Un universitaire amiénois propose deux voies de préparation aux ECN

Mesure de bon sens ou système à deux vitesses ?

Le Dr Maxime Gignon enseigne la santé publique à Amiens, et a récemment fait sur son blog une proposition iconoclaste : les facs aideraient les étudiants qui veulent être bien classés aux ECN à atteindre leur objectif… tandis que les autres se concentreraient sur des choses plus importantes à leurs yeux. Il explique tout cela à What’s up Doc.

 

What’s up Doc. Comment en êtes-vous venu à proposer cette idée de double parcours pour les étudiants qui préparent les ECN ?

Dr. Maxime Gignon. Cette proposition fait suite à la parution dans la presse d’un classement des facs basé sur le rang moyen des étudiants aux ECN. Ce classement et les interprétations qui en sont faites ne reflètent pas la complexité du phénomène. Si classement il doit y avoir, il devrait, selon moi, se baser sur la capacité des facultés à accompagner les étudiants pour atteindre leurs objectifs.

WUD. On remarque qu’Amiens ne fait pas très bonne figure dans le classement en question…

MG. Nos étudiants ont l’opportunité de découvrir la médecine générale au cours de leurs études. Une bonne partie veut faire cette spécialité, et souhaite la faire en Picardie. Tous n’ont donc pas la motivation pour arriver dans les 1000 ou 2000 premiers. Être dans les 5000 ou 6000 premiers peut leur suffire, car le ratio entre le nombre de postes offerts et la demande rend ce choix plus facilement accessible que d’autres spécialités ou régions. C’est pour cela que je soumets au débat l’idée de parcours personnalisés.

WUD. Comment est-ce que cela fonctionnerait concrètement ?

MG. L’idée consiste à mieux identifier les étudiants localement en fonction de leur projet professionnel et de leur objectif de classement aux ECN, et ainsi leur proposer un suivi personnalisé. Par exemple, celui qui veut faire de la dermatologie dans une région attractive aura un objectif de classement élevé : on lui proposerait une organisation et un suivi en termes de stages, de coaching, de conférences, pour l’aider à l’atteindre. Mais il n’est pas question d’abandonner celui qui veut faire une spécialité plus accessible dans une région considérée comme moins attractive. Il faut lui proposer quelque chose moins axé sur la seule préparation aux ECN et lui permettre de développer ses compétences de futur praticien : raisonnement clinique, communication, etc.

WUD. N’avez-vous pas peur que l’on vous reproche de favoriser l’ancienne hiérarchie entre la médecine générale et les autres spécialités ?

MG. Ce débat est dépassé. Je ne vois aucune « hiérarchie » entre spécialités. La seule différence, qui concerne également d’autres spécialités, c’est le ratio entre l’offre et la demande de postes d’internes, qui rend certaines spécialités plus aisément accessibles.

WUD. Du coup, vous posez la question de l’utilité des ECN : puisque certains étudiants peuvent en faire l’économie, c’est qu’elles ne sont pas le meilleur outil pour évaluer les compétences des étudiants…

MG. Les compétences des étudiants sont évaluées par les facultés lors des examens et des stages. Les ECN produisent un classement servant à réaliser une procédure de choix. Elles sont utiles en cela.

WUD. Les ECN seraient donc le pire des systèmes à l’exception de tous les autres, une sorte de mal nécessaire ?

MG. Quand il y a plus de demande que de postes ouverts, il faut une sélection. Les ECN sont-elles le meilleur moyen ? Je ne sais pas. Je constate que d’autres pays ont opté pour d’autres modalités. Et je remarque que l’informatisation est une avancée qui améliore les ECN, avec notamment la progressivité des cas cliniques et l’utilisation croissante de ressources multimédia.

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Propos recueillis par Adrien Renaud

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