Aaliyah Xpress : médecin gériatre le jour, drag-queen la nuit

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Duy a une personnalité aux multiples facettes. Quand il tombe sa blouse de médecin gériatre, il se maquille, revêt sa perruque et ses talons hauts et devient Aaliyah Xpress, drag-queen militante et engagée.

Aaliyah Xpress : médecin gériatre le jour, drag-queen la nuit

Whats'up Doc : Peux-tu te présenter ? Quel a été ton parcours, en médecine d’abord ?

Duy : Je m’appelle Duy, je suis médecin gériatre mais aussi drag-queen, à Paris.

Le choix de la médecine s’est fait un peu par hasard puisque j’aimais bien les sciences. Je trouvais le domaine médical intéressant. J’ai appris à aimer ce métier en côtoyant les patients, les familles, en apprenant sur le terrain. 

Lorsque j’ai fini ma thèse, j’ai commencé à travailler dans un service de gériatrie. L’activité à l’hôpital s’est densifiée avec le Covid, j’avais besoin de partir. Maintenant, je travaille en tant que médecin expert personnes âgées pour la Sécurité sociale, ce qui me permet un emploi du temps plus souple et me laisse beaucoup plus d’énergie (rires) !

Peux-tu nous expliquer ce qu’est le drag ?

D. : C’est un art de transformation scénique dans lequel on va se métamorphoser pour créer un personnage. Dans le milieu drag il y a différents types : les drag-kings, qui jouent un personnage plutôt masculin, les drag-queens avec des personnages plutôt féminins, les drag-queers, non genrés, ou bien les drag-monsters, où ce sont des monstres qui sont mis en scène. C’est différent du transformisme où l’on se met dans la peau d’une célébrité.

En drag, on peut faire plein de choses : des photos, de la performance scénique, de la danse, du cabaret...  Le drag n’est pas forcément synonyme de transidentité ; n’importe qui peut le faire.

Comment as-tu intégré ce milieu ?

D. : J’ai commencé le drag il y a à peu près 7 ans. Mon activité s’est faite progressivement : allant en soirée avec des amis en drag, j’ai alors commencé à faire des performances, puis des shows. Mon drag a toujours été à l’image de ma médecine, assez militant, assez politisé. Toujours à essayer de parler de choses qui me semblent importantes, de diffuser des messages ou de fournir des outils nécessaires pour avoir des « réflexions éclairées ».

« Le drag me donne énormément de confiance en moi, et une prise de parole en public extrêmement décomplexée et facilitée »

Ton nom d’artiste ?

D. : Je suis Aaliyah Xpress : Aaliyah comme la chanteuse de RnB, accolé à « Xpress » pour un clin d’œil au site internet chinois AliExpress. C’est venu un peu comme ça ; j’aime beaucoup les jeux de mots. J’aime dire que je suis un peu lente à venir mais que je ne suis pas très chère (rires). Je suis aussi Docteur Queen, drag-médecin, en référence à la série que j’adorais Dr Quinn, femme médecin avec Jane Seymour. 

Que t’apporte ton activité drag dans ta vie personnelle et professionnelle ? 

D. : Énormément de confiance en moi, et une prise de parole en public extrêmement décomplexée et facilitée. Je peux plus facilement donner mon avis, exprimer mes opinions. 

Un show drag ou une garde à l’hôpital ? 

D. : Je dirais que le plus fatiguant c’est quand même la garde. Et puis en rentrant de garde, il n’y a pas cette exaltation qu’on ressent en rentrant de show. L’une relève du travail, l’autre est un travail-loisir. En garde, potentiellement pendant la nuit tu peux dormir une heure ou deux, mais tu te dis rarement que tu as passé un super moment (rires) !

« On ne vit qu’une seule fois et qu’on peut faire ce qu’on veut, sans se laisser influencer par le regard des autres. »

Si tu devais choisir entre le drag et la médecine ?

D. : J’aimerais continuer les deux aspects de ma vie, continuer la médecine, et les shows. J’arrive à faire cohabiter les deux pour le moment. D’ailleurs, je m’épanouis beaucoup plus maintenant que j’arrive à concilier un aspect extrêmement intellectuel, avec ma profession de médecin, et un aspect extrêmement artistique avec le drag. Je peux utiliser des plateformes de parole à bon escient, et j’ai une vie agréable. 

Cela dit, je pense qu’à un moment donné je vais devoir arrêter le drag, ça fait plus mal que la médecine puisque tu es en talons toute la soirée (rires)  !

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/un-medecin-un-artiste-dans-la-chirurgie-orthopedique-deja-cest-le-cote-bricoleur-qui-ma-plu

Un message aux médecins qui n’osent pas se lancer dans des projets artistiques en dehors des sentiers battus ? 

D. : Je dirais qu’on ne vit qu’une seule fois et qu’on peut faire ce qu’on veut, sans se laisser influencer par le regard des autres. Le plus important c’est celui qu’on porte sur soi. Ah, et s’il y a des médecins qui lisent ces lignes et qui veulent faire du drag, par pitié, ne prenez pas comme nom de scène celui d’une maladie... Les IST et compagnie,  il faut arrêter (rires) !

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