De guerre lasse

Ciné week-end: Back Home (Louder than bombs), de J. Trier (sortie le 9 décembre 2015)

Magnifique chronique d'un deuil familial et d'une tentative de reconstruction, filmée sans défaut par un Joachim Trier virtuose, portée par une bande son hypnotique et surtout un quatuor d'acteurs impressionnants, "Louder than bombs" (médiocrement réintitulé "Back Home" en raison d'une autocensure post attentats ahurissante de stupidité) est avant tout un film sur le rapport à la vérité et au réel.

Isabelle est le centre de gravité de sa famille. De par sa vie de reporter de guerre qui finira par mourir de ne plus trouver sa place auprès des siens, et par delà sa mort et ses secrets, elle impacte de façon prolongée et durable leur existence et leur personnalité.

Son fils aîné, Jonah, semble avoir fait des choix en apparence raisonnables et adultes, en tout cas conformes à une réalité normatée, au risque de passer à côté de l'essentiel. Tandis que Conrad, plus jeune et plus atteint par la mort d'une mère autant admirée qu'absente, semble placer ses pas dans ceux de celle-ci. Ce même attrait pour le fameux "réel" et  l'immédiateté, qu'Isabelle recherchait jusqu'à se perdre, se retrouve de façon réactualisée dans l'obsession du jeune adolescent pour le banal, le quotidien, qu'il traduit de façon superbe en autofiction. Sa transcendance du "rien" rejoignant la quête de l'absolu de sa mère. Avec ce même rapport à la vérité.

Rechercher et revendiquer le vrai: ligne de conduite terriblement adolescente. Ne rien cacher, tout montrer de soi, dans une logique faussement paradoxale propre au monde de l'enfance, qui peut tout concilier: si Conrad est secret jusqu'à passer pour un autiste, il se livre sans retenue sur son ordinateur puis à l'élue de son cœur et ne supporte pas que son père lui ait caché les raisons de la mort de sa mère; quant à Isabelle, qui lance la réalité crue de la guerre à la face du monde, avoir un amant n'est pas synonyme de mensonge, tant elle a séparé sa vie sur le terrain de sa vie familiale. Deux vérités totalement étrangères l'une à l'autre. Deux réalités qu'elle n'arrivera jamais à faire se rejoindre.

Se dessine une vision radicale de la vie qui expose autant à la plénitude qu'à la mélancolie, sans pour autant que le calme apparent, au prix de petites lâchetés, de Jonah et de son père ne soit méprisé ou mis au second plan. En ne prenant pas parti et en magnifiant son propos, Joachim Trier nous confronte à l'immense complexité de nos existences.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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