La colère monte chez les PH

Le gouvernement les rend complètement flous

Pour Rachel Bocher, présidente de l’INPH, le gouvernement a fait le bon constat sur l’hôpital, mais il s’enlise dans des effets d’annonce alors que rien de concret ne semble être en préparation. À quelques semaines de l’échéance et en l’absence de concertations, les PH s’impatientent.

Tout le monde s’y prépare et l’attente mêle espoirs et anxiété. La grande réforme du système de santé, c’est pour la rentrée.

Les groupes de travail commencent à rendre leurs rapports, avait annoncé Agnès Buzyn le 4 juillet dernier. Depuis, rien n’a été annoncé, si ce n’est un discours d’Emmanuel Macron prévu pour la fin du mois de septembre.
 
Le ministère de la Santé maintient un flou artistique sur le contenu de la réforme. Un flou que lui a reproché l’Intersyndicat des praticiens hospitaliers (INPH) à plusieurs reprises. Pour What’s up Doc, Rachel Bocher, la présidente du syndicat, explique ce qu’elle en attend, et les raisons pour lesquelles la colère commence à monter.

What’s up Doc. Quel est votre constat sur l’hôpital ?

Rachel Bocher. Les chiffres du CNG le montrent : trop de postes sont vacants, et nous avons un vrai problème d’attractivité à l’hôpital. Nous assistons à une fuite des cerveaux de l’hôpital public vers le privé et le libéral. Après une dizaine d’années de carrière, les praticiens partent. C’est troublant. Lorsque j’ai pris mon poste de chef de service, nous étions dix à postuler. Aujourd’hui, à tous les échelons, on manque tellement qu’on prend souvent par défaut. Il faut recréer du désir, il faut que les hospitaliers retrouvent cette fierté d’être médecins.

WUD. Comment expliquer ce désamour ?

RB. La vraie question est : quelle est la place des médecins ? Sans eux, l’hôpital est un hospice. Ce qui a donné sa première place dans le monde à l’hôpital français il y a plus de 20 ans, c’est la qualité de ses médecins. Mais depuis 15 ans, l’attachement à l’institution s’est perdu. Les médecins ne se battent plus : soit ils se plient aux exigences du système, soit ils s’en vont. Il n’y a plus cet objectif de carrière hospitalière.

WUD. Comment inverser cette tendance ?

RB. Nous demandons une revalorisation, mais cela ne suffira pas. Il faut que cette revalorisation soit financière, mais surtout intellectuelle. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une remédicalisation des équipes et de la gouvernance hospitalière. Il faut redonner des responsabilités aux médecins.

WUD. Concrètement, sur quels leviers est-il possible d’agir ?

RB. Une chose est claire : la question des carrières longues n’est plus d’actualité. Il faut en finir avec ces treize échelons. Nous proposons de limiter leur nombre à trois, sur dix ans d’exercice. Pour créer des carrières qui font la différence, il faut également mettre l’accent sur leur diversification. La valence universitaire est importante. Les praticiens sont là pour soigner, enseigner et mener des projets de recherche. C’est aussi le moment de remettre à plat les statuts de praticien à temps plein et à temps partiel. Certains PH continueront peut-être de partir, mais il faut qu'ils aient la possibilité de revenir.

WUD. L’INPH est relativement silencieux depuis un an sur la grande réforme, contrairement à d’autres syndicats. Pourquoi ?

RB. Le gouvernement nous dit que l’hôpital est à bout de souffle. Même dans les endroits attractifs, quelque chose ne fonctionne plus. Ce constat est fait, et la ministre de la Santé connaît les problèmes. C’est ce qui nous a poussé à nous taire, en attendant des propositions adaptées.

WUD. Vous avez été reçus au ministère en juillet. Où en est le gouvernement ?

RB. Yann Bubien [le directeur adjoint au cabinet d’Agnès Buzyn, ndlr] est d’accord sur toutes nos remarques et nos propositions. Mais comment les financer ? Selon quel calendrier ? Tout est resté flou.

WUD. Vous pensez que la réforme ne sera pas à la hauteur ?

RB. Pour l’instant, il n’y a pas de débat, pas non plus d’évaluation des propositions. Parfois, je me demande même s’il va y avoir une réforme... Je vais vous dire ce qui, à mon avis, va se passer. Ils ont créé une telle attente avec les constats qu’ils ont faits qu’ils vont avoir peur de décevoir. Ils vont rester sur des généralités, sur des préconisations sans enveloppe et sans calendrier, et ils vont finir par tout reporter d’un an et demi. À ce stade, nous sommes très déçus, et je peux vous assurer que la colère monte.

 

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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