécialisée dans l’urgence de la main. 

 À la clinique Maussins-Nolet, les dirigeants ne cachent pas qu'ils souhaitent obtenir ce fameux agrément. Pour l’heure, l’établissement privé, qui accueille par ailleurs 4 internes, se contente d’un certificat délivré par le groupe suisse qui commercialise le simulateur. Mais les responsables pédagogiques de RGDS doivent obtenir l’aval de la SOFCOT pour faire valider le contenu de cette formation. Puis ce seront les responsables universitaires qui donneront leur accord. Les médecins et dirigeants de RGDS sont confiants : la simulation est un des piliers de la réforme du 3e cycle des études médicales. L’agrément est à portée de main, à condition de réunir toutes les conditions.
 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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