Faucheuse de troubles

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Critique de "Greenhouse" de Sol-hui Lee (sortie le 29 mai 2024)

 Une femme se bat contre ses propres démons et contre la précarité afin de pouvoir héberger dignement son jeune fils à sa sortie de centre de redressement. Cela passe par conserver, coûte que coûte, son emploi d'auxiliaire de vie auprès d'un couple de personnes âgées. La situation devient peu à peu intenable...

Faucheuse de troubles

Agrégat scénaristique oscillant entre ingéniosité et invraisemblance, ce premier film doloriste et sous anesthésie affective brouille les frontières entre le moralisme et l'ironie. Malaisant mais intrigant.

Voir Greenhouse relève tantôt de la purge tantôt de la quasi-rigolade. Un rire presque forcé, comme une protection face au sordide qui dégouline constamment de ce film froid, gris et aride et qui, entre crachats, insultes et gestes auto-punitifs, pousse loin le bouchon de l'humiliation et du sadisme appliqués à son héroïne. Moon-Jun, l'aidante dévouée mais un peu bizarre tout de même, trouverait toute sa place dans l’univers d’un Michael Haneke, le film semblant d’ailleurs le produit d’un alliage entre les thématiques névrotiques de la Pianiste et le pessimisme existentiel d'Amour. 

« Trop, c’est trop ? Indéniablement. Et pourtant, c’est par ce trop que ce film réussit quand même à se créer une place, voire une originalité »

Ici, la vieillesse est clairement un naufrage, et l'aide qui peut y être apportée n'est appréhendée que sous l'angle du martyre. En ces temps de réflexion législative, nul doute qu’un peu de nuance n’aurait rien enlevé à l’intérêt, réel, de cette histoire. La diversité des thématiques abordées ne se justifie au final que par le contexte narratif qu’elles contribuent à créer, produisant un effet d’accumulation qui n’aboutit qu’à amplifier la distance ressentie et atténuer les questionnements moraux qui pourraient survenir. 

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Trop, c’est trop ? Indéniablement. Et pourtant, c’est par ce trop que ce film réussit quand même à se créer une place, voire une originalité. Ce que l’on retient finalement, par delà le Bien et le Mal - et le sentiment de déjà-vu - c’est l’acharnement et le petit tour de force de la réalisatrice à vouloir décrire la trajectoire, jusqu’à l’absurde, d’une femme qui engendre la mort autour d’elle par un procédé systématique, constamment indirect, de façon à se protéger d’un sentiment de responsabilité qui par ailleurs envahit tout le reste de sa psyché. Un masochisme si extrême qu’il emporte tout sur son passage, et singulièrement la culpabilité.

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