La mouche du coach - Critique de « Gourou » de Yann Gozlan

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Matthieu Vasseur, dit « coach Matt », est dans la tourmente: sa relative notoriété dans l’univers du développement personnel et son influence sur les réseaux sociaux prennent une singulière dimension alors qu’il est auditionné par le Sénat dans le cadre de travaux législatifs visant à encadrer sa pratique par un diplôme d’Etat, ce à quoi il s’oppose. En voulant accroître son audience, il se prend les pieds dans une mystification qui va le conduire très loin…

La mouche du coach - Critique de « Gourou » de Yann Gozlan

© StudioCanal

Un film ambigu sur un univers antipathique, habité de personnages antipathiques, au point que son message moralisant, asséné avec la force d’un engin de BTP, se retourne totalement contre lui-même, cautionnant voire magnifiant in fine ce que par ailleurs il ne cesse de dénoncer. 

Ça n’a l’air de rien, un film de plus de deux heures évoluant dans une succession de décors moches où il fait constamment moche, ou nuit. Où tout se recycle en ingrédients lourdingues au service de la symbolisation lourdingue d’un univers détestable. Ça contamine. Ça ne donne pas l’envie d’aimer. Tant mieux : on n’aime pas trop.

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Gourou n'en reste pas moins un cas d'école fascinant, dans lequel tout ce qui est censé être réaliste sonne faux et où tant d'artificialité finit par lui faire adopter un angle indirectement documentaire sur ce qu'il croit dénoncer alors qu'il y est jusqu'au cou. Sans jamais que l'on sache si cette ambiguïté sur laquelle il ne cesse de surfer est consciente, volontaire, ou non. Le film est également une galerie de psychopathes et de manipulateurs sans nuance, cette grossièreté psychologique trahissant une probable façon de concevoir la vie psychique, entre rouages horlogers, logiciel informatique et moteur automobile. En résulte un film méta et Meta sur l'univers d'un développement personnel à la mercantilité assumée et agressive, une mise en abyme abusant d'un scénario gigogne faussement malin et surtout ultra prévisible, sauf peut-être dans le degré de dégueulasserie jusqu'où il se montre capable d'aller. 

Rise and fall

L'acteur performatif Pierre Niney se plonge en tout cas à coeur joie dans une entreprise professionnelle de déconstruction de son image lisse et sympathique, alors que cela fait déjà plusieurs films et opérations de communication bien rodées que la spontanéité qui contribuait tant au charme et à l'intelligence de son jeu a disparu. À tel point que le film semble illustrer le virage qu'a pris sa carrière. Une métaphore sans ironie, doublée d'un parcours moral dans lequel le héros, salaud de bout en bout tout de même, suit une descente aux enfers qui a autant valeur de punition que de nécessité rédemptrice. Et où ses victimes, décrites soit comme des idiots soit comme des déséquilibrés, passent à la moulinette d'une somme de clichés telle que toute affectivité pour eux nous est empêchée. En résulte un renversement de l'empathie assez impressionnant, mécanisme pervers s'il en est, dans lequel la seule souffrance qui nous est donnée à ressentir est celle de l'homme à l'origine de toutes les autres : « Coach Matt » est peut-être une ordure, mais il ne faudrait quand même pas trop entamer le capital sympathie que son interprète a pris tant de soin à construire. 

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Gourou oscille ainsi constamment entre épate et platitude, rythmé par des moments de performance scénique censés accompagner l'évolution de son personnage d’arroseur arrosé mais dont la répétition condamne le film à une forme de sur-place, et devient si écrasant que l'on renoncera par avance à entrer dans un quelconque débat de fond sur les problématiques qu'il tente de poser. 

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