Frais d'hospitalité : l’indépendance qui coûte cher

Un amendement empêche désormais la participation des labos aux frais d’hospitalité des internes. Enfin une bonne nouvelle ! Sauf pour les internes qui voient leurs capacités de formation s’envoler…

Depuis la modification de la loi sur les avantages en nature, excluant le financement de l’hospitalité des étudiants en formation initiale par l’industrie, les internes alertent sur le changement radical et néfaste que cette décision aura sur leur formation : pour eux, il faudra désormais tout payer de leur poche.
 
Terminés les invitations aux congrès, les repas de formation payés par les labos, les DU pris en charge… Terminé l’apprentissage gratuit sur le dos de l’industrie. Il faut trouver un autre moyen. Et pour l’instant, le seul qui émerge se trouve au fond des poches souvent vides des internes. À 700 euros pour un DU d’imagerie thoracique à Paris-Descartes (300 euros d’inscription à la fac + 400 euros de DU) et bien plus pour d’autres, c’est chaud !

Bouc émissaire

La faute à qui ? Les doigts commencent à pointer l’Isnar-IMG. Le syndicat d’internes en médecine générale attire l’attention à cause de son initiative, No free lunch, destinée à sensibiliser les étudiants en médecine sur le marketing pharmaceutique, et qui s’est déroulée en septembre pour sa deuxième édition. Pile à la rentrée. Sauf qu’ils n’ont rien à voir avec la loi mise en application cet été.
 
Si l’Isnar-IMG salue le principe de la loi, qui augmente l’indépendance des internes face à l’industrie, elle dément y être pour quelque chose. « Contrairement à ce qui a été dit, nous n’avons rien à voir avec cette loi », souligne Marianne Cinot, toute nouvelle présidente de l’Isnar-IMG. « Des internes se retrouvent privés de congrès et de formation, et ce n’est pas à eux de payer le prix de l’indépendance », déplore-t-elle, regrettant que cette loi ait été décidée sans aucune concertation. « Avec un peu d’anticipation, des solutions auraient pu être trouvées ».

Les laboratoires du mal

Les syndicats d’internes de chirurgie, appuyés par les collèges et les sociétés savantes, sont vent debout. Les chirurgiens sont ceux qui souffrent le plus de la nouvelle loi. Finies les formations sur le matériel, les ateliers de simulation… Mais ils ne sont pas seuls : toutes les spécialités avec une part interventionnelle sont impactées : comment se former sur un nouveau pacemaker pour un cardiologue ? Impossible.
 
« Certains caricaturent les laboratoires et l’industrie : ce sont les méchants », souligne un interne en cardio, contacté par What’s up Doc. « Mais je ne pense pas qu’il soit judicieux de nous surprotéger : nous serons confrontés aux labos un jour ou l’autre ». La sensibilisation, la formation à la lecture critique d’articles, oui. Mais la séparation totale n’a pas de sens pour l’étudiant.
 
Alors que la vie d’interne n’est déjà pas toujours rose, même en octobre, il voit dans cette loi une contrainte supplémentaire. « Ça met un coup au moral… Même nos chefs nous ont dit "Mais vous n’en avez pas marre de vous faire maltraiter ?" ».

What now ?

Derrière, quelles solutions ? Il faudra bien en trouver très rapidement, sous peine d’appauvrir la formation des médecins français… « Nous allons prendre du retard par rapport aux autres pays », déplore notre interne. Des formations payées par l’État, d’une manière ou d’une autre ? Peu probable… Des formations gratuites ? Pas mieux.
 
S‘il est illusoire de penser qu’on est hermétique, même en toute connaissance de cause, aux stratégies marketing des laboratoires, il l’est encore plus d’imaginer que la formation puisse se passer des laboratoires.
 
Alors, on fait quoi ? On propose aux internes de s’enrôler dans des essais cliniques pour financer leurs congrès. Et la boucle est bouclée.

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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